Politique

Elections communales: Ces femmes qui battent campagne

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4597 Le 31/08/2015 | Partager
Une journée avec les candidates Istiqlal, PPS et PJD à Casablanca
De Lahjajma à Aïn Sebaâ, en passant par Bourgogne
Dénominateur commun: Une plus grande sensibilité aux affaires publiques
Plutôt que de faire du porte-à-porte, Yasmina Baddou préfère organiser sa campagne sous forme de meetings dans des maisons.
 

De Lahjajma à Aïn Sebaâ, en passant par Bourgogne, les campagnes électorales féminines se déroulaient plutôt dans le calme ce jeudi 27 août. C’est en tout cas l’impression qui se dégage en attendant les derniers jours décisifs avant le scrutin du 4 septembre. Cette semaine sera certainement plus «corsée», les candidates préfèrent en effet garder leur souffle pour les derniers moments de la campagne, remarquent des observateurs. 

L’Economiste, qui a accompagné trois candidates de l’Istiqlal, du PPS et du PJD, a pu constater sur le terrain le déroulement des campagnes, chacun des partis ayant son mode opératoire, ses promesses… 
Du côté de Yasmina Baddou rompue à cet exercice depuis des années (elle a déjà à son actif 2 mandats en tête de la circonscription d’Anfa), les équipes semblent bien rodées. Une centaine de militants sont impliqués chaque jour dans les opérations. Outre un directeur de campagne, un consultant en Com politique et RP, la  candidate de l’Istiqlal s’est entourée aussi d'une équipe de production audiovisuelle et de deux consultants en Com digitale. D’ailleurs, les réseaux sociaux font partie intégrante de sa campagne. Elle utilise facebook, sa propre chaîne youtube, google+ et whatsapp pour communiquer sur l’actualité et les temps forts de sa campagne. Chaque jour, elle poste une vidéo de sa tournée et partage avec ses 30.000 followers, les éléments du programme, ses interventions dans les médias.
Ce jour-là,  Baddou a ciblé le quartier populaire de Lahjajma (qui comporte aussi derb Jdid et Laârssa). Il s’agit d’un des quartiers «chauds» de sa circonscription, voire de Casablanca. Car contrairement aux idées reçues, l’arrondissement Anfa, considéré comme «riche», comporte bon nombre de bidonvilles. Ce quartier est même classé 2e, juste derrière Aïn Sebaâ, en termes de nombre de bidonvilles.  
 
Aïcha Lablak,  candidate PPS pour la région Casablanca-Settat, accompagnée de Nezha Skalli, l’une des ténors du parti, discutant avec une résidente du Boulevard Goulmima (Bourgogne).

«Je préfère toujours démarrer mes campagnes dans les quartiers difficiles, car c’est là où il y a le plus d’attentes», explique la candidate de l’Istiqlal. Après une tournée, effectuée mercredi 26 août, dans les bidonvilles de Aïn Diab (douars Hajja Fatna, douar Ben Kaddour, El Messoudi …), c’est au tour de Lahjajma d’accueillir la candidate istiqlalienne. 

Un accueil triomphal lui a d’ailleurs été réservé à l’entrée du bidonville avec une troupe de musiciens, des dattes et du lait distribués à l’entrée … Plutôt que de faire du porte-à-porte, Baddou préfère organiser sa campagne sous forme de meetings dans des maisons. «Vous ne pouvez pas convaincre dans la rue, en répétant le même discours à chaque fois. Je préfère regrouper 100, 200 ou même plus de personnes dans une maison du quartier», explique-t-elle. 
Les attentes et les préoccupations des habitants du quartier se résument au «relogement» et à l’emploi pour les jeunes. C’est en tout cas ce qui ressort des discussions et des remarques lancées par les uns et les autres. Quoique beaucoup avaient l’air plutôt sceptique ou dubitatif. «C’est toujours la même rengaine, mais dès qu’ils gagnent les élections, ils nous tournent le dos et on ne voit aucun changement», relève un jeune du quartier. 
Certes, les programmes de relogement sont surtout gérés par les départements de l’Intérieur et l’habitat, mais les bidonvillois espèrent aussi un coup de pouce de leurs élus. Pour Baddou, le relogement des bidonvillois se fait dans la «violence», sans compter les problèmes soulevés par la formule des lots de terrains R+2.  «Les bénéficiaires, dont les baraques sont détruites, sont abandonnés à leur sort en attendant la construction de leur maison, qui risque de durer des années», s’indigne-t-elle. 
La candidate, qui brigue aussi la présidence du Conseil de la ville, ne focalise pas ses efforts sur son arrondissement. «Je ne suis pas venue avec un programme spécifique pour Anfa, mon programme concerne toute la ville de Casablanca», souligne-t-elle. D’après Baddou, il faut oublier cette vision sectaire où chaque arrondissement «tire la couverture de son côté». Il faut que les ressources soient allouées de «manière équitable en fonction d’une vision globale».
Pour Yasmina Baddou, Casablanca a toujours été gérée par des hommes : «il n’y a qu’à voir le résultat aujourd’hui: saleté, absence d’espaces verts, délabrement, insécurité … ». Pour la candidate PI, une femme a plus de sensibilité avec tout ce qui a trait aux problèmes de la famille, de l’enfance … «La preuve: plusieurs hommes ont défilé au ministère de la Santé, mais personne n’a essayé de réduire la mortalité féminine. A mon passage, je me suis attaquée à ce problème». 

Hakima Fasly, tête de liste du PJD à Aïn Sebaâ, croit fermement que les femmes sont les mieux placées pour gérer les affaires publiques.

Autre quartier, autre campagne. Cette fois-ci, c’est au tour de Aïcha Lablak,  candidate PPS pour la région Casablanca-Settat. Cette administratrice du secteur public préfère parler de campagne «ciblée et intelligente», avec quelques «sorties musclées» pour un effet de masse. Opérant sur un vaste territoire (3 arrondissements: Maârif, Anfa et Sidi Belyout), Lablak mise pourtant sur le porte à porte pour engager le dialogue avec les riverains. «Nous procédons par zoning, en focalisant sur les zones traditionnellement favorables au PPS comme les quartiers Gauthier, Maârif et Sidi Belyout, mais aussi sur d’autres territoires à conquérir», explique-t-elle. Ces zones sont coiffées par des chefs de file qui balisent le terrain avec les sympathisants du parti avant le démarrage des tournées. Les moments forts des tournées sont généralement programmés de 11h à 13h et de 18h à 21h. 

L’après-midi du jeudi 27 août, elle effectuait discrètement sa tournée sur l’axe du bd Goulmima à Bourgogne, accompagnée de Nezha Skalli et d’autres militants du parti. «On veut que vous parliez pour nous, que vous soyez notre porte-voix», affirme une dame âgée. Une autre évoque le sujet de la «violence contre les femmes». 
«Nous remarquons une sorte de désespoir auprès des jeunes qui ne croient plus dans les discours électoraux», témoigne un riverain. Des «focus groupes» sont également organisés en comités restreints (une vingtaine de personnes) dans les maisons du quartier en question. 
Et pour attirer les foules, le PPS fait appel à des personnalités publiques comme El Houssaine Louardi (ministre de la Santé) ou Charafat Afilal (ministre déléguée chargée de l’Eau). Outre les thèmes habituels de l’emploi, l’environnement, la propreté … le PPS insiste dans son programme sur les préoccupations quotidiennes du Casablancais, dont le développement des espaces verts, la création de parkings privés, d’espaces culturels et sportifs … Il est aussi question d’améliorer la qualité du transport public, de réaliser des économies d’énergies dans les communes … 
Autre candidature très suivie, celle de Hakima Fasly, tête de liste du PJD à Aïn Sebaâ. Elle croit fermement que les femmes sont les mieux placées pour gérer les affaires publiques. «Une femme qui gère sa maison avec un budget spécifique peut aussi gérer une circonscription ou un arrondissement», assure cette enseignante universitaire à la faculté de Mohammedia, spécialisée dans les finances publiques. Pour la candidate Fasly, le terme «management» se réfère à la «ménagère». Seule une femme est capable de cerner les attentes de ses congénères. «Les femmes veulent des espaces verts pour promener leurs enfants, de la propreté, plus de sécurité…», poursuit Fasly. 
 «Au PJD, ce sont les compétences qui comptent», souligne-t-elle. D’ailleurs, une jeune non voilée (Yousra Rochdi, analyste financière) figure sur sa liste électorale. 
Sur le terrain, les opérations démarrent dès 9 h avec un petit déjeuner collectif, suivi d’un départ en tournée vers 10h «afin de cibler les ménagères et femmes au foyer qui partent faire leurs courses». D’autres tournées sont programmées durant la tranche horaire de 17 h à 21h. 
Parmi les quartiers ciblés cet après-midi du jeudi 27 août, figurent Al Hamd et Addoha. Après un briefing devant la section du parti au quartier Al Hamd, les équipes ont entamé leur tournée à bord de plusieurs véhicules, avec une musique de fond, entonnant les chansons des militants du parti. Certains riverains montrent leur sympathie, d’autres se plaignent du «vacarme». «C’est ça une campagne électorale!», réplique un militant du PJD. Au programme: discussions, porte-à-porte, distribution de tracts, du journal du parti… D’autres quartiers de Aïn Sebaâ, dont Al Wifak, Chabab, Aïn Sebaâ Littoral ou Semara …, sont aussi ciblés. Certes, le programme de la campagne est préétabli, mais la stratégie est adaptée tous les 3 jours en fonction des évènements. 
Aziza EL AFFAS
  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc