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Roman de l'été

«Les enfants perdus de Casablanca», huitième épisode:Un mal de mer à vomir ses tripes

Par L'Economiste | Edition N°:4583 Le 06/08/2015 | Partager
Jilali Lamrani, l’avocat marocain, Louis Shapiro, le sergent américain, Lucas, le pied-noir, ou encore la belle Gabrielle, sont au coeur de cette oeuvre qui peut se lire entre intrigue historique et policière. L’auteur Tito Topin y retranscrit l’ambiance de Casablanca entre 1942 et 1955, avec pour fil rouge un savant dosage de romance, de lutte pour l’indépendance et de cohabitation de plus en plus difficile entre communautés. Topin donne encore une fois un aperçu de son aisance à décrire la psychologie tourmentée de ses personnages principaux. Le tout à travers un souci du saut temporel, sans que cela ne nuise à la cohérence de l’ensemble, constaté tout au long de l’ouvrage.
L’Economiste en accord avec les Editions Denoël et l’auteur offre à ses lecteurs cette oeuvre en roman de l’été.
Résumé: L’état major français est en effervescence. Le résident général Noguès ne croit toujours pas à l’éventualité d’un débarquement américain. Devant son entêtement, le général Béthouart prend des mesures radicales: il le décharge du commandement des opérations militaires.
Quatre heures vingt-cinq. 8 novembre

DEPUIS trois quarts d’heure, personne ne dort à bord du SS Augusta battant pavillon du contre-amiral Kent Hewitt, commandant la 34e force d’attaque américaine. Les hommes sont entassés sur le pont, les visages barbouillés de peinture de guerre, ocre rouge, vert, noir. Dans le mouvement des vagues, les bardas, les gamelles et les fusils s’entrechoquent. Hébétés de sommeil et de fatigue, engoncés dans les gilets de sauvetage, les gorges serrées par la lanière des casques, transis de froid, nauséeux, debout faute d’espace pour s’asseoir, trempés par le crachin et les embruns, ils se rassurent en regardant l’impressionnante armada qui navigue de concert avec eux. En tête, le Massachusetts avec ses destroyers d’escorte. À quelques milles derrière, leur propre navire, l’Augusta, protégé par une nuée de torpilleurs disposés en demi-cercle, puis quatre-vingt-cinq transports de troupe, cargos et pétroliers sur neuf colonnes flanqués par les cuirassés Texas et New York. Plus loin encore, le croiseur Cleveland, le Ranger et les quatre porte-avions d’escorte avec neuf torpilleurs. À intervalles réguliers, des chasseurs F4F-3 Wildcat décollent des pistes d’envol ou sont catapultés par les grands navires de surface pour signaler d’éventuels ennemis, notamment les sous-marins, les plus redoutés.

L’immense armada, la plus grande force d’assaut que l’Amérique ait jamais lancée sur les océans, couvre une distance de plus de trente milles. Les fumées qui s’échappent à l’horizontale des cheminées dégagent une énorme sensation de puissance.
La veille, le mauvais temps qui malmenait les navires depuis le départ a fait place à une accalmie, le vent a molli, le roulis a diminué, mais, en approchant des côtes marocaines, la barre se révèle plus forte que prévu, les coques plongent, jaillissent et replongent dans l’eau noire, les treuils grincent, les paquets de mer fouettent les hommes.
Sur le pont, le sergent Louis T. Shapiro, de la 3e division d’infanterie de marines, fait partie de la première vague d’assaut. Il soulève la manche de son blouson et consulte sa waterproof à la lueur de son briquet. 4 h 25. Il observe la mer avec détestation, il ne sait pas nager et il se souvient avec terreur de l’exercice de simulation auquel on l’avait soumis à Casco Bay, dans le Maine, avant d’embarquer. Un cauchemar. Le ciel était bas, la pluie battante. Courbé sous les rafales de vent, il s’était entassé avec ses camarades dans une péniche de débarquement identique à celles que les transports de troupe sont en train de mettre à l’eau. Né à Chicago, n’ayant jamais franchi les limites de l’Illinois, il n’avait jamais vu un litre d’eau salée de toute son existence. D’abord il avait serré les dents, il avait rentré la tête dans les épaules en s’interdisant d’avoir peur, mais très vite il avait été obligé de se précipiter, de se pencher par-dessus le plat-bord et vomir tripes et boyaux en poussant d’horribles hoquets. Quand l’ordre de sauter sur la plage avait fusé, au lieu d’avancer il avait reculé. Quelqu’un l’avait alors poussé hors de l’embarcation et il s’était brusquement retrouvé dans de l’eau noire jusqu’aux aisselles. Mal serré à la taille, le gilet de sauvetage s’était brusquement détaché et refermé comme une huître sur la nuque et le visage, l’étouffant, l’aveuglant, lui interdisant tout mouvement. Dans la bousculade, il avait failli se noyer et il l’aurait été à coup sûr s’il n’avait pas lâché son casque, sa gamelle et son fusil pour se cramponner à un compagnon qui n’avait pas cessé de le frapper pour qu’il le lâche. Parvenu sur le sable, il était resté longtemps à genoux, secoué de spasmes, recrachant une eau infecte.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’un exercice mais de sauver sa peau. Il espère que la péniche qui tangue contre la coque de son croiseur s’approchera assez près de la terre ferme pour lui éviter la noyade, ensuite il fera un trou dans le sable et il attendra que ça passe.
Pour en avoir discuté, il sait que personne à bord n’a connu le baptême du feu, pas même les officiers qui le commandent, pas même le capitaine Hoffter.
Les seules personnes qui lui avaient fait part de la violence des combats étaient une paire de voisins turbulents qui habitaient un clapier à moins de cent mètres de chez ses parents, deux anciennes grandes gueules de l’autre guerre qui aimaient bien arborer leurs médailles au bistro. Il les avait écoutés des soirées entières, il s’était farci leurs incroyables faits d’armes, de plus en plus héroïques avec le renfort de l’alcool, mais il avait toujours passé l’éponge sur leurs bitures à cause de ce qu’ils avaient vécu bien qu’il n’en crût pas la queue du quart du tiers au point de se demander s’ils avaient vraiment fait la guerre.
Quand il lui arrive de penser à ces deux ivrognes, comme maintenant, il s’inquiète de savoir s’il sera aussi pathétique et con plus tard.
À condition de survivre

La plage de Fedala est perceptible. Les lumières de Casablanca forment une constellation mouvante au loin, sur la droite. Les navires se sont immobilisés, l’air est irrespirable, lourd de vomi, de diarrhées putrides, de sueur et de métal chaud.

- Quel jour sommes-nous? demande Dooley Wilson, un colosse noir, marine au 1er bataillon de rangers US.
Il a murmuré, comme s’il craignait que l’ennemi n’entende.
- Le 8 novembre 42.
- L’année dernière, à cette date, je jouais à l’Apollo, dans le big band de Gene Krupa.
Ses doigts pianotent sur un clavier imaginaire.
- Dans deux jours, ma petite Marion aura un an, soupire le sergent Vernon D. Manson en s’enfournant une tablette de chewing-gum parfumé à la fraise.
Louis T. Shapiro lui enfonce la casquette sur les yeux et lui tend le hamburger qu’il est en train de manger.
- Bouffe, dit-il, c’est toujours ça de chez nous qu’on aura dans le bide avant de crever.
- De la viande casher, man, tu déconnes?
- Qu’est-ce que ça peut foutre, c’est toujours de la bidoche. Vernon fait une grimace de dégoût.
- Non merci, j’ai envie de dégueuler.
- Tu me fais une crise d’antisémitisme en pleine mer?
- Je déconne pas, man, j’ai le bide comme un moulin à légumes.
Louis mord à pleines dents dans son hamburger.
- Je te savais pas raciste.
- Fais pas chier, man.
En mâchant, il lui met le sandwich sous le nez.
- Bouffe, merde.
- Mais arrête de m’emmerder, tu vois pas que j’ai un chewing-gum dans la bouche?
- Crache-le.
- Je te jure que si tu me fais bouffer ça, je te gerbe sur la gueule.
 
Tito Topin

Considéré comme l’une des plus grandes signatures du polar français, Tito Topin compte à son actif une vingtaine de romans ainsi qu’une cinquantaine de scénarios de séries télé dont la plus célébre est celle de l’inspecteur Navarro. Ce Casablancais, qui a entamé sa carrière dans le monde de la pub, a remporté plusieurs distinctions: grand prix Mystère de la critique, considéré comme le concours de référence des romans policiers, pour «55 de fièvre» publié chez Gallimard et que L’Economiste avait proposé à ses lecteurs en roman de l’été en 2007, grand prix de Littérature policière pour «Un gros besoin d’amour» en 1989, grand prix Polar de Cognac pour «Bentch et Cie» en 2006, Plume de cristal au Festival international du film policier de Liège pour «Des rats et des hommes» en 2012.

 

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