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    Chronique

    Quand le Qatar rentre dans les rangs!
    Par Mustapha Tossa

    Par L'Economiste | Edition N°:4422 Le 17/12/2014 | Partager

    Elle était très attendue et sans aucun doute ardemment désirée. Cette réconciliation entre d'une part

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale

    l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis et d'autre part le Qatar. Elle fut pendant de longs mois la préoccupation politique la plus aiguë de la région. Voilà qui est presque fait. Après une grande brouille qui a failli faire imploser le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), un vent de réconciliation souffle sur la région. Les deux frères concurrents du wahhabisme que sont le Qatar et l'Arabie saoudite donnent cette vague impression d'avoir enterré la hache de guerre. Le lieu: Doha capitale du bouillant Qatar. L'occasion: le sommet annuel du CCG. L'agenda: sceller ce rapprochement entre deux puissances qui se disputent le leadership de toute la région.
    Signe du grand tournant, le Qatar, qui avait mobilisé son énergie diplomatique et médiatique pour casser le nouveau régime égyptien, a fait son mea-culpa. Le président Abdelfattah Sissi, protégé des Saoudiens, semble avoir repris grâce à leurs yeux. D'où cet engagement de cesser cette campagne d'hostilités à l'égard des nouvelles autorités du Caire. D'où cette promesse de rentrer dans les rangs. L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis reprochent depuis longtemps au Qatar son tropisme envers la confrérie des Frères musulmans et son obsession à vouloir absolument les installer au pouvoir dans le monde arabe.
    A décortiquer les signaux politiques émis par les Qataris, l'impression est qu'une page est en train d'être tournée. Moins par conviction ou par adhésion politique que par nécessité stratégique. Les pays du Golfe ont senti qu'un danger mortel, incarné par la montée en puissance de Daech, menace jusqu'à leur propre existence. Le défi qui s'est posé à eux est le suivant: rassembler leurs efforts pour contrer ce danger ou continuer à agir en ordre dispersé, la meilleure manière de succomber à cette vague de terreur partie d'Irak, mais qui puise ses forces en Syrie tout en  affichant ouvertement son ambition, tel un tsunami, de submerger les riches pays du Golfe.         
    Cette réconciliation met à l'épreuve les autorités de Doha. Elles sont désormais dans l'obligation de changer leurs choix stratégiques. Cela se verra rapidement dans les rapports qu'elles sont accusées d'entretenir avec des groupes fondamentalistes qui agissent sur les terrains syrien et libyen. Les résultats de cette clarification ne se feront pas attendre. L'actualité se chargera vite de la mettre à l'épreuve.
    Trois grandes crises vont tester l'esprit de cette réconciliation. D'abord l'Egypte où les nouvelles autorités s'attendent à davantage de sollicitation de la part de Doha qui se substituerait à ce travail mécanique de démontage de légitimité. Le Qatar devrait ainsi lâcher ce désir, devenu au fil des mois un fantasme de voir revenir au pouvoir le président Mohammed Morsi. Même si au fond le pouvoir qatari n'y croyait pas une seconde, il s'entêtait à entretenir la flamme de la contestation et le rêve du retour.

    Après une grande brouille qui a failli faire imploser le Conseil de Coopération du Golfe (CCG), un vent de réconciliation souffle sur la région. En effet, les deux frères concurrents du wahhabisme que sont le Qatar et l’Arabie saoudite donnent cette vague impression d’avoir enterré la hache de guerre. Et cela à Doha à l’occasion du sommet annuel du CCG. Une manière de sceller ce rapprochement entre deux puissances qui se disputent le leadership de toute la région

    La seconde crise est la Syrie. Le Qatar et l'Arabie vont apprendre à accorder davantage leurs violents. Leurs agendas croisés ont plus fait pour aider Bachar Al Assad à survivre que l'opposition à le battre. Sans parler de cette surenchère stratégique à laquelle les deux puissances régionales se sont livrées et qui a abouti à ce qu'une organisation comme Daech puisse sortir des entrailles de ce conflit et s'imposer comme une incontournable force. D'ailleurs ni Doha ni Riyad n'ont le choix à ce niveau. La communauté internationale a officiellement décrété la guerre à Daech, un combat qui ne supporte ni zones d'ombre ni diplomatie grise.
    Le troisième théâtre d'opération où l’entente entre le Qatar et l'Arabie saoudite va connaître une épreuve de vérité est la Libye. Ces deux pays sont notoirement connus pour sous-traiter leurs affrontements politiques par groupes libyens interposés, de manière si tranchée que malgré les efforts diplomatiques des pays voisins, couplés à ceux de l'ONU, aucune solution politique à l'imbroglio libyen ne pointe à l'horizon. Bien au contraire, Daech prend ses racines en Libye et ambitionne ouvertement de contrôler les champs pétroliers, les plus riches et les plus gorgés d'Afrique. Le Qatar y est soupçonné de traiter avec bienveillance les radicaux de l'action armée et de la terreur. Quant à l'Arabie saoudite, elle soutient sans faille tous ceux qui promettent de réinstaller de l'ordre et de désarmer les milices et de réunifier le pays menacé par une rampante balkanisation.

    Quid d’Al Jazeera?

    La chaîne de télévision  Al Jazeera sera-t-elle la première grande victime de ce nouveau rapprochement entre Doha et Riyad? De nombreux observateurs sont tentés de le croire. Que ce soit sur l’Egypte ou dans les rapports avec les Frères musulmans, Al Jazeera s’est faite remarquée par sa ligne éditoriale à la fois engagée et militante, reflétant par la même occasion les vues politiques développées par le pouvoir au Qatar. Doha a longtemps essayé de faire croire à l’indépendance éditoriale de cette chaîne, mais les récents événements charriés par les crises syrienne, libyenne ou égyptienne ont montré exactement le contraire. Selon ses détracteurs, cette chaîne aurait révélé son vrai visage d’instrument d’influence au service de l’agenda diplomatique du Qatar. D’ailleurs, affirment-ils, cette chaîne aurait connu une spectaculaire chute d’audience et une baisse significative de son indice de crédibilité à cause des circonvolutions éditoriales auxquelles son équipe de journalistes étaient obligée de se livrer, donnant un semblant de cohérence à la très lunatique approche diplomatique du Qatar.

     

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