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Tribune

Fraude alimentaire
Nouveau fléau après celui de l’insécurité des aliments?
Par Fayçal Bellatif

Par L'Economiste | Edition N°:4419 Le 12/12/2014 | Partager

Le nombre d’entreprises agroalimentaires certifiées pour les référentiels

Expert en sécurité des process industriels agroalimentaires, Dr Fayçal Bellatif a fondé et dirige actuellement Eurofins Certification, division du groupe international Eurofins Scientific, leader mondial de la bio-analyse. Il a réalisé des centaines d’audits d’usine dans plusieurs pays, s’appuyant sur les référentiels majeurs de l’agroalimentaire (IFS, BRC, ISO 22000...). Il représente les organismes certificateurs francophones dans les groupes de travail national et international de l’IFS, et fait partie du comité technique de la GFSI (Global Food Safety Initiative), instance de reconnaissance mondiale des référentiels privés de sécurité des aliments

de sécurité des aliments les plus exigeants (IFS, BRC, SQF...) augmente chaque année de 7 à 10% en Europe où la majorité du tissu industriel est traditionnellement familier à ces contraintes, et de 20 à 25% aux Etats-Unis où ces dispositions sont plus récentes, selon les chiffres annoncés par les référentiels concernés.
Ceci témoigne d’une amélioration incontestable de la maîtrise de la sécurité des produits alimentaires contre les contaminations de toute sorte, et ce à tous les niveaux de la chaîne alimentaire désormais mondialisée.
Au Maroc, cette croissance est bien plus importante encore. Le nombre d’entreprises agroalimentaires certifiées IFS (norme la plus populaire, choisie par les sites marocains qui exportent en France notamment) a crû plus rapidement ces 5 dernières années, à un rythme de 30% par an.
Quand on connaît la très grande exigence de ces certifications, renouvelées chaque année et exigée comme prérequis à la vente, il faut saluer la performance de ces PME marocaines qui arrivent à se hisser au niveau des meilleures dans le monde en matière de sécurité des aliments. Leur performance est d’autant plus remarquable qu’elles doivent, en plus, se conformer aux réglementations européennes, avec des moyens moins performants: réseau de consultants qualifiés moins étoffé, dispositif réglementaire local moins élaboré, dispositif de veille moins fourni, etc.

Pernicieuse, intelligente
et souvent massive

Mais ceci les prémunit-elles du fléau des adultérations et des fraudes?
La fraude alimentaire est pernicieuse, intelligente et souvent massive lorsque le bénéfice potentiel est significatif. Tel était le cas de l’huile minérale utilisée dans les aliments, l’arôme de vanille en lieu et place de la vanille naturelle, de la mélamine introduite pour augmenter le taux de protéine dans le lait, de l’eau rajoutée dans les jus affichés comme purs, ou encore actuellement, du sucre ajouté dans les miels dits naturels.
Contrairement à la contamination malveillante dont nous avons déjà parlé dans ces colonnes par le passé, plus communément connue sous le terme anglo-saxon de «Food Defense», la fraude est un acte volontaire, comme pour la malveillance, mais dont l’objet est mercantile, financier sans intention de nuire.
Il s’agit le plus souvent de substitution (d’un ingrédient cher par un autre qui l’est moins), de dilution (d’un produit concentré par de l’eau ou d’autres produits courants), de contrefaçons ou de dissimulation (traitement des animaux par des hormones ou antibiotiques non autorisés, etc.

La GFSI (Global Food Safety Initiative), organisation mondiale qui reconnaît et valide les référentiels de sécurité des aliments, a formellement demandé aux propriétaires des référentiels cités d’inclure des exigences additionnelles dans leurs normes pour la lutte et la prévention contre la fraude

Au-delà de la méprise financièrement intéressée, le problème avec ce genre de pratiques frauduleuses est l’absence d’analyse et d’évaluation des dangers inhérents aux manipulations des produits. En ignorant les composants constitutifs d’un produit, les parties intéressées (acheteurs, experts, laboratoires, Etats et administrations…) ne peuvent évaluer les risques encourus par le consommateur lors de l’utilisation des produits fraudés. Le danger sur le consommateur est donc, malgré l’absence d’intention, plus pernicieux.
La GFSI (Global Food Safety Initiative), organisation mondiale qui reconnaît et valide les référentiels de sécurité des aliments, a par conséquent pris position publiquement en juillet dernier pour indiquer sa préoccupation contre les fraudes alimentaires. La GFSI a formellement demandé aux propriétaires des référentiels cités d’inclure des exigences additionnelles dans leurs normes pour la lutte et la prévention contre la fraude(*). Ces exigences qui paraîtront dans les tout prochaines versions des normes BRC et IFS notamment, doivent désormais être observées par les fabricants des produits. Il s’agit en l’occurrence de renforcement de la vigilance pour la traçabilité et l’authenticité des ingrédients et composants des produits fabriqués, d’investigations et d’audits des chaînes d’approvisionnements, et d’analyses poussées des produits alimentaires souvent basées sur le séquençage ADN des viandes et poissons, et encore d’analyses isotopiques lorsqu’il s’agit des origines de certains composants.
Les industriels devront par conséquent démontrer qu’ils garantissent l’authenticité et l’intégrité des produits qu’ils fabriquent, en plus de leur innocuité.
Un nouveau challenge pour les entrepreneurs de l’agroalimentaire dont l’ingéniosité et l’abnégation ont rarement fait défaut ces dernières années. Mais le jeu en vaut la chandelle, pour recouvrer la confiance du consommateur.

Horsegate

Le lecteur se rappelle très probablement du désormais fameux Horsegate qui a mis l’Europe en émoi, et le consommateur en veille suspicieuse quant à la sincérité des allégations affichées sur les emballages de ses approvisionnements. Sachant qu’il s’agissait seulement, si l’on peut dire, de substitution d’une viande (de bœuf) par une autre (de cheval), saine sur le plan de la santé par ailleurs.
Les distributeurs, eux-mêmes trompés, ont souffert de cet épisode qui a révélé que leurs efforts pour sécuriser les produits contre les contaminations ne suffisaient pas pour parvenir à une parfaite garantie de l’authenticité et  de l’«intégrité» des produits qu’ils distribuent au consommateur.

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(*) Pour en savoir plus http://www.mygfsi.com/news-resources/news/295-gfsi-position-paper-on-mit...

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