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    Les mutations du marché de demain

    Par L'Economiste | Edition N°:4452 Le 30/01/2015 | Partager
    Les tendances et prévisions en 2015
    Sens, reconnaissance et marge de manœuvre: les recettes qui marchent
    Entretien exclusif avec Alain Roumilhac, président de Manpower Group

    Alain Roumilhac: «Il y a ceux qui savent naviguer dans un monde compliqué et ceux qui cherchent la stabilité dans le monde du travail. Mais les gagnants de la mondialisation sont ceux qui ont plus envie de donner du sens à leur travail»

    De passage au Maroc, le président de Manpower Group France décrypte les mutations et les tendances fortes du marché de l’emploi. Alain Roumilhac annonce les pronostics et les opportunités du marché mondial des recrutements en 2015. Il dévoile aussi des projets de son groupe avec le gouvernement marocain.

    - L’Economiste: Comment s’annoncent les perspectives dans le marché de l’emploi et les opportunités de recrutement en 2015?
    - Alain Roumilhac:
    Il y a des géographies avec des dynamiques positives en termes de business. C’est le cas de nos deux gros marchés (2e et 3e) qui sont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, lesquels sont en croissance relativement significative. Et puis il y a des zones qui sont dans des situations plus complexes, comme l’Europe. Sur cette partie-là, il n’y pas suffisamment de visibilité. Nous avons donc besoin de croissance pour que l’emploi puisse repartir. Pour que le travail intérimaire redémarre en France, il faudra 1% de croissance. Et pour recréer des emplois marchands, il va falloir au moins 1,5% de croissance. 

    - Quelles sont les fortes tendances qui se dégagent?
    - Il y a des tendances qui s’affirment avec un impact relativement fort de la démographie sur le marché du travail. On le vit notamment en Europe continentale, au Japon et en Chine avec la politique de l’enfant unique et une baisse de la force vive et de la force de travail. A contrario, il y a des pays comme l’Inde, en Afrique et Amérique latine et une partie de l’est asiatique où il va y avoir des équilibres et une dynamique qui s’installent parce qu’il y a de fortes vagues d’immigration de travail et une démographie importante. Autre tendance forte, l’impact de plus en plus important de tout ce qui est transformation numérique. Ce qui continue à faciliter les échanges de services à partir de n’importe quel endroit du monde.
    - Comment compte évoluer Manpower dans ce contexte de manque de visibilité?
    - Je dois préciser que jamais les enjeux des entreprises  n’ont été aussi critiques sur la gestion de leurs ressources humaines. Aujourd’hui, toutes les entreprises se posent des questions sur la gestion des ressources. De plus, tous les Etats, encore plus que par le passé, se posent des questions sur comment mettre plus de gens au travail. Dans cet environnement précis, de croissance démographique et d’évolution digitale avec des métiers qui évoluent très vite, notre groupe analyse les opportunités de croissance. Nous développons un certain nombre de services au-delà du travail temporaire, avec de plus en plus d’activités de recrutement. Nous investissons beaucoup dans le volet formation. Nous accompagnons aussi nos grands clients à adapter leurs équipes par rapport aux enjeux de l’entreprise.

    - Comment vous appréciez l’évolution du marché marocain?
    - Nous sommes sur une dynamique très positive au Maroc. Nous considérons qu’il y a de multiples opportunités, soit dans l’accompagnement des entreprises à s’adapter aux différents contextes, saisir les bonnes opportunités et trouver les bons candidats… Soit mener des actions avec le gouvernement et monter des compétences sur un certain nombre de programmes, notamment dans le domaine du numérique.

    - Concrètement, quel type d’opérations comptez-vous mener avec le gouvernement?
    - Nous sommes en train de proposer des actions que nous avons menées auprès d’un certain nombre de pays. Parmi ces actions, celles qui consistent à partir des besoins des entreprises pour trouver l’adéquation exacte avec les demandeurs d’emploi. Sur ce registre, nous sommes capables de bâtir les cursus et les programmes de formation qui permettent le lien entre les deux. Nous sommes capables d’apporter un vrai savoir-faire en formation que nous ne dispensons pas encore au Maroc.

    - Le constat aujourd’hui est qu’il y a de fortes mutations dans les profils. Quelles sont les tendances qui se dégagent dans les évolutions et la sophistication des profils?
    - D’aucuns parlent d’une grande bifurcation à l’avenir, soit vers des postes hautement qualifiés, soit vers des postes sous qualifiés. L’on pense aussi que la middle classe va disparaître. Pour nous, le constat est que la technicité des profils demandés par nos clients augmente. Dans un monde extrêmement mondialisé, tous ces gens qui peuvent avoir cette technicité n’auront aucun souci à trouver de l’emploi quand ils veulent et où ils veulent. A contrario, ceux qui n’ont pas la compétence, le savoir-faire et le savoir-être, auront de plus en plus du mal à s’intégrer. Il y a 10-20 ans, c’était plus facile de trouver de l’emploi car il y avait des besoins de profils standards. Aujourd’hui, c’est une nette augmentation de la technicité qui est demandée.

    - Pourriez-vous nous décrypter ces nouveaux modèles de carrière où la mobilité est plus prisée. Fini l’emploi à vie, le travail à plein temps…
    - Pour l’instant, cela concerne une petite frange de la population. Certes, c’est une tendance de fond qui se dégage, mais elle mettra longtemps avant de prendre des proportions significatives. Pour l’heure, elle existe plus dans des pays matures plutôt que les marchés émergents. Je vous rappelle qu’au lendemain de la 2e Guerre, le salariat n’était pas la forme la plus répandue. Ensuite, il y a eu cette tendance des années 70-80 avec une montée forte du salariat. On a le sentiment que l’engouement pour le salariat est en train de baisser. Une chose est sûre, il y a ceux qui savent naviguer dans un monde compliqué et ceux qui cherchent la stabilité dans le monde du travail. Mais les gagnants de la mondialisation sont ceux qui ont plus envie de donner du sens à ce qu’ils font qu’à avoir de la stabilité.

    - Quelles sont les recettes qui marchent pour fidéliser ses meilleurs collaborateurs?
    - D’abord, il faut leur donner du sens par rapport à ce qu’ils font. A Manpower, il y a un modèle qui marche et qui est basé sur trois éléments. L’objectif est de maximiser ces trois éléments auprès de chaque collaborateur. Il y a d’abord le sens à donner à la valeur travail, la reconnaissance et surtout la marge de manœuvre. En clair, avoir les moyens et la capacité de faire son travail. Après, il y a le dosage entre ces trois éléments mais avec des incitations que je mets dans la reconnaissance.

    - Quels sont les enjeux pour la formation en termes de mobilité?
    - La formation continue favorise forcément la mobilité interne et la promotion. Ensuite, c’est une manière de prendre son destin en mains. En clair, si demain, l’on n’a plus sa place dans l’entreprise, ce ne sera pas vécu comme un drame. Ceci dit, l’on est en train de vivre des mutations dont on ne mesure pas encore quels en seront les impacts dans les 10 ou 20 prochaines années. Personne n’imagine les conséquences de l’évolution du numérique sur un certain nombre d’activités du tertiaire. Le fait que demain l’ensemble des environnements soient connectés implique des changements majeurs qui vont continuer à s’accélérer. En même temps, dans les pays matures, les carrières vont devenir de plus en plus longues. Donc on aura d’un côté de profondes mutations, de l’autre des carrières plus longues avec une retraite à 65 ans… A côté, il faut plus de responsabilités au niveau de l’entreprise de manière à former les gens à affronter les évolutions de leur environnement professionnel.

    Parcours

    Alain Roumilhac est président de ManpowerGroup France. Diplômé de l’Ensam (Ecole nationale supérieure d’arts et métiers), il démarre sa carrière chez IBM France en 1984 où il occupe des postes commerciaux. Il a rejoint en 2011 le groupe Manpower pour mener sa diversification en tant que président de Experis et de ManpowerGroup Solutions pour l’Europe du Sud. En 2012, Roumilhac est nommé président de ManpowerGroup France.

    Propos recueillis par Amin RBOUB

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