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    Economie

    Finances publiques: «Une loi de Finances antisociale»

    Par L'Economiste | Edition N°:4410 Le 01/12/2014 | Partager
    Pour le Centre marocain de conjoncture, elle va à l’encontre des priorités nationales
    Le déficit budgétaire à 4,3% tenable à condition de poursuivre les efforts de réduction des dépenses
    L’institution suggère une réflexion sur la mise en place d’un contrat de travail unique

    Pour Tarek El Malki, enseignant-chercheur et membre du comité scientifique du CMC, «la loi de finances reste prisonnier d’une logique comptable avec la priorité donnée à la lutte contre le déficit public alors que l’économie a besoin de mesures de soutien à la croissance»
     

    Les critiques sur la loi de Finances 2015, qui vient d’être votée, n’en finissent plus. Le Centre marocain de conjoncture (CMC) reste très virulent sur le budget qui est jugé faible, sans souffle, sans vision, peu volontariste, technique et étriqué. La création de 22.000 de postes budgétaires en 2015 semble incohérente par rapport au discours de réduction du train de vie de l’Etat. Sur les dépenses, le Centre suggère la suppression progressive sur les cinq prochaines années des niches fiscales. Elles ont coûté plus de 34 milliards de DH en moyenne chaque année à l’Etat depuis 2011. Détails

    - L’Economiste: Le projet de budget 2015 répond-il aux priorités du moment?
    - Tarek El Malki: La situation économique et sociale que traverse notre pays est très préoccupante. La croissance attendue pour 2014 devrait être l’une des plus faibles depuis plus d’une décennie. Le taux de chômage dépasse la barre des 10% et il est supérieur à 20% pour les jeunes en milieu urbain. Sans parler de la situation sociale qui est extrêmement tendue et crispée. Dans ce contexte, nous nous attendions à une loi de Finances (LDF) qui réponde aux attentes légitimes de nos concitoyens sur le plan du pouvoir d’achat notamment qui ne cesse de se dégrader depuis deux ans, ou encore la lutte contre le chômage. Or, nous constatons que le budget qui vient d’être voté ne répond pas du tout aux priorités politiques, économiques et sociales du moment. C’est une LDF faible, sans souffle, sans vision, peu volontariste, technique et étriquée. Elle va non seulement à l’encontre des priorités nationales, mais également à l’encontre des derniers discours royaux qui placent la lutte contre les inégalités et la relance de l’économie comme les axes stratégiques du développement du pays. C’est une LDF antisociale car elle rogne sur le pouvoir d’achat des ménages, déjà fortement malmené ces derniers temps. C’est finalement un budget qui affirme l’orientation ultralibérale de ce gouvernement. Il s’inscrit dans la continuité des précédents et reste prisonnier d’une logique comptable, à travers la priorité donnée à la lutte contre le déficit public alors que notre économie a besoin de mesures de soutien à la croissance. Nous avons finalement le sentiment que ce budget est le fruit de la pression des lobbies et des institutions internationales.

    - Néanmoins, vous êtes plus optimiste que le gouvernement sur les prévisions de croissance?
    - Les perspectives d’évolution de l’activité économique en 2015 s’annoncent sensiblement plus favorables comparativement aux tendances actuelles. L’économie mondiale ne cesse d’afficher des signes de consolidation depuis le début de l’année. La croissance devrait ainsi, selon les dernières projections du FMI, connaître un net raffermissement pour atteindre un taux moyen de 3,9%, en hausse de 0,3 point par rapport à l’exercice actuel. Au niveau local, la croissance économique sera largement conditionnée par les résultats de la campagne agricole et du comportement de la demande intérieure, que ce soit de consommation ou d’investissement, ainsi que du programme de politique économique dans ses volets budgétaire, monétaire et financier. Sur chacun de ces déterminants, les hypothèses à la base des projections tablent sur des configurations tendancielles assez favorables compte tenu des informations actuellement disponibles et de leurs évolutions les plus probables dans les mois à venir. Cela nous permet d’envisager un redressement du cycle des affaires en 2015 avec un taux de croissance atteignant 4,9%. Cette perspective implique une forte inflexion dans le sentier de croissance par comparaison à la situation de ralentissement qui a marqué l’exercice précédent.

    - La réduction du déficit budgétaire à 4,3% vous paraît-elle tenable?
    - Oui, à la condition que le gouvernement respecte ses engagements. Je suis persuadé que de ce point de vue, il le fera dans la mesure où le FMI ne manquera pas de le rappeler à l’ordre…. Il y a en effet la ligne de précaution et de liquidité (LPL) qui est en jeu. De manière générale, afficher une situation saine des finances publiques est un facteur d’attractivité d’une économie. En plus d’une réduction des charges fiscales, les entreprises tiennent de plus en plus compte dans leurs décisions d’investissement de la solidité des finances publiques à moyen et long terme. C’est un gage de stabilité.

    - De façon générale, quelles économies préconiseriez-vous?
    - Principalement une réduction de la masse salariale. De manière paradoxale, celle-ci augmente de façon continue alors même que le gouvernement ne cesse d’appeler à une diminution des dépenses de fonctionnement. Il y a là une incohérence que nous ne comprenons pas bien. Plus de 22.000 postes budgétaires supplémentaires seront créés en 2015! Où sont donc les économies promises en termes de dépenses publiques? L’administration publique est pléthorique et il est grand temps de la réformer à travers des politiques de recrutement qui obéissent à une logique de performance plutôt qu’une politique basée sur le clientélisme ou encore l’achat de la paix sociale. Le principe de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux doit devenir progressivement la norme, à l’instar de ce qui se fait en Europe.

    - Sur les niches fiscales, où faut-il concrètement raboter?
    - Il n’est pas normal aujourd’hui que deux secteurs d’activité (l’immobilier et l’agriculture), certes stratégiques pour l’économie nationale, accaparent la majorité de ces dépenses fiscales qui représentent un manque à gagner très substantiel pour le budget de l’Etat (près de 35 milliards de DH). Ce qui l’est encore moins est qu’il n’y a jamais eu d’étude relative à l’impact de ces dépenses sur la rentabilité supposée ou avérée de ces secteurs d’activité. Ces mesures fiscales sont-elles efficaces sur le plan économique? Nous ne le savons pas en l’absence de toute étude sur le sujet. Les Marocains ont le droit de savoir pourquoi leur imposition ne cesse d’augmenter ces dernières années alors même que certains secteurs continuent de tirer profit des largesses de l’Etat. C’est une question d’équité. A mon sens, il faudrait que ces niches disparaissent progressivement sur les cinq prochaines années, car elles ne semblent pas avoir démontré leur utilité économique ou sociale. Tout cela relève à mon sens d’actions de lobbying et non pas d’une vision sociale ou économique mûrement réfléchie.

    Emploi: La formation professionnelle doit être renforcée

    EN France, les avis sont partagés sur l’instauration d’un contrat de travail unique. Au Maroc, il faudrait se pencher sur la question face à la dégradation du marché du travail, pense le Centre marocain de conjoncture. «L’idée d’un contrat de travail unique doit faire son chemin», relève Tarek El Malki. «Il faut réformer de manière progressive et concertée le marché du travail afin de permettre une meilleure insertion des jeunes diplômés dans la vie active», ajoute-t-il. Les équipes du FMI partagent le même avis. Avec un taux de chômage supérieur à 10%, le chantier semble urgent. Pour l’ensemble des experts, la formation professionnelle notamment doit jouer un rôle plus important. Elle doit être une alternative sérieuse pour les jeunes qui quittent chaque année le système éducatif pour se former à un métier et décrocher un travail après. A cet effet, «il faudra revoir le fonctionnement de l’organisme en charge de la formation professionnelle au niveau de sa gouvernance notamment et redéfinir ses rôles et attributions», conclut El Malki.

    Propos recueillis par Franck FAGNON

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