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    Tribune

    Reporting extra-financier
    La nouvelle version GRI G4 prend pied au Maroc

    Par L'Economiste | Edition N°:4493 Le 30/03/2015 | Partager

    Consultant en RSE et en Reporting extra-financier, Hassan Bouchachia est expert de la norme ISO 26000 et du GRI G4. Il est l’éditeur du premier guide annuel consacré à la RSE au Maroc. Ancien journaliste de L’Economiste, il est aussi le promoteur du premier portail marocain dédié à la RSE Les Leaders de la RSE au Maroc (lesleaders.ma)

    Au Maroc comme ailleurs, trois paliers de progression dans la trajectoire de l’entreprise peuvent être soulignés dans ce qu’on peut appeler «une longue marche du capitalisme contemporain»: l’entreprise féodale (révolution industrielle), l’entreprise productiviste légaliste (à partir des trente glorieuses jusqu’à la fin des années 90) et enfin l’entreprise dite socialement responsable (à partir des années 2000).
    Le vocable responsabilité traverse, ainsi, ces trois périodes post-industrielles avec plus ou moins de bonheur: en partant d’une irresponsabilité presque absolue à une responsabilité exclusive vis-à-vis de la loi et de l’actionnaire jusqu’à la triple responsabilité économique, sociale et environnementale depuis bientôt une quinzaine d’années.
    Toutefois, si au début des années 2000, l’idée d’une adhésion «volontaire» au corpus de la RSE était de nature à rassurer le monde entrepreneurial, la production réglementaire et législative onusienne (OCDE, OIT, Global Compact…) et européenne (directive européenne sur le reporting) est en train de vider le qualificatif «volontaire» de sa substance.
    Et pour cause, ce qui est en jeu est non de savoir ce que l’entreprise fait de son argent, mais plutôt de comprendre comment elle en fait. C’est d’ailleurs cette formulation qui a servi de plateforme définitoire à la RSE lors du dernier Forum des Multi-Stakeholder on CSR(1), organisé par la Commission européenne à Bruxelles les 3 et 4 février 2015.
    En fait, ce principe de Reporting est le navire amiral du consensus mondial entre multinationales, syndicalistes et ONG, matérialisé aujourd’hui par une ribambelle d’initiatives de normalisation dont les plus crédibles sont le Global Reporting Initiative(2) et le DJSI(3) (Dow Jones Sustainable Index).
    L’idée du Reporting extra-financier s’installe dès lors comme une tendance de fond dans ce qui est devenu, du moins en Europe, une exigence réglementaire pour les entreprises dont l’effectif dépasse les 500 salariés(4).
    Toutefois, force est de constater que l’opérationnalisation de cette démarche pose problème, notamment dans l’indentification de ces mêmes parties prenantes, leur hiérarchisation ou encore la détermination des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)… C’est cette articulation que la dernière version du Global Reporting Initiative, la G4, parue en 2013, a mis en perspective à travers notamment la notion de matérialité.
    Parue dans les process des auditeurs financiers et commissaires au compte(5), la notion de matérialité dans la RSE désigne le seuil au-delà duquel des enjeux éthiques, sociaux ou environnementaux sont jugés pertinents et significatifs pour l’entreprise.
    Pour exclure toute asymétrie d’information, la version 4 du GRI insiste sur la nécessité de communiquer sur ces seuils. L’entreprise devra alors expliquer comment et pourquoi ces enjeux ont pu être considérés comme «recevables» dans son rapport. Chemin faisant, elle justifiera ses partis pris en termes d’enjeux: pourquoi sont-ils importants et pertinents pour la bonne conduite des activités ou pour ses parties prenantes.
    Pour British Petroleum, par exemple, ce Reporting devient un acte stratégique à partir du moment où les risques liés aux forages offshore ont été révélés bien en deçà des dégâts causés par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon et la marée noire dans le Golfe du Mexique. C’est, en fait, dans une perspective d’information et d’anticipation des risques que la matrice de matérialité gagnera à être élaborée, discutée et validée avec l’implication de la direction générale de l’entreprise. Cela devient d’autant plus stratégique que l’importance relative des enjeux n’est pas statique: un enjeu n’étant jugé prioritaire qu’à long terme peut le devenir à très court terme en cas d’attaque concurrentielle, de scandale médiatique ou d’évolution réglementaire…
    Construire son reporting est, en bout de course, un travail qui nécessitera une reconnaissance publique de la méthodologie utilisée. Celle-ci devra être compréhensible, opposable, reproductible et transparente.
    La communication autour d’une matrice sans explication méthodologique, sans explicitation des choix retenus et sans précision sur les dilemmes rencontrés ne permet pas de plaider en faveur de sa crédibilité. Crédible, elle le deviendra davantage en interne à partir du moment où elle enrichira l’analyse «classique» des risques grâce notamment à la prise en compte des Enjeux ESG. C’est dire toute la synergie à laquelle elle est promise au sein des entreprises. On voit déjà certaines logiques organisationnelles qui privilégient le rattachement de la fonction RSE à la direction risques ou à l’audit interne. Là où certaines entreprises y voient un outil de balisage des risques, d’autres positionnent cette matérialité comme un instrument de prospective stratégique. Les unes comme les autres sont, néanmoins, conscientes d’une chose: la non-RSE est définitivement une dette latente(6) de l’entreprise vis-à-vis de son environnement. Il convient, donc, de l’apurer, aussi vite que possible.

    Capital immatériel

    LE GRI, norme adoptée par 82% des pays dans le monde, offre une perspective efficiente de mesure du capital immatériel puisqu’elle offre une base de comparabilité exhaustive et donc la possibilité d’obtenir une mesure «normée» et structurée. Comment alors ce reporting extra-financier participe-t-il à cette mesure? Principalement, en évaluant la capacité des organisations à gérer d’une manière apaisée ses conflits avec ses parties prenantes, grâce notamment à l’attention qu’elle leur porte et aux signaux faibles qu’elle ne cesse de détecter. Mieux encore, l’outil lui-même devient un instrument de régulation puisqu’il fige un espace temporel pour la restitution des résultats des négociations environnementaux, sociaux et de gouvernance que l’entreprise a menées avec ses parties prenantes.
    Au Maroc, quelques rares entreprises sont à un stade avancé de réflexion par rapport à l’adoption d’un reporting normé de type GRI G4. D’autres, plus avant-gardistes, ont franchi l’étape de mise en œuvre en installant un processus partiel ou complet de reporting de la durabilité.

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    (1) http://www.csrmsf.eu/index.html
    (2) Dont la première formation vient d’avoir lieu les 12 et 13 février à Casablanca organisée par Les Leaders de la RSE.
    (3) http://www.sustainability-indices.com/
    (4) Directive européenne sur le Reporting extra-financier
    (5) Les auditeurs financiers et commissaires au compte définissent le seuil de matérialité comme celui au-delà duquel des erreurs comptables peuvent avoir un impact significatif sur la vérité des comptes certifiés par l’entreprise.
    (6) Voir les travaux de recherche des professeurs Bouchra M’zali et Marie-France Turcotte.

     

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