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Chronique

L’interminable feuilleton grec
Par Omar Fassal

Par L'Economiste | Edition N°:4469 Le 24/02/2015 | Partager

IL n’y a pas que les feuilletons turcs ou brésiliens qui sont interminables, les grecs le sont aussi.

Omar Fassal est diplômé de l’Université de Lyon en ingénierie chimique, de Sciences Po Toulouse en analyse du monde contemporain, et de l’EM Lyon en ingénierie financière. Il est analyste des marchés financiers internationaux chez CDG Capital, auteur du livre «Tout savoir sur la finance», chroniqueur pour L’Economiste et intervenant pour Atlantic Radio»

Mais mine de rien, près de 5 ans après le début de la crise sur la dette grecque, on s’approche d’un moment crucial, qui conditionnera l’avenir de la zone euro. La dette grecque est devenue insoutenable au mois d’avril 2010, et la Troïka (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne) fut obligée de voler au secours du pays pour éviter le défaut. Depuis, une cure d’austérité fut imposée en échange des différentes tranches de financement. Cela a pesé sur la croissance: le PIB est aujourd’hui au même niveau qu’en l’an 2000. Son PIB par habitant également. La hausse du niveau de production, constatée depuis l’adhésion à la zone euro, a complètement disparu. Ses conséquences sont désastreuses, avec même une composante sanitaire inquiétante (baisse des consultations médicales et réapparition de plusieurs maladies autrefois disparues). Le peuple grec a souffert, et souffre encore. Il convient dans cette situation de pointer du doigt les coupables.
Le premier n’est autre que les précédents gouvernements grecs. L’orthodoxie financière n’a jamais été une priorité de l’exécutif. Entre 1981 et 2013, jamais le déficit budgétaire ne fut inférieur à -3% du PIB ; il fut en moyenne égal à -8% du PIB. La dette publique ne fait qu’augmenter par rapport au PIB, hormis une stabilisation pendant les années 90, effacée après l’adhésion à la zone euro. Le déséquilibre budgétaire grec découle notamment de dépenses militaires trop importantes comparées à la taille de l’économie. Alors qu’un pays comme l’Allemagne n’y consacre plus que 1,3% de son PIB, un pays comme la Grèce y consacre 2,5%. Sur la période allant de 2008 à 2012, la Grèce fut la 10e importatrice mondiale d’armement. En cause, la rivalité avec la Turquie. Depuis que celle-ci avait attaqué Chypre en 1974, la Grèce s’arme contre une éventuelle agression militaire de son voisin. Le second problème fondamental du déséquilibre budgétaire est une très mauvaise collecte de l’impôt. On sait que la fraude fiscale est industrialisée, et que les passe-droits permettent à plusieurs contribuables d’y échapper. L’accélération de l’endettement grec fut encore plus marquée, depuis l’adhésion à la zone euro. La Grèce a profité de taux d’intérêt plus bas, pour continuer à s’endetter. La dette globale (qui comprend la dette publique, la dette des entreprises financières et non financières, ainsi que la dette des ménages) a doublé. Elle est passée de près de 180% du PIB en 2001 à près de 260% du PIB en 2010.
Enfin, on ne saurait finir sans blâmer la technocratie en charge de produire les statistiques officielles. En 2004 explosa le premier scandale. Suite à la victoire des conservateurs, un audit est engagé. Le nouveau ministre des Finances de l’époque, George Alogoskoufis, présente devant le Parlement les erreurs volontairement commises par le gouvernement précédent, celui du socialiste Costas Simitis. Les chiffres du déficit budgétaire présentés comme officiels, sont en réalité tous faux pour la période allant de 2000 à 2004. En 2000, le vrai déficit était de -4,1% du PIB et non pas de -2,0%, en 2001 et en 2002 il était de -3,7% au lieu de -1,4%, en 2003 il était de -4,6% plutôt que -1,7%, et en 2004 il était de -5,3% plutôt que -1,2%. Le décalage est énorme. La Grèce avait apparemment «oublié de comptabiliser certaines dépenses en armement», ces dépenses citées précédemment qui pèsent tant sur les finances publiques. La Grèce n’a en réalité jamais respecté la limite des 3%. Le délit est grave et appelle à une autre question : la Grèce a-t-elle menti sur ses comptes de 1997 à 2000, ceux qui lui ont servi de base pour rejoindre la zone euro. Sans aucun doute. Mais la Grèce ne s’arrête pas là. Le même scandale éclate une seconde fois en 2010. Le déficit de 2008 apparaît comme égal à -7,7% plutôt que -5,0%, et celui de 2009, comme égal à -12,5% plutôt qu’une estimation initiale à -3,7%. Rajoutons à cela que cette même année, le scandale de Goldman Sachs éclate. Grâce à un swap de change exécuté à un taux favorable, la Grèce a pu dissimuler 2% de sa dette en 2001, au moment d’intégrer la zone euro. En d’autres termes, la Grèce n’était pas prête à rejoindre l’union, et n’a pas hésité à frauder pour l’intégrer de force. Il ne faut à aucun moment oublier la responsabilité des exécutifs précédents, dans le malheur qui touche le peuple grec.

Un effort notable a eu lieu pendant les années 90 pour ramener les déficits budgétaires à un niveau raisonnable. Mais depuis l’adhésion à la zone euro en 2001, tous ces gains ont été perdus. La dette publique atteint, quant à elle, des niveaux très élevés depuis les années 90
Source: Fonds monétaire international (FMI), World Economic Outlook Database, Octobre 2014

Aujourd’hui, la Grèce est de fait dans la zone euro, et il convient de faire tout pour aider les citoyens grecs. Ce qui est fait est fait. En ne remettant pas en cause son adhésion en 2004, l’UE a choisi de tourner la page, et de regarder en avant. La dette grecque est, depuis 2010, à un niveau insoutenable. Au moment du déclenchement de la crise, elle était à près de 150% du PIB. Il y a eu un premier plan de sauvetage en mai 2010 (110 milliards d’euros), puis un second en juillet 2011 (109 milliards). Les banques privées détentrices de titres grecs ont accepté en octobre 2011, un haircut de 53,5% sur leurs titres, un étalement des maturités, et une baisse des taux. Cette décote est très importante: elle correspond à 53% du PIB, ou 30% de l’encours de la dette en 2011. Et c’est là que la culpabilité des dirigeants européens démarre : les coupes n’ont concerné que les créanciers privés, pas la Troïka.
Après ces plans de sauvetage et ces coupes, la structure de la dette a changé: les créanciers privés ne sont plus majoritaires, c’est la Troïka qui est désormais la principale créancière du pays. La dette qui devrait atteindre 322 milliards est détenue à hauteur de 80% par la Troïka: 44% chez le Fonds européen de sauvetage (FESF), 17% par des prêts bilatéraux entre les Etats de l’UE et la Grèce, 10% par le FMI et 9% par la BCE dans le cadre de l’ancien Securities Markets Program (SMP). La dette grecque est intenable, et il faudra la couper pour permettre à l’économie grecque de reprendre son souffle. Sinon, le PIB ne progressera que légèrement, ce qui augmentera la charge du remboursement. Les créanciers privés ont déjà payé, c’est désormais au tour des Etats européens d’accepter des remises gracieuses. Et c’est là que tout l’enjeu devient politique. Il faut que les dirigeants européens - notamment allemands - assument le fait que le contribuable de leur pays subisse une perte financière pour aider un autre contribuable en difficulté. Pour l’instant, la Troïka a gagné de l’argent via tout ce sauvetage. Il faudra qu’elle accepte de réaliser des pertes par solidarité. Sinon, le poids sur la Grèce sera intenable, et menacera son maintien dans la zone euro. Si la Grèce sort, d’autres pourraient la suivre. Le FMI est un interlocuteur particulier insensible à ces arguments, ce sont les Européens qui doivent faire preuve de solidarité.

Syriza a raison sur le fond, mais tort sur la forme

Syriza a raison sur le fond: la dette grecque est insoutenable. Mais Syriza a tort sur la forme. Au lieu d’un déballage médiatique sous les feux des projecteurs, teinté de menaces, alimenté par du populisme de mauvaise foi, il aurait fallu procéder autrement. Il aurait fallu recourir à des banquiers discrets, à des technocrates qui iraient faire du lobbying auprès des Allemands, et négocier sous les radars. La voie de la confrontation frontale choisie par Syriza ne fait qu’amplifier les blocages des deux camps. Et en attendant, le citoyen grec souffre…

 

 

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