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    Forum Mondial des Droits de l’Homme
    Abolition de la peine de mort: Le Maroc déçoit

    Par L'Economiste | Edition N°:4410 Le 01/12/2014 | Partager
    La tendance mondiale est à l’abolition, et le Royaume continue à hésiter
    Il s’y était engagé pourtant en 2007, sept ans plus tard aucune réalisation à ce niveau
    Statistiquement, maintenir la peine de mort ne règle pas les problèmes de criminalité

    Pour Florence Bellivier présidente de la Coalition mondiale contre la peine de mort, les responsables politiques craignent souvent, à tort, que la décision d’abolir cette peine soit mal perçue par leurs concitoyens

    - Comment abordez-vous ce vaste chantier d’abolition de la peine de mort? Les résultats sont-ils encourageants?
    - Florence Bellivier: Oui, le chantier pour l‘abolition de la peine de mort est encourageant. Pour tout vous dire, la tendance est nettement à l’abolition. Tout récemment aux Nations Unies, la grande majorité des pays du globe a pesé de tout son poids pour l’adoption d’une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU. Celle-ci préconise un moratoire sur les exécutions, en vue d’abolir la peine de mort dans le monde. Et bonne nouvelle, 114 des 193 États membres ont voté pour. C’était trois pays de plus qu’il y a deux ans. Le vote définitif sera examiné lors de l’Assemblée générale plénière des Nations Unies pour adoption finale en décembre et on espère avoir au moins 115 pays pour. Ce sont de grandes avancées par rapport à 20 ans plus tôt ou même 10 ans. Il y a 140 pays qui sont abolitionnistes dans les faits et en droits. Paradoxalement, il y a ceux qui exécutent encore et un peu plus que durant les années précédentes comme l’Arabie Saoudie, l’Iran. En 2013, il y a 22 pays qui ont mené des exécutions alors que nous sommes au 21e siècle. Le contexte de guerre fragilise le débat car pour certains Etats, d’autres causes sont encore plus importantes.

    - La peine de mort est pratiquée par des Etats riches, pauvres, démocratiques, et dictatoriaux. Comment réagissez-vous à cette diversité et notamment face à des pays où la démocratie est bien installée?
    - Effectivement, cette peine de mort n’est pas l’exclusivité des pays en développement. Elle existe aussi aux USA, au Japon et autres. Pour ce qui est des Etats-Unis, vous savez que cela dépend d’un état à un autre et on ne peut pas reprocher le manque de sensibilisation, qui est entreprise pratiquement tous les jours, par des diplomates américains qui constituent des lobbys pour la cause. J’ai eu à visiter et enquêter dans les couloirs de la mort, où les détenus meurent de vieillesse, après plus de 25 ans de détention et ce bien avant leur exécution, ou tout simplement se suicident pour ne pas affronter l’attente. Pour moi, c’est une offense à la vie.
    - Au Maroc, la peine de mort est toujours prévue dans le code pénal bien que les exécutions n’ont plus lieu depuis 1993. Quelle lecture peut-on avoir de cette hésitation?
    - Pour le Maroc, j’avoue que je suis déçue des ses engagements. Il y a 15 ans que je travaille pour cette cause et le ministre marocain de la Justice de l’époque s’était rendu à Paris en 2007 et avait annoncé son engagement pour abolir la peine de mort. Sept ans plus tard, il n’y a que du «bricolage» (sic). On nous annonce des projets de réforme concernant surtout le nombre de crimes qui ne sont pas passibles de peine de mort. Je trouve donc dommage que la démocratie qu’est le Maroc ne donne pas un bel exemple pour les pays de la région. Il faut avoir le courage de prendre cette décision. 
     - Vous citez même des chiffres au Maroc: 39% qui seraient contre la peine de mort. Il y a tout de même 61% qui tiennent à ce que cette peine persiste.
    - C’est un sondage d’un journal local d’abord. Il faut savoir qu’en 1985, lorsque la France a franchi le pas pour l’abolition de la peine de mort, près de 65% des citoyens étaient dans la même position que le Maroc. C’est une décision politique et à chaque fois que cette peine a été abolie dans un pays, il n’y a pas eu ni de soulèvement ni de révolutions. De plus, statistiquement, les pays qui la maintiennent ne règlent pas les problèmes de criminalité.
    - Pourquoi cette crainte d’abolir la peine de mort dans les systèmes de justice?
    - Comme je vous l’ai dit. C’est d’abord une décision politique. Les responsables craignent souvent, à tort, que la décision d’abolir la peine de mort soit mal perçue par leurs concitoyens. Si la population est bien informée et non instrumentalisée, cela est faux. Le 21ème siècle sera celui de l’abolition de la peine de mort, de la même manière que le 19ème siècle a été celui de l’abolition de l’esclavage et que le 20ème siècle a été celui de la criminalisation de la torture. L’Etat aujourd’hui a pour mission fondamentale de protéger ses citoyens et non de bafouer leurs droits élémentaires

    - Il y a d’autres formes d’exécutions, celles opérées par les groupements terroristes visibles sur la toile qui méritent un autre combat
    - Bien sûr, on condamne mais techniquement, ce n’est pas la peine de mort, qui ne fait suite qu’à une sentence judiciaire prononcée par un tribunal. Ce sont donc des exécutions extrajudiciaires. On les condamne fortement. C’est pour cela que je dis souvent que l’abolition de la peine de mort n’est que le minimum garanti au respect de la vie humaine. Il y aura beaucoup d’autres combats à mener contre les exécutions extrajudiciaires et la torture.
    Propos recueillis, Badra BERRISSOULE

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