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Chronique

Le cercle vertueux du crédit bancaire aux études
Par Abderrahmane Lahlou

Par L'Economiste | Edition N°:4398 Le 12/11/2014 | Partager

A l’aube de l’indépendance, les études supérieures au Maroc ont été pensées et organisées comme levier de promotion

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de l’encadrement marocain au profit des administrations publiques. Cette vision s’est à nouveau consolidée avec le mouvement de marocanisation des cadres dans les années 70 du siècle dernier. Mais depuis lors, et à la faveur du baby boom causé par un taux de fécondité encore élevé à 7,3 en 1975, l’université marocaine connaît une massification depuis les années 2000, et l’une des conséquences directes fut la dilution de l’objectif de préparation à la fonction publique et aux nouveaux postes d’encadrement dans l’économie. En parallèle à la croissance des effectifs des universités, l’administration publique réduit naturellement ses besoins de recrutement, et les crises économiques successives dans le secteur privé font le reste. Face à cela, notre système universitaire a eu bien du mal à maintenir le cap de l’adéquation de ses lauréats, de plus en plus nombreux, avec les besoins du marché, tant la pression des effectifs aspirant aux études universitaires poussait les politiques à une logique de fonction sociale, plutôt qu’économique. Il fallait naturellement continuer à offrir des places universitaires à tout-va, voire même à tolérer l’allongement du «séjour universitaire» causé par les redoublements et par les pratiques d’animation politique de l’université, pour combler ce gap causé par la rareté des emplois. C’est cette même logique, doublée de la nécessité de s’aligner sur les taux d’insertion de la tranche d’âge des jeunes à l’université dans des pays comparables, qui a causé le «lâcher de barrage» de la fin du secondaire en 2010 et 2011. Cette politique a fait passer le taux de réussite au baccalauréat de 41% à 49, puis à 57%, et le nombre d’inscrits à l’université de 310.000 en 2010 à 540.000 étudiants en 2013.

Une offre éducative déstructurée

Face à ce boom quantitatif, dont l’université ne peut que s’enorgueillir, l’état de réponse de ce système, fragilisé par sa surcroissance, aux besoins de l’économie est mal en point. Le premier constat à faire est que plus des deux tiers des bacheliers s’orientent vers les universités à accès ouvert, où la performance de réponse aux besoins qualitatifs de l’emploi n’est pas démontrée, et que le tiers restant est partagé entre la formation professionnelle, dominée à 80% par l’OFPPT, et les quelques places disponibles dans les établissements à accès régulé, tels que la médecine, l’architecture et les écoles de commerce et d’ingénieurs. Notons que l’ensemble de cette offre publique est gratuite, et que le secteur payant, comprenant les écoles privées et autres établissements à frais de scolarité ne compte que pour moins de 4% depuis les 5 dernières années, comme nous l’avions démontré dans une chronique précédente. Le deuxième constat, et qui découle logiquement du premier, est la démotivation des étudiants. Outre ceux qui empruntent un parcours universitaire préparant à un métier technique ou d’encadrement supérieur, la grande masse ne s’inscrit pas dans une logique de compétition et de performance. Le système des études supérieures fonctionne, logique sociale oblige, comme un espace d’accueil naturel et un débouché obligé aux études secondaires. Dans ce système global, l’hypertrophie de l’université publique est une conséquence de sa perméabilité et de la propension de son modèle pédagogique à s’adapter au surnombre, en raison de sa perte de connexion avec la logique économique. Le troisième constat est que face à cette déperdition qualitative de l’output des universités, le monde économique, tant est-il possible de lui reconnaître une identité et une cohérence de comportement, ne valorise plus le lauréat du système éducatif, par rapport au salarié non ou peu diplômé. Le comportement de certaines industries, telles que le bâtiment ou le textile, mais aussi de nombreux secteurs de services aux entreprises sont caractéristiques de cette attitude. Nous sommes loin du cas brésilien où le salaire d’un lauréat diplômé est en moyenne de 2,5 fois celui du non diplômé.
Ce comportement de l’entreprise marocaine explique en grande partie l’effet de déperdition quantitative dans les études supérieures, et qui remonte jusqu’aux études secondaires. Résultat de la démotivation des jeunes à poursuivre des études longues faiblement rémunératrices, ce phénomène a fait l’objet en analyse économique de deux théories opposées, celle du «Capital humain» et celle du «Signal». La seconde remet en question le postulat de la première, laquelle statue que plus le niveau d’études est avancé, plus la rémunération est élevée, selon la fameuse régression de Mincer. Testée dans des pays à économie avancée, la remise en question de la linéarité de la rémunération est encore plus vraie dans les pays en développement, en raison de la conjugaison de deux facteurs, à savoir que les entreprises rémunèrent mal les lauréats du système éducatif et que les sortants précocement du système éducatif trouvent des opportunités de revenu dans l’informel. Par conséquent, si l’on compare deux jeunes à l’âge de 30 ans, l’un qui a quitté l’école à 18 ans sans bac et qui a travaillé depuis, et l’autre qui a suivi des études jusqu’à l’âge de 25 ans et qui a travaillé ensuite, la valeur actuelle nette des revenus du premier est nettement plus élevée que celle du second.
Ces trois constats sont exactement les raisons pour lesquelles le crédit étudiant, devenu une composante naturelle du système éducatif de nombreux pays anglo-saxons, développés ou en développement, n’est pas arrivé à se faire une place au Maroc, et plus généralement dans les pays à tradition française: la gratuité des études supérieures, la non-sélection à

l’entrée et la non-valorisation des diplômes intermédiaires par les employeurs. L’explication littérale en est qu’un étudiant n’est pas disposé à contracter un crédit pour financer ses études, tant que l’effort d’investissement n’en vaut pas le coût, et que la rémunération au bout du processus n’est pas à la mesure de la charge de remboursement du crédit. C’est ce qui explique probablement les faibles performances du programme Enseignement +, mis en place en faveur de l’enseignement privé. En clair, la formation des jeunes n’arrive pas à s’intégrer dans un processus économique d’investissement-rentabilisation, et qu’elle souffre d’une déconnexion économique entre le marché de la formation et le marché de l’emploi, ce qui ne fait que renforcer la classique inadéquation quantitative et qualitative de l’offre et de la demande. On peut ainsi parler de non efficience du marché de financement des études.
En déroulant à contresens l’argumentaire de la défaillance de l’enseignement supérieur, nous pouvons conclure que l’étudiant qui dispose de visibilité sur son niveau de rémunération post-formation pourra contracter un crédit qui lui permette de poursuivre des études payantes, plus qualifiantes que les études gratuites de l’université privée, puis le rembourser selon un échéancier adapté, une fois embauché. Ce circuit nécessite toutefois les conditions suivantes: i) un engagement de l’Etat, par la CCG ou via une agence dédiée qui lève des fonds internationaux, de garantir une partie des prêts; ii) la montée en puissance et en qualité des formations payantes à haute valeur ajoutée, garantie par un système de certification; iii) l’implication des employeurs, via les fédérations ou via un système incitatif intelligent, à revaloriser les salaires de première embauche des lauréats des établissements accrédités; iv) la mobilisation d’un mécanisme de placement des prêts auprès des étudiants, autre que celui des banques elles-mêmes, qui ont démontré leur désintérêt pour ces si petits comptes, à frais de gestion et à risque si élevés.

Les conditions de réussite du crédit-études

L’impact à attendre de ce mécanisme, dont l’implantation sera assurément laborieuse, se résumerait dans les points suivants cités d’amont en aval du processus: a) l’inclusion dans le système, grâce à la solvabilité acquise, des couches à faible revenu, et dans lesquelles se trouve une forte proportion de candidats à fort potentiel de motivation et d’intelligence. Une récente étude réalisée pour la SFI montre que seules 5% des familles peuvent financer des études pour leurs enfants; b) une sélectivité plus pertinente des entrants dans le système universitaire professionnalisant, grâce à l’engagement financier; c) un meilleur engagement des étudiants qui financent leurs études par le prêt, à s’investir dans leurs études et à les réussir, sous peine d’incapacité à rembourser leur prêt faute d’embauche; d) une discrimination positive des établissements de formation payants accrédités, qui se développeront grâce à une plus grande solvabilité de la demande, offerte par le financement des études. Le secteur de l’enseignement privé en a bien besoin; e) une plus grande adéquation obtenue par «le mécanisme du marché «entre l’offre des établissements et les besoins de l’entreprise; f) le contournement de l’aversion de certains ménages traditionnels au Maroc au crédit à intérêt, comme l’ont prouvé des enquêtes récentes de l’IFAAS et de Thomson Reuters/Banque islamique de développement, et ce en diversifiant les produits offerts par des formules de Mourabaha par rachat-vente de modules académiques.
Au-delà de ce cercle vertueux entre l’entrée aux études et l’amélioration quantitative et qualitative de l’embauche, ce mécanisme de prêt, qui n’a de sens qu’en présence d’une offre éducative payante, renforce notre idée que l’Etat gagne en termes d’économie budgétaire et d’efficacité socioéconomique à concéder la prestation de formation au secteur privé au sens large, pour mieux se consacrer à la régulation du système. Ces gains budgétaires tangibles peuvent naturellement être mis à profit dans le soutien des familles à faible revenu pour payer la scolarité de leurs enfants dans le secteur payant.

Une fonction économique et non une obligation sociale

Une série de mesures méritent d’être envisagées et mises en place, dans le sillage d’un changement de paradigme: les études ne doivent plus être seulement une fonction sociale assurée par le système éducatif sous l’égide de l’Etat, mais elles doivent devenir une réelle fonction économique, à part entière dans le Tableau des échanges industriels. Ce traitement s’appliquera à une partie du système, celui des formations professionnalisantes. Les autres formations, relatives aux sciences humaines et à la culture générale pourront continuer à être assurée par un système universitaire à accès ouvert. C’est à cette condition que le prêt étudiant deviendra un crédit d’investissement, pas un crédit de consommation.

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