Culture

Nawell Madani: «J’ai enfin gagné la fierté de mon père»

Par L'Economiste | Edition N°:4546 Le 12/06/2015 | Partager

Le Marrakech du rire 2015 met à l’affiche une véritable révélation, Nawell Madani. Son spectacle “C’est moi la plus belge” est au programme de la soirée du jeudi 11 juin au Théâtre royal
 

Rien d’étonnant à sa fulgurante ascension. Nawell Madani a de l’ambition à revendre, une volonté de fer, une répartie à faire rougir et des choses à prouver. Passée de l’ombre à la lumière en quelques mois seulement, elle cartonne dans son spectacle «C’est moi la plus belge», qu’elle présente pour la première fois au Maroc, à l’occasion des 5 ans du Marrakech du rire. A la conquête d’un nouveau public.
- L’Economiste: «C’est moi la plus belge», qu’est-ce que ça raconte?
- Nawell Madani:
C’est un spectacle autobiographique destiné à gagner la fierté de mon père. Je parle de cette jeune fille, à la recherche de sa place dans son métier, dans la danse, auprès de son public et surtout au sein de sa famille. Alors que ma mère m’a toujours soutenue, mon père, lui, était mon premier obstacle. Mais avec la baraka de mes deux parents aujourd’hui, j’ai pu enfin m’épanouir sur scène et trouver un équilibre entre ma vie privée et ma vie d’artiste. Le présenter au Maroc est une fierté. J’ai envie de surprendre et conquérir ce nouveau public. Un retour aux sources.
- Vous adresser à votre père était aussi l’occasion de vous adresser aux hommes en général? Dans votre spectacle, vous pointez du doigt certains de leurs travers.
- Malgré moi, je passe en effet de nombreux messages sur la condition difficile des femmes du monde entier. Dans certains métiers, comme le mien, où les hommes dominent, nous devons nous accrocher pour émerger. Que l’on soit maghrébine ou pas, d’une religion ou d’une autre, ce sont toutes les femmes qui sont concernées.
- La société est quelque peu susceptible en ce moment. Faites-vous attention aux faux pas?
- Oui, c’est obligatoire. Nous sommes des porte-parole, des référents. Il est possible de tout dire à condition de bien le faire, sans blessure. Mais je ne fais le procès de personne. Je ne suis pas du tout politisée, et comme ça ne m’intéresse pas, ça ne peut pas m’inspirer. Tous les soirs, je suis sur le fil du rasoir. Je suis une femme, humoriste, maghrébine, de confession musulmane, née en Belgique, installée en France et formée aux Etats-Unis, bref une parfaite représentante de la société actuelle. La seule chose à faire, et ça concerne tout le monde, est de délivrer un message de paix. Je termine d’ailleurs mon spectacle en disant que si on peut rire ensemble, on peut vivre ensemble.
- Danseuse et chorégraphe, vous montez sur les planches grâce à votre rencontre avec le metteur en scène de Jamel Debbouze. Un hasard ou une envie de toujours?
- J’ai toujours voulu être comédienne, mais je n’avais pas de références dans le cinéma, une actrice à qui je pouvais m’identifier. Du coup, je n’arrivais pas à me projeter. Quant au théâtre, cela me paraissait inaccessible.
Pour apprendre à danser, il suffit d’un miroir et de musique, mais apprendre à jouer demande plus de moyens.
Cette rencontre m’a donc permis de rajouter les mots au langage corporel, la comédie à la danse, et déployer une large palette de jeux. Du coup, je reçois des scénarios pour des rôles où l’on ne m’attend pas forcément. A moi de faire les bons choix. Mais ma préférence reste ce mélange du rire et de l’émotion. Même si on m’a souvent conseillée de ne pas mêler danse et comédie. Mais les gens viennent nous voir pour être divertis.
Quand l’artiste fait bien les choses, quand c’est mesuré, quand il n’est pas dans la démonstration, si la danse sert à l’histoire que l’on raconte, le public suit.
- Un premier spectacle, une tournée, des zéniths, l’Olympia de Paris… Une ascension express après des années d’attente. Êtes-vous arrivée là où vous vouliez aller?
- Le problème avec moi, c’est que je veux toujours plus. Même si je peux dire que j’ai réussi en offrant à mes parents une standing ovation à l’Olympia. Aujourd’hui, j’ai l’ambition de me tourner vers mes pays d’origine, l’Algérie et la Belgique, où je veux jouer et mettre en lumière d’autres humoristes. La transmission est le seul moyen de laisser une trace. Je viens aussi de terminer le scénario de mon premier film, inspiré de ma vie, et qui sera produit à la rentrée.   
- Quand le succès arrive, est-ce qu’avec lui viennent les angoisses, la peur que tout s’arrête?
- Oui forcément. J’ai à la fois la pression du public et de mes confrères. Alors il faut rester fidèle à ce que l’on est, et le seul moyen d’y arriver est d’avoir les pieds sur terre. Vous savez, avec le succès, ce n’est pas l’artiste qui change mais son entourage. Hamdoullah, je suis bien entourée. Mon âge m’aide à garder la tête froide. J’ai 30 ans et je sais que je peux partir demain. Je n’aurais sûrement pas eu le même discours si tout cela m’était arrivé à 20 ans.
Propos recueillis par Stéphanie JACOB

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc