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    Tribune

    Un autre regard sur le protectorat de la France au Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:4669 Le 16/12/2015 | Partager

    Michel Rousset (ici lors d’une interview accordée à L’Economiste)  est une icône pour les juristes du Maroc, avec son travail de référence, Droit administratif du Maroc. Une cinquième édition en 2003 qui alertait, déjà, sur les fragilités. Le Pr. Michel Rousset a formé des générations de juristes  à l’Université  Mohammed V de Rabat. Il est aujourd’hui professeur et président honoraire de l’Université des sciences sociales de  Grenoble. Il présente et analyse ci-contre  le monumental travail du Pr. Mohammed Germouni que nos lecteurs connaissent bien pour ses interventions dans nos colonnes (Ph. L’Economiste)

    La question qui importe à Mohammed Germouni  dans son nouvel ouvrage et à laquelle il veut répondre est la suivante: quelle était la situation du Maroc à  la veille du protectorat et qu’est-ce que celui-ci lui a apporté: un handicap pour sa future croissance ou, au contraire, une base de départ pour une nouvelle étape de son développement?
    Pour y répondre, l’auteur part  d’un constat: l’état  d’arriération du Maroc à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, situation qui explique, compte tenu de l’état des relations internationales de l’époque, «l’appétit des Puissances» à l’égard du Maroc; et parmi celles-ci, évidemment la France, qui est son voisin en Algérie et ne peut manquer d’avoir sur celui-ci des visées particulièrement insistantes.
    L’acceptation forcée  du Traité de protectorat en 1912, ouvre une période relativement brève, une quarantaine d’années, mais au cours de laquelle le Maroc va connaître une transformation considérable sur tous les plans, même si celle-ci ne concerne directement que les choses  et ne modifie pas fondamentalement la condition de la population marocaine.

     

    La réforme du Makhzen:
    plusieurs enjeux

    La démonstration développée  a consisté à analyser les réformes du protectorat dans différents domaines, en soulignant d’ailleurs le rôle déterminant de Lyautey dans  ce processus, même si ses successeurs ont trop souvent oublié ce qu’était sa véritable ambition pour le Maroc, sans oublier la réforme du Makhzen.
     Celle-ci traduisait sans doute son inféodation aux nouvelles autorités, mais elle a contribué à rétablir le prestige d’une monarchie affaiblie par les conflits entre prétendants au titre  et qui, en 1912, avait été accusée d’avoir «vendu le Maroc aux Français».

    Comme l’avaient été les travaux sur «L’élite de transition», il y a une dizaine d’années, ce «nouveau regard» sur le protectorat est un tournant. Il actera l’arrivée de l’approche scientifique dans l’œuvre des historiens. Ces derniers, dans leur façon de s’occuper du passé, ont trop souvent cherché à régler des comptes politiques contemporains. Ce dernier livre de Mohammed Germouni rompt avec cet usage. Il a bénéficié d’une bonne mise en place dans les librairies de l’Hexagone, précisément parce que c’est de la très belle ouvrage.

      Le Maroc s’est couvert de nombreux chantiers  qui l’ont doté des grands équipements d’un Etat moderne. En revanche dans le domaine de l’éducation, le protectorat a péché par une carence volontaire qui avait pour motivation la volonté de ne pas former des concurrents et cela contrairement à la vocation affirmée de la notion même du protectorat. C’est seulement en 1948 que sera créée  par exemple l’Ecole marocaine d’administration destinée, à l’époque, à former des commis d’administration.
    Il faut rappeler, même de façon  schématique, que pendant plus de trente ans le protectorat a dû lutter pour vaincre la résistance des tribus  du  Moyen  Atlas, du Rif et du Haut Atlas jusqu’au dernier combat du Boughafer dans le djebel Saghro en 1934, et que pendant la presque totalité de cette période le Maroc a vécu sous le régime de l’état de siège. C’est alors que le nationalisme des villes prendra le relais de la résistance tribale et conduira la lutte nationaliste jusqu’à l’indépendance.

     

    Trois paradoxes

    Mohammed Germouni constate que les premières décennies de l’Indépendance sont marquées, dans le domaine des politiques publiques, par une frappante continuité. Au terme du  survol  de près d’un siècle d’évolution du Maroc, il estime  que le protectorat  s’est soldé en quelque sorte par  trois paradoxes:
    -  Instrument de domination et accusé de conduire une politique «obscurantiste» par les tenants de l’Indépendance, il a permis l’unification du pays  et  l’édification du système politique et administratif d’un Etat marocain moderne sous l’égide d’une monarchie rénovée et renouvelée par les épreuves de l’histoire.
    - Diffusant les principes républicains de liberté et d’égalité, le protectorat a favorisé, sans le vouloir, l’émergence du nationalisme qui parviendra à l’abattre mais  en conservant l’apport moderne de celui-ci.
    - Les deux guerres mondiales et celles de décolonisation  auxquelles ont participé de nombreux soldats marocains, l’émigration ensuite, ont puissamment contribué  au changement des mentalités  qui, de proche en proche, a gagné une grande partie de la collectivité nationale désormais plus ouverte sur l’extérieur, avec toutefois la volonté de conserver son identité nationale.

     

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