×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Enquête

Mariages mixtes
Attention aux statistiques officielles

Par L'Economiste | Edition N°:4623 Le 08/10/2015 | Partager
Certaines unions ne sont pas enregistrées
Les femmes plus exigeantes en matière d’authentification des unions

Abdelfattah Ezzine, sociologue: «Le mariage mixte répond plus à cette recherche de soi beaucoup plus qu’au conformisme imposé par le milieu social»

- L’Économiste: Comment analysez-vous le phénomène du mariage mixte?
- Abdelfettah Ezzine:
Les causes du choix de partenaires étrangers sont multiples. Mais le fait que les femmes marocaines se marient le plus avec des étrangers peut s’expliquer, en général, par l’affaiblissement des logiques d’endogamie et aussi par une volonté de s’affranchir ou de contourner le modèle patriarcal que leur impose la société. Le mariage avec un étranger non-musulman, malgré les restrictions religieuses, peut aussi s’expliquer, en plus de la recherche d’affirmation de soi, par le modèle de couple et de famille recherché. D’ailleurs, certaines études en Suisse mentionnent que les mariages mixtes génèrent deux fois moins de divorces que les mariages entre Suisses de souche. Le mariage mixte ne doit pas être pensé comme une rencontre entre deux cultures, mais comme une rencontre d’individus. La culture fonctionne trop souvent comme un cache-sexe de problèmes personnels que l’on justifie, mais seulement après coup, dans une perspective religieuse. C’est le cas des mariages mixtes entre Marocaines et conjoints arabes.
- Comment s’explique la prédominance des Européens parmi les conjoints étrangers?
- Ceci ne concerne que les mariages mixtes enregistrés. En fait, un grand nombre d’unions dans les pays arabes (surtout les pays du Golfe) ne sont pas déclarées. A part ces constatations, cette tendance s’explique par l’ancienneté de l’émigration marocaine dans ces pays (France, Hollande et Belgique surtout) et aussi par la facilité du mariage et sa légalisation. Il est perçu comme une émancipation et une intégration volontaire dans la société d’accueil.
- Les femmes représentent plus des 2/3 des Marocains qui se marient avec des étrangers. Quel enseignement en tirez-vous?
- En réalité, les statistiques officielles ne sont pas exhaustives. D’après les observations sur le terrain, les femmes, plus que les hommes, tiennent à enregistrer leur mariage pour le faire reconnaître auprès de la famille et se prémunir contre des aléas en cas de divorce (garde des enfants, par exemple). Cependant, le mariage des Marocaines avec des citoyens arabes pose des problèmes à cause des lois de certains pays qui soumettent le mariage avec l’étranger (ou l’étrangère) à des règlements draconiens et le contrôlent pour des raisons démographiques. D’ailleurs, plusieurs cas de mariage de Marocaines avec des ressortissants des pays du Golfe ne sont pas notifiés légalement. Ce n’est qu’un mariage coutumier qui ne donne à la famille issue de cette union aucune légitimité et ne génère aucun droit. Les femmes et les enfants vivent dans une précarité juridique que l’Etat marocain est appelé à résoudre.
- Les enfants issus de ces couples sont souvent confrontés au problème de l’interdiction de la succession. Quelles en sont les implications?
- Si on peut argumenter juridiquement la non-succession des ayants droit de couples mixtes non enregistrés selon les préconisations de la loi marocaine, les enfants issus de mariages mixtes se trouvent privés de leurs droits de succession par la loi, malgré l’enregistrement de ce mariage. Cette constatation est vraie au regard de la réglementation marocaine en vigueur, qui ne reconnaît pas le lien de mariage entre une femme de nationalité marocaine de religion musulmane et un homme non-musulman, si ce dernier ne s’est pas converti à l’islam. Paradoxalement, la situation des femmes marocaines de religion juive sont assujetties aux règles hébraïques sans que la loi marocaine s’en préoccupe!
Un des enjeux juridiques de cette situation est que nous nous trouvons devant une inégalité flagrante de traitement et une situation de discrimination du droit positif marocain entre la citoyenne marocaine et le citoyen marocain, dans la mesure où le droit marocain permet à l’homme marocain musulman d’épouser une femme non musulmane sans nécessité de conversion de celle-ci à l’islam, mais il ne permet pas à la femme marocaine musulmane d’épouser un homme non-musulman qui ne se convertit pas à l’islam. Quel qu’en soit le fondement, une telle inégalité est inacceptable et pose le problème des droits de l’homme. Elle génère des conséquences parfois dramatiques pour la femme marocaine se trouvant dans cette situation, pour son conjoint, mais aussi pour sa descendance.
Propos recueillis par Hassan EL ARIF

--------------------------------------------------------
Retrouvez la suite de notre enquête dans l’édition de vendredi 9 octobre

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc