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    Analyse/Enseignement supérieur
    Temps durs pour les ingénieurs!

    Par L'Economiste | Edition N°:4421 Le 16/12/2014 | Partager
    Jusqu’à 12 mois pour s’insérer sur le marché du travail
    Soft skills, leur principal défaut
    Réseaux et télécoms, informatique, … les filières en chute libre

    Le nombre d’ingénieurs d’Etat diplômés de l’enseignement supérieur public a plus que doublé entre 2006 et 2012, passant de 1.917 à 4.327. Cela a contribué à rendre l’insertion sur le marché de l’emploi plus difficile.

    Les ingénieurs, ces jokers surdoués capables de s’insérer dans n’importe quel secteur, jadis hyper sollicités, ont de plus en plus de mal à trouver de l’emploi. De prime à bord, cela paraît paradoxal, sachant que le Maroc souffre d’un manque structurel de cadres et de compétences. Mais durant les dix dernières années, beaucoup de choses ont changé pour cette catégorie.
    Pour commencer, les ingénieurs sont de plus en plus nombreux. Grâce au plan 10.000 ingénieurs, ils sont passés de 1.917 diplômés en 2006 à 4.327 en 2012 (voir illustration).
    A l’administration publique, dont l’accès est désormais conditionné par des concours, et dont les postes budgétaires sont limités, ils bénéficient de moins en moins d’opportunités. Dans le privé, malgré la pénurie de profils qualifiés, les entreprises ne semblent pas friandes de cette population. «Il y a aujourd’hui surabondance d’ingénieurs. Même s’ils sont excellents sur le plan technique, ils traînent d’énormes lacunes en langues et en communication. C’est un frein à l’emploi dans plusieurs secteurs», explique Ali Serhani, consultant associé au cabinet Gesper services. Sans une bonne maîtrise des langues de Molière et de Shakespeare, difficile d’intégrer les secteurs porteurs de l’économie, dont la majorité est orientée vers l’export.
    Actuellement, les ingénieurs doivent attendre 6 à 12 mois après la diplômation avant de pouvoir décrocher un premier job, selon le ministère de l’Enseignement supérieur. Un coup dur pour ces jeunes qui croient détenir un sésame capable de leur ouvrir toutes les portes.
    «Pour les lauréats des mines, 50% sont insérés en moins de 6 mois, les autres entre 6 et 12 mois», confie Aziz Kaichouh, président de l’association des ingénieurs de l’Ecole supérieure des mines de Rabat.
    Les soft skills, c’est la principale «tare» des lauréats des écoles d’ingénieurs. Même si depuis 2007 la majorité des écoles a intégré des modules de langues, communication et management, allant de 10 à 30% des cursus, il reste encore beaucoup à faire dans le domaine. L’Ensem (Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique), par exemple, propose à ses étudiants des cours d’allemand et de chinois. L’Ensam de Casablanca (Ecole nationale supérieure des arts et métiers), pour sa part, a introduit un module de développement personnel. 
    Une étude lancé auprès des ingénieurs des mines a permis de dégager trois grands facteurs qui plombent les chances des ingénieurs d’être embauchés: Un esprit «figé» les poussant à se cantonner dans leur domaine d’étude, un défaut de compétences comportementales et linguistiques, et enfin, une ignorance totale des secteurs porteurs. «Ils sont entraînés du primaire jusqu’au cycle d’ingénieur, en passant par les classes prépa, à être des machines. Le rythme qu’ils subissent tue leur personnalité. Une fois diplômés, on leur demande de savoir communiquer, d’être présentables,…», regrette Kaichouh.
    L’association essaie depuis quelques années de sensibiliser les étudiants à ces volets, grâce à l’organisation d’ateliers et de rencontres avec les entreprises. Elle les encourage aussi à prendre leur avenir en main et à se lancer dans l’entrepreneuriat. 

    Le génie civil cartonne 

    Cela dit, quelques branches restent très cotées sur le marché du travail, à l’instar du génie civil. La filière est aussi très prisée par les étudiants. «Sur les 5 dernières années, nous sommes toujours choisis par les premiers du classement du concours national commun», témoignent les responsables de l’EHTP. Avec les divers chantiers structurants, la tendance n’est pas près de s’arrêter. «Le génie des systèmes électriques, qui va de pair avec le génie civil, est également très demandé. De même que le génie industriel, très convoité dans les métiers mondiaux, comme l’aéronautique ou encore l’automobile.», relève Hicham Medromi, directeur de l’Ensem. Le taux d’insertion des lauréats de ces deux spécialités est de 100% à la fin du cursus, selon l’Ensem, dont le taux d’insertion varie en général de 60% à 70% à la réception du diplôme, et atteint 80% après un délai de 3 mois.
    D’autres filières ont le vent en poupe, comme le génie logistique, dont l’offre de formation reste limitée. La filière a été lancée cette année à l’Ensem, qui a été la première école à proposer un cursus d’ingénieur en plasturgie il y a de cela deux ans, pour des secteurs comme les énergies renouvelables, l’automobile et  l’aéronautique.
    Du côté de l’Ensam aussi, plusieurs filières restent prisées, comme le génie mécanique, et plus précisément, la conception de métiers nouveaux et l’efficacité et la performance énergétiques. L’école est la seule à proposer l’option «construction d’ouvrages métalliques», un métier clé dans la construction de ponts et d’usines, et qui demeure très recherché, de même que «la gestion de projets technologiques».
    L’offre de formation des écoles d’ingénieurs obéit aussi à des effets de mode, ce qui mène à des redondances dans les cursus et à une pléthore de profils dans certaines disciplines. C’est le cas de la spécialité «réseaux et télécoms», qui continue à être proposée par bon nombre d’écoles, y compris les ENSA (Ecoles nationales des sciences appliquées, relevant des universités), alors que le marché est plus que saturé. «Nous n’avons que trois opérateurs qui disposent aujourd’hui de tout ce qu’il faut en matière de services. Sur le volet industriel, nous ne sommes pas développeurs, mais intégrateurs de solutions importées de l’étranger», explique Medromi.
    L’informatique aussi est en chute libre. Nécessitant peu d’investissements, la formation continue à être développée par les écoles, surtout privées. Dans la mécanique, par exemple, une seule machine peut nécessiter jusqu’à 2 millions de DH. Ce sont ainsi les établissements  disposant de suffisamment de moyens, notamment publics, qui s’y lancent. L’offre est donc souvent fonction du coût, et non des besoins du marché, ce qui abouti à des sureffectifs.
    La situation est d’autant plus problématique qu’il n’existe que très peu de suivi des cursus (voir article ci-contre).

    Les entreprises, incapables de préciser leurs besoins?

    Les entreprises se plaignent souvent de l’inadéquation des profils formés avec leurs attentes. Mais du côté des organismes de formations, les patrons ont du mal à exprimer correctement leurs besoins. «Nous nous réunissons avec les entreprises pour mieux cerner leurs demandes, mais elles sont incapables de détailler leurs besoins», confie un responsable au ministère de l’Enseignement supérieur. «Les écoles doivent se déplacer elles mêmes chez les structures pour cerner leurs failles et essayer de leur apporter des solutions idoines», suggère Ahmed Mouchtachi, directeur de l’Ensam-Casablanca.

    Ahlam NAZIH.

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