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    Université/Entreprise, mêmes défis pour la qualité

    Par L'Economiste | Edition N°:4694 Le 26/01/2016 | Partager
    La méritocratie, principal déterminant de l’efficience de la formation
    Sophistication des infrastructures, salaire, potentiel de recherche,… également cruciaux
    Quand la qualité se perd, les cerveaux s’envolent ailleurs!

    Les universités n’ont pas été préparées à faire face à des flux grandissants d’étudiants, dont le nombre a atteint cette année 826.114. Le taux d’encadrement n’a cessé de se dégrader depuis 2002, passant d’une moyenne de 27 étudiants par prof à 63. Il s’agit là encore d’un ingrédient anti-qualité. Pour revenir au niveau de 2002, il faudrait plus que doubler les effectifs des enseignants pour arriver à 30.000 contre, 13.129 aujourd’hui

    Si l’université assure la formation initiale préparant les jeunes à affronter le monde du travail, l’entreprise, elle, offre un apprentissage tout au long de la vie. «L’entreprise est en fait le prolongement de l’université», relève Fatima Zaoui, enseignante-chercheuse à l’université Mohammed V de Rabat, consultante en innovation sociale et technologique. Intervenant au premier colloque du groupe d’enseignement, de recherche scientifique et d’innovation (Gersi), organisé la semaine dernière à Rabat, Zaoui a présenté quelques conclusions d’une étude (Zaoui, Jallal 2015) réalisée autour des déterminants de la qualité de la formation, à la fois à l’université et en entreprise, en partenariat avec un cabinet français. L’étude découle d’une analyse empirique illustrative basée sur les données de l’enquête annuelle des dirigeants d’entreprises du Forum économique mondial (WEF).Grâce à des simulations, il a été possible de relever des tendances pour le Maroc.
    En entreprise, où la formation continue est gage de performance et d’incitation à l’innovation, les déterminants de la qualité ont d’abord trait au mérite, lors du recrutement et à l’occasion des promotions internes. Ils sont aussi liés au degré de sophistication des plateformes technologiques, au salaire, d’efficacité et «d’efficience», et à la qualité de l’éducation, notamment au niveau du lycée et du premier cycle universitaire. «Si ces ingrédients ne sont pas pris en compte, il en découle une fuite de cerveaux. Quand les talents n’évoluent pas dans l’excellence, ils finissent par partir. A-t-on besoin de tant d’universités si l’on n’arrive pas à retenir des talents dont le retour sur investissement profite à d’autres pays?», s’interroge Fatima Zaoui. «Les talents ne sont pas les seuls exclus de l’intégration économique. La gente féminine aussi. Or, il existe une forte corrélation entre le genre, l’innovation et la formation au sein de l’entreprise. Le coût de l’inégalité du genre engendre une perte en termes de revenu de 27%, soit 270 milliards de DH en 2014», poursuit-elle.
    Malheureusement, la formation est aujourd’hui le parent pauvre des sociétés. Selon le HCP, pour l’année 2014, seuls 1,6% des salariés déclarent avoir bénéficié d’une formation prise en charge par l’employeur au cours des 12 derniers mois.   
    A l’instar du monde de l’entreprise, pour les universitaires aussi, le principal déterminant de la qualité, c’est la méritocratie, à la fois dans le recrutement des apprenants et des formateurs. «A quelques exceptions près, le recrutement des enseignants chercheurs n’obéit pas au mérite. Il se déroule sous l’œil bienveillant du chef d’établissement et du syndicat local, pour recruter en fin de compte des clones, identiques à leurs aînés», regrette l’enseignante-chercheuse.
    La qualité dépend, en outre, du potentiel de recherche universitaire. Sur ce volet, l’université marocaine manque clairement de moyens. Son stock de chercheurs, par exemple, n’était que d’environ 800 en 2013 pour un million d’habitants, alors que la moyenne de la région est de 1.977 chercheurs. Les pays leaders de l’innovation, eux, disposent d’une moyenne de 6.492 chercheurs pour un million d’habitants. Les moyens financiers font également défaut. Le Maroc ne dépense toujours que moins de 0,8% de son PIB pour la R&D. «Nous sommes un pays pauvre, nous ne créons pas suffisamment de richesses. Or, la recherche scientifique exige beaucoup de moyens», souligne le président du GERSI, My Ismaïl Alaoui. La rétribution des chercheurs et cadres universitaires, les infrastructures et la gouvernance sont également capitaux. Là encore, beaucoup reste à faire. «L’université a besoin d’une autonomie réelle. Peu de chercheurs ont, par exemple, envie de se battre pour ramener des financements étrangers, car ils savent qu’ils ne pourront pas les gérer convenablement», soutient le directeur de l’association R&D Maroc, Mohamed Smani. En effet, les fonds décrochés sont intégrés dans le budget de l’université au lieu d’être versés dans un compte hors budget, comme cela était d’usage auparavant.
    Les études en médecine ont, aussi, perdu en qualité. «Dans les années 80 nous étions au sommet de la qualité au niveau mondial de l’enseignement de la médecine», rappelle l’ancien ministre en charge de l’Environnement, professeur universitaire, Ahmed Iraqi. «Mais cela était vrai quand l’objectif était social et non économique, avant de devenir aujourd’hui financier», poursuit-il. Réformes successives et «périssables», hyperspécialisation «entretenue par des lobbies pharmaceutiques», une identité médicale en opposition avec des «pouvoirs extra-universitaires»,… ce sont là des pièges qui ont porté un coup à la qualité de l’enseignement. Dernière réforme en date, celle du système LMD. Donnera-t-elle ses fruits?

    Le code, la «vraie» langue d’apprentissage!  

    La seule langue qui compte dans le monde du savoir et de la technologie est celle du code, selon Fatima Zaoui. «Tout le reste n’est que question de cohésion sociale», estime-t-elle. Savoir coder et décoder les langages informatiques sera à l’avenir incontournable, et c’est là que les efforts devraient se concentrer. «La psychologie cognitive a démontré que les nourrissons reconnaissent l’algorithme et les formes. La première langue maternelle, c’est donc bien le code. La neuroscience a également établi que le langage à travers lequel notre cerveau fonctionne est celui du code», assure-t-elle.

    Ahlam NAZIH   

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