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    Chronique

    Bachar El Assad et le grand examen du cessez-le-feu

    Par L'Economiste | Edition N°:4716 Le 25/02/2016 | Partager

    Alors que la crise syrienne entame sa sixième année, jamais son issue n'a été aussi incertaine. De l'enlisement encore plus durable à une brusque sortie de crise, les commentateurs ne savent plus où donner de l'analyse ou de la prospection. C'est que cette crise syrienne avait démenti les prévisions les plus futées. Le personnage principal de ce grand drame régional, Bachar El Assad, a  maintes fois été enterré par certaines chancelleries arabes et occidentales, avant qu'il ne renaisse de ses cendres. L'isolement et les pressions économiques et militaires internationales l'ont certainement affaibli, son armée régulière ne contrôle qu'une portion du territoire syrien, mais grâce aux Russes et aux Iraniens qui ont fait de son maintien au pouvoir à Damas une question d'intérêt national, il est toujours là. De temps à autre, de sa grande solitude, le président syrien Bachar El Assad  apparaît sur une image haranguant ses fidèles ou leur communiquant ses certitudes, cadre généralement méticuleusement travaillé, foules bien organisées. De même, il choisit un média, occidental de préférence, pour lui livrer le fond de sa pensée du moment. La posture est toujours la même. Raide dans ses convictions, surfant sur les grandes contradictions de ses adversaires. Il s'agit d'une vraie communication de guerre avec ses opportunités d'attaque et ses stratégies de réponse. Quant à titre d'exemple la France avait été frappée par le terrorisme, il s'était empressé de rappeler à l'opinion française que son pays vivait ce genre de situation depuis des années. Lors de ses apparitions médiatiques, Bachar El Assad a le don de donner des urticaires à ses adversaires, notamment arabes et turques. Toute leur stratégie pour gérer cette crise syrienne était basée sur le départ de Bachar El Assad. Ils sont prêts à accepter n'importe quel autre visage au pouvoir à Damas, pourvu qu'ils puissent annoncer la disparition de ce symbole, synonyme de leur victoire. Presque six années plus tard, il est toujours là, les narguant et leur envoyant l'image de leurs échecs. Bachar El Assad semble tenir devant le rouleau compresseur régional et international qui voulait démanteler son régime grâce à deux facteurs essentiels. Le premier est sa capacité à s'être forgé une carapace politique et militaire personnelle qui a empêché les coups d'Etat et les poignards dans le dos malgré les nombreuses défections.
    Le second facteur est l'engagement de Vladimir Poutine auprès de Bachar El Assad. L'aide russe conjuguée aux soutiens chroniques des Iraniens a permis au président syrien de maintenir la tête hors du goulot. Il est tout aussi vrai que Moscou et Téhéran ont largement bénéficié de la grande hésitation américaine sur la Syrie pour installer leurs agendas.

     

    Mais il est tout aussi vrai que la fulgurante progression d'une organisation terroriste comme Daesh, qui s'impose à tous comme la seule alternative au régime syrien, a provoqué le grand processus, sinon de re-légitimation du moins du maintien de Bachar El Assad dans le processus politique transitoire. Aujourd'hui, même si des pays comme l'Arabie saoudite et la Turquie font actuellement miroiter l'hypothèse d'une intervention terrestre, Bachar El Assad se dit toujours comme "celui qui aura sauvé la Syrie" pour reprendre son expression. "Dans dix ans, je veux avoir été capable de sauver la Syrie, mais cela ne signifie pas que je serai encore président (...) La Syrie ira bien et moi je serai celui qui a sauvé son pays". "Si le peuple syrien veut que je sois au pouvoir, j'y serai, et s'il ne le veut pas, je n'y serai pas".
    Le grand cessez-le-feu ou "cessation des opérations", comme  préfère le nommer Bachar El Assad , sera un grand test sur la capacité et la détermination de la communauté internationale à arrêter l'hémorragie syrienne. Ce cessez-le-feu a été l'objet d'un communiqué entre Washington et Moscou qui rappelle dans sa tonalité les belles heures de la guerre froide. Il était aussi au cœur d'une concertation téléphonique que le président français François Hollande a eu avec le Britannique David Cameron, la chancelière Angela Merkel et le président américain Barack Obama.

     

    Performance politique

    C’est une position inédite: la diplomatie marocaine a décidé de passer son tour pour ne pas organiser le sommet de la Ligue arabe. La crise syrienne tout comme la crise yéménite ont sans doute beaucoup pesé dans ce choix. En effet, les pays arabes se déchirent ouvertement sur les théâtres syriens. Après avoir longuement subi les affres d’une compétition ouverte entre le Qatar et l’Arabie saoudite par canaux d’opposition interposés, aujourd’hui Riyad subit les oppositions et les résistances de pays comme l’Irak, l’Egypte ou le Liban à travers le Hezbollah. Le cessez-le-feu qui attend la Syrie sera aussi un grand examen pour ces pays de la région comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie. Il en est de même pour la supposée influence que les grands groupes de l’opposition syrienne armée, considérés par les Occidentaux comme fréquentables ou celle comme Daesh ou Nosra théoriquement indésirables aussi bien dans le jeu politique des négociations que sur le terrain de la guerilla anti-Assad. Le régime syrien a fait savoir qu’il respecterait ce cessez-le-feu. Ce qui est en soi une grande performance politique dans le contexte d’un affrontement meurtrier qui entame sa sixième année.

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