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Luc Montagnier: «Le génome humain est un trésor qu’il ne faut pas bricoler»

Par L'Economiste | Edition N°:4714 Le 23/02/2016 | Partager
Sa crainte: la bioéthique détournée par les motivations économiques et l’ambition des chercheurs
Nouvelles infections: une solution d’urgence face à la lenteur de la mise en place d’un vaccin
Des recherches «ignorées» pour guérir le Sida

 

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Prix Nobel de médecine, le professeur Luc Montagnier revient sur les nouveaux enjeux de la profession médicale et les grands progrès de la science. Il propose des solutions face aux nouvelles infections, comme Zika, et appelle à s’interroger sur la cause de leur récurrence. Selon lui, «l’homme a lui-même changé son environnement. Ce qui s’est traduit par une altération des mécanismes de l’immunité et la prolifération des parasites».

- L’Economiste: Vous avez participé récemment à un colloque sur les implications éthiques et juridiques des recherches génomiques. Quels sont les mécanismes à déployer pour préserver l’individu face aux risques de manipulation de la science?
- Luc Montagnier:
Je crois qu’il s’agit d’un problème fondamental. Mais la réponse n’est pas évidente. La science évolue très vite. Les découvertes technologiques permettent de modifier le génome humain presque à volonté. Mais le génome humain est un trésor qu’il ne faut pas essayer de bricoler. Surtout que le séquençage des génomes porte essentiellement sur l’hexome, c’est-à-dire les gènes qui codent pour les protéines. Mais c’est uniquement 3% de la longueur totale de l’ADN. Donc, il y a 97% qui servent à quelque chose d’autre. En conséquence, il faut  accepter d’être modeste et comprendre qu’il y a  beaucoup  de propriétés des génomes que nous ignorons encore. Ma crainte est que les motivations économiques et l’ambition des chercheurs fassent que la bioéthique soit tournée. On va dire au début qu’on va faire des recherches sur des embryons qui ne servent à rien. Et après, on va dire qu’on va se borner à guérir les grandes anomalies génétiques. Ensuite, si cela commence, personne ne sait où  l’on va s’arrêter.
- Vous avez mené de grandes recherches sur le VIH. L’objectif de guérison à l’horizon 2020 est-il réalisable?
- Je crois que l’éradication de l’infection est possible à condition de prendre en compte des informations qui viennent de mes propres recherches, mais qui sont complètement ignorées. J’ai découvert avec mon équipe le principal agent du Sida. Les traitements actuels contre ce virus ont permis de supprimer la plupart des infections opportunistes graves qui entraînaient la mort. Mais le virus reste présent et nécessite un traitement à vie. L’enjeu est de pouvoir l’éradiquer. Pour le faire, il faut prendre en compte un deuxième facteur. C’est ce que beaucoup de mes collègues veulent ignorer. Il s’agit d’un facteur bactérien présent dans les globules rouges. Il a des séquences spécifiques qui sont présentes uniquement chez les patients atteints du VIH. C’est une sorte d’association de virus et de bactérie qui explique pourquoi le VIH, qui était peu virulent en Afrique auparavant, s’est transformé en épidémie mortelle. Si on agit sur le co-facteur, on peut éradiquer ou diminuer fortement sa virulence.

- Le monde est aussi confronté à d’autres épidémies comme Ebola ou Zika. Est-ce que les récentes évolutions dans la recherche génétique peuvent offrir des solutions?
- Il faut d’abord s’interroger sur les raisons de la floraison de ces nouvelles épidémies. L’homme a lui-même changé son environnement. Ce qui s’est traduit par une altération des mécanismes de l’immunité et la prolifération des parasites. Les virus existaient déjà. Zika, qui est transmis par des moustiques, n’est pas nouveau. Ceux-ci augmentent leur zone de reproduction à cause du changement climatique. On peut se demander comment un tel virus cause cette énorme maladie, qui transforme des enfants en retardés mentaux à vie. Pour combattre ce phénomène, on pense tout de suite au vaccin. Mais celui-ci nécessite beaucoup de temps. Et on n’est pas sûrs qu’il marchera. C’est pour cela qu’il faut lutter tout de suite par des moyens qui permettent de diminuer l’infection virale. Il existe des solutions qu’on peut essayer. J’ai travaillé, il y a quelques années, avec des collègues américains sur un anti-oxydant puissant, le glutathion. Il a été déjà utilisé contre la grippe H1N1 et a permis de sauver la vie de plusieurs enfants. Car, les virus, pour se multiplier, ont besoin de l’activation de certains gènes des cellules qui les hébergent.
Cette activation est assurée par des facteurs de transcription, qui sont normalement en repos dans les cellules, et sont actives par une oxydation. Donc, si on empêche l’oxydation, on bloque cette activation. Je pense qu’on peut l’essayer sur des femmes enceintes, après l’avoir teste chez l’animal.
 

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- Vous avez mis en garde, il y a quelques années, contre les dangers des vaccins, suscitant la colère de vos confrères. Quelles sont les raisons de cette réaction négative?
- C’est très curieux. En 2012, j’étais invité par une puissante association américaine de parents d’enfants autistes. J’avais alors présenté la piste infectieuse de l’autisme d’origine bactérienne. Mais je n’avais pas dit un mot sur les vaccins. D’autres participants à ce colloque avaient rappelé la relation temporelle entre le vaccin et l’apparition des symptômes de l’autisme. Mais une revue d’affaires a publié un article disant que le prix Nobel se joint à la foule des anti-vaccins. Or,  j’ai travaillé 30 ans à l’Institut Pasteur. Je connais bien ce domaine et j’apprécie les efforts de Pasteur et de ses successeurs qui ont mis au point des vaccins pour prévenir des maladies. Mais il se trouve que les choses évoluent. Les vaccins actuels sont différents.
Ceux du passé étaient un mélange de soupes qui avaient beaucoup de propriétés vaccinantes mais également de stimulation générale du système immunitaire. Alors que les nouveaux sont très purs, fabriqués avec des protéines purifiées, qui sont moins immunogènes, donc moins vaccinantes. Pour les rendre vaccinantes, on ajoute les adjuvants qui enflamment le système immunitaire. C’est ce qui  peut causer des complications graves. Dans cette affaire, il y a deux façons de faire: soit on reconnaît la vérité et on cherche les causes des accidents qui, heureusement, ne se posent pas chez tous les enfants. Cela permettra d’y remédier et d’éviter ces maladies graves comme la sclérose en plaque, l’autisme, les handicaps à vie… pour des enfants qui étaient en bonne santé avant la vaccination. Soit on essaie de cacher la vérité. C’est vrai que la vaccination n’est pas la cause, mais elle peut être l’étincelle qui va déclencher quelque chose qui préexistait. Il y a un mur de silence pour cacher les accidents et les minimiser.

- Ces collusions avec les labos ont terni l’image de la profession médicale auprès de l’opinion publique. Comment déployer des garde-fous?
- Il faut toujours dire la vérité. A long terme c’est payant, parce que l’opinion publique a confiance. Il y a de plus en plus de voix qui s’élèvent actuellement contre le caractère obligatoire de la vaccination. C’est dommage parce que les vaccins ont eu un rôle très  positif dans la lutte contre les maladies infectieuses, notamment en Afrique.

- La médecine a accompli des progrès fabuleux, mais en même temps à failli à garantir l’accès aux soins pour tous. Quel est le levier qui n’a pas été assez actionné à votre avis?
- C’est vrai qu’il y a une médecine à plusieurs vitesses. D’abord, il faut rappeler que la médecine moderne n’est pas la seule. Avant le développement pharmaceutique, il y avait les médecines traditionnelles, indienne, chinoise, africaine… qui donnaient déjà des résultats. C’est vrai que maintenant, si une découverte est faite, elle doit bénéficier à tout le monde. Mais je considère qu’il faut également puiser dans ces médecines traditionnelles. Par exemple, l’année dernière, le prix Nobel de physiologie et médecine a été accordé à une personne chinoise qui a montré que l’extrait d’une plante l’Artemisia avait un effet important sur le paludisme. C’est un exemple du rôle de la connaissance empirique qui nous a précédé. Il y a certains traitements, par exemple pour le cancer, qui sont extrêmement chers. Ils permettent de prolonger la vie des patients mais souvent ne les guérissent pas. Parallèlement, il faut mener des recherches fondamentales pour trouver les causes du cancer. Certains disent que c’est impossible, avec tous les facteurs de l’environnement. Mais je pense qu’il y a aussi des agents infectieux spécifiques qui causent le cancer. Il y en a qui sont connus comme les virus, mais il y a aussi les bactéries. Par exemple, le cancer de l’estomac est causé par une bactérie, Helicobacter pylori.

- Où en êtes vous dans le projet de l’Institut Luc Montagnier prévu à Casablanca?
- Le projet avance. Nous allons procéder par étapes. Je pense qu’on pourra commencer à faire des actions concrètes dans les prochains mois.

 

Un chercheur engagé

Le professeur Luc Montagnier est biologiste virologue français. Il est prix Nobel de médecine pour la découverte du VIH, en partenariat avec Françoise Barré Sinoussi (cf. http://www.leconomiste.com/archive). Il a enseigné à l’Institut Pasteur et a dirigé le Centre national de recherche scientifique. Ce chercheur engagé a également mené une série de travaux sur l’autisme. Actuellement, il prépare la mise en place d’un institut qui porte son nom à Casablanca.

Lorsque la vérité est tue....

Par le passé, se rappelle Luc Montagnier, le Center for Disease Control (centre important créé par le gouvernement américain) s’est préoccupé de la relation possible entre autisme et vaccination à travers une étude réalisée dans le début des années 2000 sur des enfants afro-américains dans la région d’Atlanta, dont certains avaient l’autisme. L’étude a démontré que les enfants qui étaient vaccinés par le  ROR avant l’âge de 2 ans étaient plus exposés au risque d’autisme. Ces résultats importants ont été cachés. Un des membres de cette équipe a fini par avouer que les résultats ont été falsifiés pour montrer qu’il n’y a pas de risque d’autisme même lorsque les enfants sont vaccinés avant 2 ans. «C’est une très mauvaise attitude parce que cela fait perdre la crédibilité de ces organismes ou des médecins. De plus en plus de personnes ont peur des vaccins à cause de ce genre d’incident», déplore Montagnier.

Propos recueillis par
 Mohamed Ali MRABI
 

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