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Matières premières, le cycle baissier sera durable

Par L'Economiste | Edition N°:4714 Le 23/02/2016 | Partager
Pour 2016, recul moyen des prix de 18%
Un baril de pétrole à 40 dollars, un taux de croissance de 3%
«L’âge d’or» pour les compagnies minières est bien terminé

Les marchés sont bien entrés dans une période de prix déprimés probablement beaucoup plus longue que la plupart des analyses actuelles ne l’anticipent

Les prix mondiaux devraient continuer leur descente. Après un plongeon de 38% en moyenne en 2015, selon l’indice Cyclope-Rexecode, ils devraient encore reculer de 18% cette année. Les prix mondiaux seront comme toujours soumis à des aléas climatiques, géopolitiques et monétaires, comme le résume Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine et président fondateur de Cyclope, dans son bilan des marchés mondiaux des matières premières 2015 et prévisions 2016. Un document divulgué par le think tank marocain l’OCP Policy Center.  Cette année, le climat pourrait revêtir une importance d’autant plus grande que les menaces de 2015 se sont peu concrétisées.

La dimension géopolitique risque aussi d’être encore plus marquante, pour le pétrole. Avec l’affrontement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, mais aussi pour tous les pays déstabilisés par cette nouvelle démonstration de la malédiction des matières premières. Dans son analyse, l’expert répertorie les gagnants et les perdants. Pour les pays producteurs d’hydrocarbures, mais aussi de minerais et métaux, le réveil sera en effet de plus en plus douloureux et on ne peut exclure des défauts. Par contre, la faiblesse des prix mondiaux sera un atout pour les pays consommateurs qu’il s’agisse des économies avancées ou les moins développées. Au total, la croissance mondiale devrait être de l’ordre de 3% en 2016. Le scénario pour la Chine est celui d’un ralentissement progressif de la croissance, un peu en-dessous de 7%, plus marqué probablement pour la production industrielle. Il est estimé ainsi que la production d’acier marquera le pas en 2016.

Il y a enfin le paramètre monétaire. Année électorale américaine oblige, la Fed va poursuivre son mouvement de hausse des taux et en toute logique le dollar devrait poursuivre son ascension face à l’euro et au yen. Il pourrait en être de même vis-à-vis de nombre pays émergents et producteurs de matières premières, la principale inconnue étant là encore l’évolution de la devise chinoise, le yuan. En tout état de cause, la poursuite de l’appréciation du dollar pèsera sur des marchés mondiaux cotés en dollar. Voici les prévisions pour quelques matières:

■ Energie: L’ensemble de la planète énergie s’inscrit en forte baisse et l’on peut parler d’un véritable contre-choc énergétique qui met à mal les bonnes résolutions prises à la COP21 de transition énergétique. Il y a peu d’espoir que ceci change en 2016. Sans aggravation majeure des tensions au Moyen-Orient, le marché restera excédentaire. On pourrait toucher un «plancher» bien inférieur à 30 dollars, au début du printemps lorsque l’embargo contre l’Iran prendra fin. La fin de l’année devrait être meilleure avec la baisse probable de la production américaine de pétroles non conventionnels. Par contre, le rapport Brent/WTI devrait s’inverser en faveur du brut américain en particulier grâce à l’autorisation d’exporter du pétrole brut des Etats-Unis. Au total, les moyennes annuelles ne dépasseront guère les 40 dollars le baril.

■ Minerais et métaux: En 2015, la baisse a été générale. Rien ne permet d’anticiper pour 2016 un retour à bien meilleure fortune même si on peut penser que nombre de marchés ont quand même touché leur plancher et ne tomberont pas plus bas étant la réalité des coûts de production.
Plus que pour tous les autres marchés, les minerais et métaux seront particulièrement sensibles aux aléas chinois. Il faut distinguer au fond les produits pour lesquels les niveaux atteints fin 2015 peuvent être considérés comme des planchers (nickel, aluminium), ou en être proches (minerai de fer) et ceux pour lesquels un potentiel de baisse est encore perceptible (cuivre…). En tout état de cause, 2016 sera une année difficile pour les compagnies minières pour lesquelles «l’âge d’or» est bien terminé. Par rapport aux métaux précieux, l’or pourrait être la victime de la hausse des taux américains malgré les tensions géopolitiques et le seuil des 1.000 dollars l’once pourrait ne pas résister. Ceci étant la demande chinoise et indienne reste forte.

■ Engrais: Si les prix des phosphates et de la potasse se sont maintenus en 2015, ceux de l’azote ont fortement baissé dans le sillage du gaz naturel. Ces tendances devraient perdurer en 2016, les producteurs miniers pouvant plus facilement s’ajuster à la demande malgré les incertitudes chinoises.  

n Produits alimentaires: La baisse des produits alimentaires a été en 2015 la plus faible de l’ensemble des matières premières et cela malgré un climat favorable et des récoltes excellentes dans l’hémisphère nord. Pour 2016, les inconnues climatiques sont beaucoup plus fortes avec bien sûr le Nino puis éventuellement la Nina ainsi que des inquiétudes sur les semis d’hiver en Russie et en Ukraine ainsi que les conséquences des précipitations aux Etats-Unis. Bien entendu, toutes les prévisions qui suivent se comprennent «à situation climatique normale», ce qui en 2016 paraît donc relativement aléatoire.

■ Céréales, sucre...
En ce qui concerne les céréales, la baisse des prix a été limitée eu égard à une production mondiale proche de ses records historiques. Pour le blé, la campagne 2015/2016 sera encore excédentaire avec des stocks en juin à leur plus haut niveau historique. Le retour de l’Argentine sur les marchés mondiaux risque de pousser les prix à la baisse sauf aléa climatique majeur. Le scénario est identique pour le maïs qui souffrira par ailleurs de la baisse des importations chinoises à la suite des changements de la politique locale en matière de prix et de stocks. Le marché du riz a été le théâtre d’une guerre des prix entre les grands exportateurs essayant de liquider des stocks pléthoriques. La détérioration des conditions climatiques devrait favoriser un rebond des cours en 2016. Par rapport au sucre, il a connu le plus fort rebond de toutes les matières premières dans le courant de 2015: 50% de hausse par rapport au point bas enregistré en août. Ce mouvement devrait se poursuivre avec un déficit mondial anticipé en 2016. Les principales inconnues seront comme à l’habitude l’Inde et le Brésil.

■ Matières premières agricoles: La baisse des prix de l’énergie a accentué la tendance baissière des prix des matières premières agricoles par le biais de la concurrence des produits synthétiques (le polyester valait début 2016, 37% de moins que le coton). Ceci étant, pour nombre d’entre elles, le mouvement à la baisse était déjà bien entamé et les limites de la substitution déjà atteintes. Ceci explique même un léger rebond en fin d’année pour le coton ou la laine. C’est pour le coton que les perspectives sont les plus favorables avec un bilan déficitaire en 2015/2016. Ceci étant, l’importance des stocks (à 60% détenus par la Chine), limitera tout emballement haussier.

La force du dollar

Le dollar s’est apprécié de quelque 15% en 2015 (en moyenne). Et ce, contre les devises de pays producteurs comme le real brésilien, le rouble russe ou le peso argentin, mais aussi contre l’euro, le yuan et quelques autres. La corrélation entre l’évolution du dollar et celle des cours des matières premières est troublante notamment en des périodes de crise comme celle de 2015/16, selon Cyclope 2016. Il est clair que nombre de pays producteurs n’ont eu d’autres solutions que de laisser «filer» leur monnaie pour donner quelque respiration à leurs secteurs primaires, voire secondaires. Exprimés en reals ou en roubles, les prix agricoles sont ainsi en hausse! Une fois encore l’instabilité monétaire aura été déterminante même si les «fondamentaux» des marchés expliquent au premier chef le repli général de 2015 et la morosité qui régnait dans les premiers jours de 2016 alors que le «tonnerre financier grondait à Shanghaï».

Fatim-Zahra TOHRY

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