×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

Chronique

Timide reconnaissance américaine de Daech en Libye
Par Mustapha Tossa

Par L'Economiste | Edition N°:4418 Le 11/12/2014 | Partager

Longtemps relativement silencieux sur la Libye, les Américains sont récemment

p

sortis de leur réserve. David Rodriguez, le patron de l’Africom, commandant de l’armée américaine en Afrique, a reconnu l’existence d’un camp d’entraînement pour les combattants de Daech à l’est de la Libye.
Ce qui a étonné les observateurs, c’est le tonalité de cet aveu. Avec une volonté manifeste de minimiser la gravité de la situation en Libye. Situation qui ne nécessite pas selon la vision actuelle américaine un traitement militaire.
L’approche américaine tranche littéralement avec les grandes craintes européennes et maghrébines à l’égard de la Libye. Là où les capitales de la région voient dans la Libye un énorme supermarché à ciel ouvert pour trafic d’armes et un camp d’entraînement pour apprentis terroristes, David Rodriguez n’y voit quant à lui qu’un petit rassemblement de militants locaux qui ont fait allégeance à Daech. Là où l’Europe voit dans la dislocation du pouvoir en Libye la cassure de la dernière digue qui la protégeait des l’immigration sahélienne, là où le Maghreb voit dans l’actuelle situation une source explosive de menaces terroristes, l’Administration américaine n’y voit qu’un regroupement de 200 personnes, avec une écrasante majorité du cru libyen. Les mots du responsable américain sont parlants. Il a qualifié le phénomène de «très petit et naissant».
Derrière cette attitude américaine très en retrait par rapport à un pays où ils ont pourtant perdu un de leur fleuron diplomatique en la personne de l’ambassadeur Chris Stevens tué à Benghazi, se cache sans doute une volonté de ne pas dramatiser la situation libyenne. Une des raisons apparentes à cette position américaine provient du fait que s’ils reconnaissent que la Libye connaît un processus de radicalisation à la Daech, ils se trouveraient dans l’obligation d’intervenir militairement pour donner de la cohérence à leur doctrine militaire à l’égard de l’Etat islamique en Syrie et en Irak. Car comment expliquer à l’opinion cette démarche sélective de vouloir centrer une attention particulière sur la Syrie et l’Irak et laisser fleurir le même groupe avec la même idéologie et le même agenda sur d’autres territoires?
Par ailleurs, l’Administration Obama aurait pu préserver dans son silence malgré les nombreuses interpellations que subit John Kerry lors de ses rencontres européennes. En effet, il est de notoriété publique qu’à chaque fois que le patron de diplomatie américaine s’isolait avec un responsable européen, ce dernier lui fait part des grandes angoisses du vieux continent face à ce qui se passe en Libye.

D’ailleurs, à ce sujet, la situation libyenne était tellement préoccupante que la presse ne cesse de bruire, de temps en temps, des rumeurs les plus folles. Comme celles qui laissent entendre que des pays comme l’Algérie ou l’Egypte envisageraient des possibles interventions militaires en Libye, ou que l’aviation des Emirats arabes unis aurait participé à des frappes aériennes contre des islamistes libyens pour soutenir le général Khalifa Haftar dans sa volonté de reprendre en main le terrain libyen. Sur un autre plan, la sortie de David Rodriguez a été aussi perçue comme une manière de tenter d’influencer, même timidement, le grand jeu politique qui se prépare pour les Libyens issu de la réunion à Khartoum à laquelle ont participé les pays voisins de la Libye. Le message serait le suivant: un compromis politique pour pacifier le pays ou une intervention militaire... Les Nations unies préparent activement une réunion sur le dialogue politique en Libye. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE avaient joint leurs voix à celle de John Kerry pour exprimer «leurs graves préoccupations alors que la situation empire (et que ce dialogue) représente le chemin le plus sûr  pour que la Libye puisse dessiner son propre futur».
Malgré cette différence d’appréciation et d’analyse  entre Européens et Américains sur la gravité de la situation sécuritaire en Libye, ce pays constitue une source d’angoisses importante pour ses voisins. Et la grande interrogation qui s’impose à ces pays est la suivante: Que faire dans le cas où le dialogue politique proposé par les Nations unies aux différentes parties libyennes et parrainé par les pays voisins échoue à former cet état central fort capable d’unifier le pays et d’éviter sa division et  susceptible d’éradiquer la floraison des groupes terroristes?

Une histoire compliquée

LA relation entre l’Amérique et la Libye est une histoire assez compliquée et politiquement croustillante. Le 11 septembre 2012, un groupe terroriste attaque le consulat américain à Benghazi et assassine l’ambassadeur Christopher Stevens. L’opinion américaine fut extrêmement choquée et a cherché à comprendre les raisons d’une telle défaillance sécuritaire. La presse, à l’époque, avait relayé l’idée selon laquelle cet assassinat fut la conséquence logique de la réaction du monde musulman après la diffusion du film «l’innocence des musulmans» produit par un copte égyptien et qui caricature jusqu’à la satire l’Islam et son prophète Mohammed. Mais cette hypothèse ne résista pas à l’investigation. Une solide campagne alimentée par l’opposition républicaine mettra en difficulté l’ex-conseillère à la sécurité nationale Suzanne Rice ainsi que l’ex-secretaire du département d’Etat Hillary Clinton. L’Administration Obama fut poussée dans ses derniers retranchements, avec un fumet de scandales sur les faillites du renseignement américain et une erreur d’analyse et d’appréciation. Même si une commission parlementaire a fini récemment par blanchir l’Administration Obama assurant «qu’aucune faille n’avait entaché la collecte d’information avant les attaques de Benghazi, il n’en demeure pas moins que  l’assassinat de l’ambassadeur Chris Stevens revendiqué par le groupe salafiste Ansar Al Charia fut un des moments les plus difficiles des deux mandats de Barack Obama.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc