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Entreprises

Pénurie de bitume dans le secteur des routes

Par L'Economiste | Edition N°:4597 Le 31/08/2015 | Partager
Le stock largement consommé
Les besoins d’ici fin décembre estimés à 160.000 tonnes
De nombreux chantiers de construction et de maintenance de routes sont actuellement à l’arrêt. Et pour une fois, ce n’est pas faute de crédits ni en raison d’un défaut de paiement, mais à cause d’une pénurie de bitume. Depuis la fermeture de l’usine Samir début août, le produit n’est plus disponible sur le marché local en quantité suffisante. Les importations notamment de Bituma, Colas, GTR ne suffisent plus à répondre aux besoins. «Les entreprises de travaux publics ont été prises de court par cette crise à laquelle elles ne s’attendaient pas», explique Hicham Mossaddek, président de l’Association marocaine des routes (AMR/FNBTP).
Le bitume est un liquide accessoire au raffinage du pétrole. Il est utilisé comme une colle avec les gravettes et le sable pour fabriquer l’enrobé destiné au revêtement des routes et certaines autres surfaces. 
En général, le Maroc dispose d’un stock de 10.000 tonnes, mais celui-ci a été «largement consommé», selon des opérateurs. «Les entreprises sont livrées à elles-mêmes. En cas de retard de livraison de chantiers, elles devront payer des pénalités de retard parce qu’une pénurie de matière première n’est pas considérée comme un cas de force majeure», affirme le représentant d’une société de BTP. Les chantiers stratégiques, quant à eux, tels que le TGV ou les autoroutes, sont priorisés, mais dans les collectivités locales, les fermetures de chantiers sont importantes et mal accueillies par les populations locales. Le ministère de l’Équipement tient des réunions quasi hebdomadaires avec les titulaires des marchés pour débloquer la situation. 
La solution qui a été trouvée pour le moment consiste à encourager les importations massives pour faire face aux besoins et permettre la reprise des chantiers. Les importations ont d’ailleurs timidement repris, mais les volumes restent trop faibles (environ 4.000 tonnes par opération). Or, selon les opérateurs du BTP, le Maroc a besoin de 160.000 tonnes de bitume d’ici la fin de l’année pour finaliser les projets ouverts, y compris les plus structurants. Les membres de l’Association marocaine de routes se réuniront demain mardi 1er septembre. «La rencontre a pour objectif d’évaluer avec exactitude les besoins en bitume. Les importateurs craignant de se retrouver avec des invendus car ils prendront des engagements fermes», précise Mossaddek. 
Problème: les stocks de bitume se font rares en France et en Espagne, principaux fournisseurs en Méditerranée. Les quantités disponibles servent à peine aux chantiers en UE, en Algérie et en Libye qui ont lancé d’importants programmes de construction de routes. De plus, il faut au moins un mois pour passer commande et affréter un navire pour l’acheminement. Par conséquent, les importateurs intéressés devront cibler des pays producteurs plus lointains comme l’Iran. Sauf que «à cause de l’embargo, les banques refusent de financer les opérations commerciales avec ce pays». 
Pourquoi pas une réserve stratégique?
Les problèmes d’approvisionnement en bitume à travers ses quatre variantes les plus couramment utilisées sont récurrents. Les professionnels avaient déjà tiré la sonnette d’alarme dans les colonnes de L’Économiste (Voir l’édition du 28/07/2009). Le Maroc consomme environ 360.000 tonnes par an. Une consommation concentrée sur cinq mois environ. Mais le gouvernement n’a jamais pu sécuriser une réserve de plus de 10.000 tonnes. Il était question d’atteindre 40.000 tonnes. L’absence de mesures incitatives ainsi que le monopole de la Samir n’encouragent pas les investisseurs.
Hassan EL ARIF

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