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Apprentissage des langues
Arabisation, la grande chimère!

Par L'Economiste | Edition N°:4714 Le 23/02/2016 | Partager
Les deux tiers des élèves sont moyens à faibles en arabe
Mais ils ne s’en soucient pas, puisque leur réussite à l’université n’en dépend pas!
Pour plus de 80%, il s’agit de la langue de la religion, et non de la science et du progrès

 

Le français est de loin la langue plébiscitée par les élèves pour l’apprentissage des sciences à l’université, car elle leur ouvre des horizons à l’international, notamment en Europe. Aux yeux d’une large partie d’entre eux, l’arabe n’intéresse pas grand monde dans le domaine des sciences. D’autant plus que les ressources bibliographiques et les travaux de recherche en arabe sont une denrée rare. Au lycée, la majorité estime qu’elle apprendrait mieux les sciences si elles étaient enseignées en français.

Depuis son introduction dans les années 80, l’arabisation a fait couler beaucoup d’encre. Mais a-t-on déjà demandé aux élèves et aux enseignants ce qu’ils en pensaient? Un travail de recherche commun entre l’Université Mohammed V de Rabat (faculté des sciences de l’éducation) et celle de l’Alabama (Marouane Zakhir et Jason L. O’Brien) s’est justement intéressé à cette question, notamment pour l’enseignement des sciences. Une étude a été réalisée entre avril et décembre 2015 auprès de 199 personnes, dont 136 élèves candidats au baccalauréat, âgés entre 16 et 21 ans, choisis dans des cours de sciences de la vie et de la terre (SVT). 63 enseignants, justifiant d’une expérience allant de 11 à 20 ans, ont également été interrogés, dont 21 spécialisés en arabe classique et 42 en sciences (maths, physique-chimie et SVT). Les répondants sont à la fois issus du public et du privé.

Les résultats sont édifiants. Ils confirment d’abord l’échec patent de la politique d’arabisation, dont les motivations étaient d’abord idéologiques et identitaires, abstraction faite de la faisabilité du projet sur le terrain (manque d’enseignants, absence d’un travail d’adaptation terminologique aux sciences, non adhésion des universités,…). Près de la moitié des élèves (public et privé) jugent leur niveau de compétence en langue arabe moyen, et pratiquement le quart se dit faible en la matière. Une bonne partie de ces élèves (le quart de ceux du public et un sur cinq de ceux du privé) ne semblent pas vraiment préoccupés par leur faible maîtrise de la langue du coran. «Mon niveau en arabe classique est moyen et j’en suis satisfait. De toutes les façons, je n’en aurai pas besoin après le baccalauréat, pourquoi donc devrais-je m’évertuer à l’apprendre», soutient un élève d’une école privée. Pragmatiques, les jeunes ont compris que leur réussite à l’université ne dépendra pas de leur compétence en langue arabe. Chez ceux issus du système public, l’arabe est même considéré comme un frein à la réussite (plus de six sur dix). «L’arabe mène à des métiers qui ne sont pas bien rémunérés. Pour de meilleures opportunités de carrière, je préfère le français», a relevé un jeune élève. Ceux du privé sont moins nombreux à le penser (12,5%). «Cela peut s’explique par le fait que les élèves du privé proviennent souvent de milieux favorisés et pensent bénéficier de plus de chances de s’en sortir», explique l’étude. Ils sont, cela dit, convaincus que la langue officielle ne leur ouvrira pas les portes du succès pour autant. «Je voudrais être ingénieur ou médecin. Je ne pense pas que l’arabe m’aidera à réaliser mes rêves. Son statut dans la société est faible», argue un élève du privé.
Si son usage n’était pas obligatoire, près du quart des élèves du public et près des deux tiers de ceux du privé ne s’en seraient pas du tout souciés! Pour la majorité (plus de 80%), il s’agit d’abord de la langue de la religion, ou encore de la littérature (à 80% pour le privé et 61,4% pour le public). Seuls 14,5% des jeunes du public et 10% de ceux du privé la considèrent comme une langue du progrès et de la modernité, et moins de 10% la perçoivent comme une langue de sciences.

 

Les profs des sciences s’y opposent!

L’arabisation de l’enseignement des sciences, ils la voient d’un mauvais œil. Moins du quart des élèves du public et uniquement 12,5% de ceux du privé la trouvent positive. La majorité préfère une arabisation «partielle».

Les enseignants d’arabe classique ne sont pas optimistes quant au statut futur de la matière qu’ils enseignent dans le système d’éducation. L’on observe pratiquement la même tendance auprès des profs de sciences

Pour les profs de sciences, qui ne sont pas tous «excellents» en arabe, surtout du côté du public, l’arabisation de l’apprentissage des sciences  est loin d’être plébiscitée. Près des deux tiers de ceux du public et la moitié de ceux du privé sont contre. La totalité des profs des écoles privées optent pour une arabisation partielle. Ceux du public, pour leur part, penchent plutôt pour une application complète. L’usage de l’arabe comme véhicule d’enseignement des sciences n’est pas toujours de tout repos. Entre 40 et 50%, probablement eux-mêmes formés en français, trouvent des difficultés à lire, expliquer ou écrire en arabe durant les cours, et ce de manière fréquente. «Le problème de la terminologie fait partie des principales lacunes de l’arabisation. Parfois, nous trouvons des termes français avec trois équivalents en arabe ou plus», explique un prof du public. Néanmoins, même s’ils préfèrent le français, les enseignants, pour la grande majorité, s’opposent à ce que la langue de Molière supplante l’arabe ou que les livres de sciences soient publiés uniquement en français. «Les profs sont déchirés entre leur perception du statut puissant du français, et l’arabe comme étant à la fois une langue à faible terminologie et une partie de leur identité», relève l’étude.

Les enseignants d’arabe classique se trouvent face à des élèves généralement moyens à faibles. Plus de la moitié de ceux du public et 100% de ceux du privé affirment que leurs élèves ne s’intéressent pas à leur spécialité. Ils sont pour une arabisation complète de l’enseignement, peut-être pour des raisons identitaires, mais ne se font pas d’illusions quant à la valeur ajoutée que cela peut apporter sur le marché du travail. Plus de 80% pensent qu’il s’agit d’un frein à l’employabilité des jeunes. Avec la vision stratégique 2015-2030 pour l’enseignement, le Maroc s’est enfin débarrassé de cette «obsession» qu’est l’arabisation. Cette vision consacre à la fois l’arabe, l’amazigh, le français et l’anglais. Cela dit, la mise en œuvre de cette diversité linguistique risque d’être difficile, tant les défis à relever sont nombreux (déficit en profs, classes encombrées, absence de coordination entre les différents intervenants, une approche pédagogique à revisiter …).
Ahlam NAZIH

 

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