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    Analyse

    Les préjugés tombent sur la gestion de l’eau

    Par L'Economiste | Edition N°:4639 Le 02/11/2015 | Partager
    Les céréales en irrigué, une perte sèche de la ressource
    La tomate consomme moitié moins que les blés
    Le constat d’un modèle élaboré par le Minnesota et Al Akhawayn

    C’est sans appel. L’irrigation des céréales et légumineuses doit être supprimée.

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    Surtout dans les périmètres irrigués. «Sans toutefois, remettre en cause l’objectif de la sécurité alimentaire», estiment les scientifiques. C’est le constat qui ressort avec force de l’analyse économique des écosystèmes de l’eau au Maroc présentée la semaine dernière à Ifrane. Ces cultures, grosses consommatrices d’eau ne valorisent pas pour autant la ressource. En revanche, les fruits, légumes et certaines cultures fourragères affichent une meilleure rentabilité. De quoi revoir la composante céréalière de la  stratégie agricole. C’est la seule filière qui peine à réaliser sa réforme, sept années après le lancement du plan Maroc Vert. Celle-ci table sur la réduction de près de 1,5 million d’hectares des surfaces dédiées à la céréaliculture et l’augmentation des rendements. Avec à la clé, un pôle productiviste pour sécuriser une production de 70 millions de quintaux. Or, ce noyau est basé sur le concours des périmètres irrigués. En exportant les productions pour lesquelles le Maroc a un avantage comparatif et en important les céréales. Seulement, la filière des céréales exerce une forte sensibilité sociale et politique. A tel point, qu’elle détermine la croissance économique bien qu’elle ne représente que 15% de la production agricole nationale brute.
    L’économie de l’eau a fait l’objet de beaucoup d’études en comparaison avec d’autres pays. Mais la plupart d’entre elles se sont basées sur des modèles statiques. De plus, les implications sur la production agricole et les effets sur le reste de l’économie n’ont souvent pas été abordés.
    Le modèle élaboré par deux universités, Al Akhawayn et Minnesota, en collaboration avec le Programme des nations unies pour l’environnement, tranche avec les investigations menées jusqu’à présent. Il cible un équilibre général des allocations de l’eau entre les secteurs productifs selon une dynamique mesurable dans le temps. «Mieux, il est mesurable sur une  longue période, 40 ans», précise le chef de projet, Ahmed Driouchi et doyen de l’Institut d’analyse économique et études prospectives de l’Université Al Akhawayn.
    Le projet a été lancé en juin 2014 et enrichi en août de la même année. Pour sa présentation tout un collectif d’experts des divers organismes publics et institut de recherche a été convié. Car, l’objectif est non seulement de le positionner au niveau des décideurs mais aussi de le faire approprier par les experts et chercheurs. La R&D est le passage obligé pour opérer une réallocation de la ressource hydrique, de surface ou souterraine soit elle. Si le pays doit supprimer les cultures céréalières dans les périmètres irrigués, il faut créer et développer à grande échelle des variétés de semences adaptées au climat et à la ressource disponible. Visiblement, le problème ne devrait pas se poser. Le répertoire de l’Institut national de recherche agronomique est riche à cet égard. Le centre de l’INRA à Settat s’est attelé à ces recherches depuis plusieurs années.

     

    De plus la mise à contribution de l’Université de Minnesota peut être salvatrice. Cette institution est réputée en effet, pour ses solutions «clés en main» en ce qui concerne l’agriculture dans les pays arides et semi-arides.
    Tout en ciblant l’ensemble du territoire, le projet fait un focus sur deux régions, le Souss-Massa et le Tadla-Azilal.  Ces deux régions contribuent  à hauteur de 23% à la valeur ajoutée du secteur irrigué. «Avec une forte variabilité de la pluviométrie, la part de l’agriculture évaluée à 15 % dans la valeur ajoutée totale sous-estime le poids du secteur agricole et de l’eau dans l’économie nationale», constate Terry Roe, professeur au département d’économie appliquée à l’Université du Minnesota. De plus l’apport des eaux de surface et de nappe dans le PIB ne figure pas dans la comptabilité nationale. Pas donc de repères quant à la dégradation de la ressource et encore moins de son impact sur les richesses naturelles du pays. Une situation qui ne peut éclairer les décideurs et partant les politiques publiques.
    La méthodologie consiste à adopter un modèle empirique aussi bien pour les deux régions que le reste du pays avec deux simulations : une baisse de 10% de l’irrigation et une hausse équivalente de la productivité, via un usage raisonné de l’eau.
    Dans le Souss-Massa, les résultats de l’évaluation de l’eau (la valeur implicite), table sur une hausse de 300% au bout des 40 prochaines années. Ceci sur la base d’un apport annuel de 6% à partir de la nappe et le reste des eaux de surface. Le coût du pompage devrait dissuader les usagers, en particulier en ce qui concerne les céréales et légumineuses. Par rapport à l’année de référence(2015), la valeur implicite de l’eau augmentera le niveau de rabattement de la nappe aussi : 2,2%. Bien évidemment, le débit d’eau prélevée  sur la nappe ne devrait pas dépasser le taux d’infiltration.
    En ce qui concerne la productivité, le Souss-Massa réalisera plus de gains par rapport au Tadla. Ayant une dominante pour les fruits et légumes le Souss, augmentera sensiblement sa valeur ajoutée. A l’opposé, le Tadla devrait aggraver la pression sur la ressource. D’où la nécessité d’une reconversion des cultures. La région est en effet réputée pour ses cultures de céréales de betterave à sucre et l’élevage laitier.  
    L’analyse s’intéresse également à la valeur du capital terre. Il est observé que ce capital a tendance à augmenter pour les terres cultivées avec des cultures à forte valeur ajoutée. Dans le Souss, la valeur des terrains à vocation maraîchère devrait passer à 76.800 DH/ha à l’horizon 2045 contre 40.000 en 2011.

     

    La nappe, un stock tampon

    L’analyse de la sécheresse montre que les cultures annuelles enregistrent une forte réduction de la valeur ajoutée. Par contre, celles des fruits et légumes ont connu la baisse la moins marquée. En effet, ces dernières pourraient « pomper » de la nappe phréatique sans dégrader la valeur implicite de l’eau. La pénurie d’eau de surface a diminué les coûts de location du foncier, mais elle a augmenté ceux du loyer de l’eau. L’aquifère du Souss Massa a joué un rôle tampon durant 5 à 8 premières années de simulation de la sécheresse, avec un rabattement de la nappe phréatique. Après une dizaine d’années, les prélèvements de la nappe étaient pratiquement inchangés par rapport à la situation de base. Ces résultats montrent que l’aquifère ne peut être exploité que pour remplacer l’eau de surface sur le court terme. Ce résultat impose aux décideurs politiques à répartir l’eau de surface de façon raisonnée en privilégiant les cultures compétitives. La subvention «déguisée du pompage», via le gaz butane ne fera que compromettre la durabilité de la ressource.

    L’équipe de la recherche

    Piloté par Ahmed Driouchi,  professeur d’économie, et doyen de l’Institut de l’analyse économique et études prospectives (Université Al Akhawayn), le projet est mené en collaboration avec Terry L. Roe et Rodney B.W. Smith, professeurs au  département d’Economie Appliquée de l’Université du Minnesota.
    Trois collaborateurs ont participé également à l’élaboration du projet. Il s’agit de Rachid Doukkali, professeur à Institut agronomique et vétérinaire Hassan II, de Donney Choi et de Harumi Nelson, professeurs d’Economie Appliquée à l’Université du Minnesota.

    A. G.

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