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    Chronique

    L’Etat islamique et ses franchises, vraie menace ou danger exagéré?
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:4485 Le 18/03/2015 | Partager

    L’extension de l’Etat islamique (EI ou Daech) pose divers problèmes

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    aux Etats-Unis et à ceux qui les suivent. On se demande comment combattre cette pieuvre. La question est militaire, elle est aussi de nature politique, juridique et diplomatique. Le jour où il conviendra d’intervenir ailleurs qu’en Irak ou en Syrie, comme cela est déjà le cas au Nigeria, il faudra le faire en liaison avec les pays menacés et donc traiter avec eux. Le 7 mars, Boko Haram, la secte nigériane, a fait allégeance à l’EI. Daech y a consenti le 12 mars, invitant «les musulmans à se rendre en Afrique pour y rejoindre nos frères combattant sur place». En Somalie, le groupe Al-Shabab reste divisé, une partie voulant rallier l’EI, l’autre demeurant fidèle à Al-Qaïda. En attendant d’imiter la secte nigériane, la milice somalienne affirme  vouloir intervenir au Canada en attaquant le «West Edmonton Wall»(1).
    Ces activités de l’EI, et celles d’autres mouvements tentés de se placer sous sa bannière, sont inquiétantes. Il s’agit, toutefois, de simples déclarations d’intention. Ces ralliements, qui concernent des groupes(2) existant en Libye, en Egypte, en Algérie, au Yémen… ne renforcent pas vraiment l’EI dont on voit mal comment il pourrait en profiter. Rien ne dit non plus que Boko Haram va devenir plus fort du fait de son allégeance à l’EI.

    Franchise ou mimétisme?

    Boko Haram, ce groupe islamiste basé au nord-est du Nigeria, est actif depuis cinq ans. Pour mener son combat contre l’influence occidentale, la structure mêle terrorisme et insurrection. En 2013, puis en août 2014, Boko Haram a même usé de procédés conventionnels pour s’approprier une partie du territoire nigérian. En déclarant vouloir créer un califat, la secte a imité Daech. Toutefois, la valeur militaire de ces islamistes africains n’est pas avérée car ils ont profité de la déliquescence dans laquelle se trouvent le Nigeria et son armée. Ces jours-ci, et sans qu’on puisse garantir l’issue des combats en cours, Boko Haram est sur la défensive, ayant perdu le contrôle de quelques localités et subi plusieurs échecs face aux Tchadiens venus aider les Nigérians.
    On note cependant certaines similitudes entre l’EI et Boko Haram, même si cela ne prouve pas que ces deux entités se coordonnent. Ainsi la prise de ses territoires par Boko Haram est intervenue en même temps que l’EI s’appropriait les siens.
    La secte nigériane use des mêmes tactiques à base de mouvements rapides de ses forces. Elle terrorise avec autant de cruauté que Daech. Elle inclut dans ses vidéos et autres supports plusieurs éléments présents dans la production de l’Etat islamique, décapitations, exécutions collectives, proclamations... Outre-Atlantique, des analystes estiment que le ralliement à l’EI va favoriser au Nigeria même le recrutement de Boko Haram(3). Grâce à ses opérations en Irak puis en Syrie à l’origine de son califat, l’EI a réussi à retenir l’attention internationale. Sa notoriété incite naturellement d’autres groupes à l’imiter, voire à le rejoindre. Reste qu’il serait hasardeux d’affirmer qu’il s’agit là d’une «franchise» valable pour le monde entier, propre à intensifier la menace à l’encontre des Etats opposés à l’EI. Après tout, bien des mouvements djihadistes existaient avant Daech. N’importe quel individu ou structure peut brandir un étendard ou peindre sur les murs des slogans, cela ne signifie pas une emprise accrue de l’EI sur le Moyen-Orient ou sur l’Afrique. Si ces actions localisées amplifient le prestige de l’Etat islamique et nourrissent ses opérations de relations publiques, elles n’ajoutent rien d’autre. A cet égard, l’EI apparaît finalement assez semblable à Al-Qaïda qui n’a cependant jamais contrôlé un territoire, trouvant suffisant d’opérer à partir de l’Afghanistan, placé sous l’emprise des Talibans.
    Contrairement à l’EI, Al-Qaïda a sélectionné ses objectifs de manière à nuire d’abord aux intérêts occidentaux. Les allégeances proclamées à l’EI, si elles fracturent le paysage djihadiste entre partisans de Daech et ceux d’Al-Qaïda, ne signifient nullement l’expansion de l’EI. Celui-ci, d’ailleurs, doit affronter en maints endroits d’autres groupes islamistes.
    A peu près rien, en tout cas, ne donne à penser que des groupes ayant fait

    allégeance à Daech ont profité d’un financement ou d’une aide quelconque, renseignement, logistique, armes…Il n’est pas non plus d’exemple de «franchisés» ayant accru leurs capacités dans quelque domaine que ce soit. Même la «franchise» libyenne, la plus proche de l’Etat islamique, ne paraît pas en avoir tiré grand bénéfice. De nombreux Libyens ayant combattu dans le cadre de l’EI en Irak et en Syrie ont avec le noyau central de cette organisation des liens étroits et déjà anciens. Cela n’empêche nullement ces militants d’agir en fonction du seul contexte local libyen, peu en rapport avec les vastes ambitions de l’Etat islamique. Des ralliements idéologiques ne changent pas grand-chose tant que le recrutement, le financement, les opérations des mouvements ne sont pas décidés et organisés en commun.
    Cette coordination risque de se faire attendre. L’EI doit veiller à ses propres ressources, en réduction probable depuis la raréfaction des dons, la baisse des cours du pétrole, la destruction par les raids aériens de tout ce qui a trait à ses approvisionnements. Les divers trafics de l’EI, y compris celui de la drogue, ne doivent pas suffire à compenser les manques(4). C’est qu’il faut gérer les régions conquises tout en les protégeant des assauts de l’armée irakienne et des milices chiites. L’EI ne peut guère viser plus haut que la consolidation de ses acquis. Sa situation militaire n’est pas bonne. Comme l’écrit le Los Angeles Times du 15 mars, Daech vient de subir de sérieux revers dans le nord de l’Irak(5).
    A ce jour, Daech a montré sa capacité à surprendre des adversaires tout prêts à se débander. Le mouvement, en revanche, n’est pas réputé pour l’ampleur et le nombre de ses attentats terroristes, faute de disposer d’une organisation adaptée. L’assistance que pourrait apporter l’EI aux groupes désireux de le rejoindre serait seulement d’inculquer à leurs chefs quelques notions de tactique insurrectionnelle. Il n’y a pas là de quoi susciter l’enthousiasme.
    Au plan stratégique, l’extension de l’Etat islamique semble peu dangereuse dans la mesure où tout accroissement de ses territoires ne peut que l’affaiblir. «Les empires pèsent aux extrémités, ils affaiblissent le centre». L’EI, tout en demeurant ponctuellement dangereux, ne semble pas suffisamment structuré pour ne pas sombrer, à relativement court terme, en tant qu’«Etat».

    Les estimations hasardeuses des spécialistes

    «…Derrière le “problème Daech”, il y a “l’argent de Daech”. Le groupe islamiste armé, qui s’emploie à constituer un Etat, un “Califat”, construit ses structures étatiques: enseignement, justice, impôts,… il contrôle tout. Grâce à l’arme de la violence, certes. Mais aussi d’un portefeuille bien garni qui lui permet de se fournir en armes, mais également de payer ses troupes et d’entretenir ses réseaux… Louise Shelley(6)  décrit des revenus “extrêmement diversifiés” (mais sans donner aucun chiffre…): «Ils sont impliqués dans le trafic de cigarettes, de drogue, dans la contrefaçon, dans les faux papiers… Ils prélèvent également des taxes sur les trafics qui traversent leur territoire ce qui leur fournit un revenu notable. Ils sont aussi impliqués, évidemment, dans des extorsions, puisqu’ils prélèvent de force des taxes sur les populations locales. Enfin n’oublions pas les kidnappings en vue de rançons».
    «Ajoutés à cela les nouveaux revenus issus de la vente d’antiquités syriennes et les sources de Daech, sans cesse renouvelées, semblent intarissables».

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    NB: Cet article de «L’Obs» disponible sur le site http//tempsreel.nouvelobs.com/guerre-en-syrie/20150312, est extraordinairement imprécis. Impossible d’estimer les sommes dont Daech dispose et qui doivent être très inférieures à ce que s’imaginent des spécialistes travaillant sans documents originaux et sans aller enquêter sur place puisque c’est impossible…

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    (1)  En témoigne la vidéo diffusée sur Twitter le 21 février où un individu masqué menace, au nom d’Al-Shabab, d’attaquer le Mall en question, un des plus grands centres commerciaux d’Amérique du Nord
     (2) Dont «Les soldats du califat» en Algérie, ralliés le 14 septembre 2014, «Le Conseil Consultatif de la Jeunesse Islamique» (est de la Libye), rallié en octobre 2014,  «Les partisans de Jérusalem» en Egypte, ralliés le 10 novembre 2014, voir «L’Etat islamique multiplie les “franchises” en Afrique», Laurence Caramel, Le Monde, 10 mars 2015  
    (3) Voir «How the Isis-Boko Haram Alliance will Alter Nigeria’s Future», Hilary Matfess, in «Defense One», 16 mars 2015
    (4) Ce n’est pas l’avis de la spécialiste américaine des réseaux terroristes, Louise Shelley, professeur à George Mason University (Virginie); celle-ci interrogée par Céline Lussato, «L’Obs», 16 mars 2015, affirme que «Daech a une diversité de revenus plus grande que certains pays», ce qui ne signifie nullement que ces ressources sont suffisantes pour aider d’autres mouvements.
    (5)  «Islamic State suffers serious reversals in northern Irak», Los Angeles Times, 15 mars 2015
    (6) Ibid

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