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    Economie

    Jean-Pierre Chauffour: «Le Maroc regorge d’actifs immatériels»

    Par L'Economiste | Edition N°:4387 Le 27/10/2014 | Partager
    En les développant, le pays va s’inscrire dans une perspective d’émergence économique
    Il faudra cependant poursuivre les réformes structurelles

    Jean-Pierre Chauffour, économiste principal de la Banque mondiale pour le Maroc: «Il faut promouvoir une croissance concurrentielle et inclusive, notamment pour la jeunesse et les femmes; construire un avenir vert et résilient; et renforcer la gouvernance et les institutions pour une meilleure prestation de services à tous les citoyens»

    Pour Jean-Pierre Chauffour, le Maroc a la possibilité d’atteindre une meilleure répartition de sa richesse nationale et d’améliorer la prospérité de ses habitants, s’il tire avantage du potentiel de son capital immatériel. Intervenant en marge de la conférence organisée par la fondation Attijariwafa bank, le principal économiste de la Banque mondiale pour le Maroc revient sur les retombées du renforcement de ce capital immatériel pour le pays ainsi que sur les efforts qu’il doit faire pour y parvenir.
    - L’Economiste: Que peut apporter le capital immatériel à la croissance d’un pays comme le Maroc?
    - Jean-Pierre Chauffour: Une façon de comprendre ce que le capital immatériel peut apporter à la croissance du Maroc est d’associer les notions de capital immatériel et de productivité. Les gains de productivité, c’est-à-dire l’efficacité avec laquelle une société utilise son capital naturel et son capital produit à travers le temps, déterminent la vitesse à laquelle un pays en développement ou émergent peut converger vers les pays les plus avancés. Cette productivité dépend elle-même d’un certain nombre d’éléments intangibles au-delà de l’accumulation des facteurs de production. L’analyse économique en retient généralement trois: (1) le capital institutionnel, notamment s’agissant des fonctions régaliennes de l’Etat en matière de justice, de gouvernance, et de préservation des libertés économiques; (2) le capital humain, c’est-à-dire l’acquisition et la valorisation des savoirs, connaissances et compétences des ressources humaines; et enfin (3) le capital social, autre façon de parler de la qualité du lien social, de participation citoyenne, de droit et de responsabilité individuels ou de confiance au sein de la société. En développant et valorisant sa richesse immatérielle, le Maroc s’inscrirait résolument dans la perspective de l’émergence économique.

    - A quelles retombées concrètes pouvons-nous nous attendre?
    - Si, comme les études de la Banque mondiale le laissent penser, le développement durable, soutenable et équitable repose essentiellement sur l’accumulation d’actifs immatériels sous la forme de capital humain, de capital social et de capital institutionnel, alors le Maroc peut s’attendre à de fortes retombées économiques en matière de croissance et de bien-être d’un renforcement de son capital immatériel.
    La composition de la richesse est en effet à la fois un facteur déterminant et un résultat du processus de développement. Le capital immatériel constitue la plus grande part de la richesse nationale dans la grande majorité des pays. Pour les pays de l’OCDE, le capital immatériel représente plus de 80% de la richesse nationale. Pour les pays les moins avancés et les pays à revenu intermédiaire comme le Maroc, la part du capital immatériel dans la richesse nationale se situe entre 50 et 70%. Une augmentation de ce capital immatériel devrait se traduire au Maroc par un investissement plus productif dans le capital humain c’est-à-dire dans l’éducation et la formation au sens large.  Etant donné que la formation du capital humain est elle-même largement dépendante de la qualité des institutions, notamment des institutions scolaires, l’enjeu ultime réside dans l’amélioration générale de la gouvernance de ces institutions et dans un meilleur accueil des jeunes dans la société de façon générale.

    - Comment peut-on le faire évoluer en efficacité?
    - La réponse courte à cette question est avec l’accélération et l’approfondissement des réformes structurelles, et notamment celles de l’Etat. Fruit d’une histoire et d’une culture riche, d’une topographie et géographie privilégiées aux portes du plus grand espace économique mondial, d’une jeunesse entreprenante et énergique, le Maroc regorge d’actifs immatériels qui n’attendent qu’à être davantage valorisés. Pour cela, le pays doit résolument poursuivre dans la voie des réformes institutionnelles, et tout particulièrement autour de trois domaines-clés: promouvoir une croissance concurrentielle et inclusive, notamment pour la jeunesse et les femmes; construire un avenir vert et résilient; et renforcer la gouvernance et les institutions pour une meilleure prestation de services à tous les citoyens. Voilà comment, en quelques mots, le Maroc pourrait certainement atteindre une meilleure répartition de sa richesse nationale et améliorer la prospérité des Marocains.
    Propos recueillis par
    Moulay Ahmed BELGHITI

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