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Enquête

Mariages mixtes 5.000 unions… pour combien de concubinages?

Par L'Economiste | Edition N°:4624 Le 09/10/2015 | Partager
Le phénomène difficile à appréhender
Les 2/3 des conjoints nationaux sont des femmes

Selon les données du ministère de la Justice, les 2/3 des mariages mixtes sont conclus par des femmes. Mais ces chiffres ne tiennent pas compte du phénomène du concubinage

Après les problèmes d’héritage dans les couples mixtes, traités dans notre édition du jeudi 8 octobre, la seconde partie de notre enquête analyse les statistiques du ministère de la Justice.

Chaque année, plus de 5.000 Marocains et Marocaines choisissent de convoler en justes noces avec un conjoint étranger. Selon les chiffres officiels obtenus auprès du ministère de la Justice en 2013, ils étaient 5.353 à demander l’autorisation d’épouser un partenaire étranger. 5.220 d’entre eux ont obtenu le feu vert des autorités judiciaires. 133 autres ont été déboutés.
Les statistiques provisoires de l’année 2014 indiquent que 4.664 personnes ont trouvé leur moitié hors des frontières. Le chiffre définitif pourrait dépasser celui de 2013.
Les données officielles sur les mariages mixtes indiquent que plus des deux-tiers des Marocains qui se marient avec des conjoints étrangers sont des femmes. Comment interpréter cette prédominance féminine? «La société marocaine a connu des changements qui ont affecté le choix du partenaire ainsi que l’institution du mariage. D’abord, le mariage n’est plus assujetti aux stratégies familiales. Il devient de plus en plus un vecteur d’ascension sociale individuelle. Cela est en train de se généraliser même dans les régions les plus reculées et enclavées du Maroc grâce à la circulation de l’information, au développement de la mobilité, sans oublier l’impact de la scolarisation sur les idées et les mentalités», explique Abdelfettah Ezzine, sociologue, professeur-chercheur à l’Institut universitaire de la recherche scientifique de l’Université Mohammed V de Rabat.
L’autre mutation de la société marocaine porte sur la transition urbaine qui ne cesse de s’accélérer, comme le confirme le recensement de 2014. En effet, 6 Marocains sur 10 vivent en ville contre un peu plus de 5 il y a dix ans. Ce qui induit de profonds changements sociaux tels que «l’individualisme, l’émancipation de la femme, la mixité socioculturelle, le changement de style de vie…». Le sociologue explique aussi que «les femmes commencent à émigrer de plus en plus seules. Si bien que près de 50% des Marocains du monde sont des femmes». A signaler également que le Maroc est devenu non seulement un pays «émetteur d’émigrés», mais aussi un «pays d’installation des migrants». Autant de conditions qui font que «le mariage mixte est en train de gagner du terrain».
Les statistiques du ministère de la Justice ne disent pas tout sur l’ampleur du phénomène. S’agit-il uniquement des alliances enregistrées dans les tribunaux marocains? Les unions conclues à l’étranger sont-elles intégrées dans ces statistiques par les services diplomatiques marocains? Quid des mariages contractés dans des pays où le Maroc ne dispose pas de représentation diplomatique?
Les couples impliquant un conjoint marocain ne sont pas toujours enregistrés, principalement ceux installés à l’étranger. Bon nombre de conjoints masculins marocains n’éprouvent aucune gêne à vivre en concubinage. D’ailleurs, c’est un phénomène très courant, mais difficile à appréhender. A contrario, les femmes marocaines, dans leur majorité, et pour des raisons familiales et sociales, exigent la codification de leur mariage. «Les autorités marocaines compétentes, depuis la promulgation du code de la famille et le droit d’acquérir la nationalité marocaine pour les enfants nés d’une mère marocaine, commencent à être plus vigilantes en ce qui concerne ces unions», relève le sociologue Ezzine.
L’autre enseignement que l’on peut tirer des chiffres sur les couples mixtes concerne la répartition par origine des conjoints étrangers adoptée par le ministère de la Justice. «La ventilation géographique a été faite selon les continents et non les aires socioculturelles. Ainsi, l’Asie musulmane, par exemple, englobe à la fois le Moyen-Orient et d’autres pays non arabes. Une déclaration de l’ambassadeur saoudien, datant de l’année 2007, fait état de 30 à 40 mariages par an entre Saoudiens et Marocaines (sic!)», poursuit le sociologue Abdelfattah Ezzine. Par ailleurs, les chiffres concernant l’Afrique ne font pas de distinction entre ses différents grands ensembles: l’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Libye, Mauritanie et Egypte), Afrique de l’Ouest francophone et musulmane (Sénégal, Mali, Guinée…), et d’autres régions, anglophones et de confession chrétienne.

Asymétrie socioprofessionnelle

L’analyse des chiffres sur les mariages mixtes indique sur le plan professionnel une asymétrie entre les conjoints étrangers et marocains. En effet, sur l’ensemble des unions enregistrées au terme des neuf premiers mois de 2014 (4.664), par exemple, 2.112 conjoints marocains sont sans emploi tandis que, côté étrangers, ils sont à peine 414 personnes à ne pas occuper un emploi. L’examen des chiffres du ministère de la Justice entre 2010 et 2013 indique qu’il y a une forte prédominance des conjoints étrangers qui sont sur le marché de l’emploi.

Hassan EL ARIF

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