Economie

Capital immatériel: Un facteur de compétitivité mal exploité

Par L'Economiste | Edition N°:4387 Le 27/10/2014 | Partager
Le Maroc dispose d’un niveau relativement élevé de richesse immatérielle, en dépit d’un capital humain faible
Encore du travail pour apprivoiser le concept

La richesse des pays à revenus élevés dépend principalement du capital immatériel qu’ils détiennent. Le niveau du capital naturel et celui du capital productif en sont fortement influencés. Le Maroc devrait diriger ses efforts vers l’optimisation de ses richesses immatérielles en vue d’un développement durable de son économie et notamment de son capital naturel qui reste très faible

«Le capital productif ne mène pas seul vers un développement économique», affirme d’emblée Jean-Pierre Chauffour, économiste principal pour le Maroc à la Banque mondiale. Entre autres constats pour ce débat sur le capital immatériel organisé par la fondation Attijariwafa bank, l’importance de l’éveil des consciences et de vulgarisation de la notion au sein de la société afin de la mener à une réelle révolution. «Rien de cela ne pourra être effectif sans la volonté et la mobilisation de l’ensemble des acteurs de notre société», ajoute Tawfik Mouline, DG de l’Institut royal des études stratégiques (IRES).
Inévitablement, le débat n’a pu faire l’économie des outils de la mesure de la richesse laquelle reposait au préalable sur des facteurs matériels, tels que le capital industriel, les ressources en matières premières ainsi que d’autres indicateurs tangibles et quantifiables au niveau des grandeurs économiques. Le calcul du PIB, par exemple, ne prend pas en considération un certain nombre d’éléments. A l’image de l’innovation, du potentiel humain ou encore la qualité des prestations. Justement, «la richesse totale d’une nation se fait sur la base de la consommation soutenable du pays», relève Chauffour. Or, l’essentiel de la richesse aujourd’hui est immatériel. Elle s’impose même comme un facteur-clé de succès d’un pays. Dans les économies développées, ce capital est compris, en moyenne, entre 66 et 80% de la richesse. Pour le Maroc, cette proportion s’élève à 76%.
Difficilement quantifiable, la richesse immatérielle englobe plusieurs actifs reposant sur des dimensions humaines, sociales, et institutionnelles.
Longtemps, l’on a considéré que l’immatériel était seulement d’ordre humain. Par analogie, le capital humain est basé sur le savoir-faire de la main-d’œuvre: l’éducation et les compétences (talents, apprentissage des qualifications). Dans le cas du Maroc, la valeur de cette composante reste relativement faible. Or, le savoir-faire artisanal ancré dans la culture propre au pays, est une valeur sûre de développement trop souvent dénigrée. Le savoir-faire industriel est nettement moins loti, faute de modèle d’industrialisation prospère. Et ce malgré les nombreux efforts entrepris par le gouvernement depuis l’indépendance.
Pour remédier à cette situation, une piste veuf internaliser le savoir-faire industriel apporté par les firmes multinationales, de manière à améliorer la capacité d’absorption du savoir-faire industriel par la formation des ressources humaines. Encore faut-il accroître l’efficience des dépenses publiques concernant l’éducation. Les chiffres de la scolarisation (52,4 à 98,2% pour le primaire, de 17,5 à 56,7% pour le premier cycle secondaire et de 6,1 à 32,4% pour le deuxième cycle secondaire) semblent être en progression mais ne sont pas pour autant une garantie de l’efficacité du système. Les performances sont étroitement liées aux moyens et aux ressources, mais dépendent aussi fortement de la continuité et de la cohérence des stratégies d’éducation mises en place par les gouvernements successifs, sachant par ailleurs que la société civile et les parents ont aussi un rôle à jouer en assurant le suivi et l’évaluation des politiques publiques menées dans ce secteur.
Le capital social est, de son côté, défini par la configuration interpersonnelle, les règles sociales, et la stabilité politique du pays. La Banque mondiale insiste, dans ce sens, sur les effets bénéfiques qu’elle peut avoir sur le bien-être, la croissance, la santé publique, la qualité des gouvernements et la sécurité. «Pour le faire fructifier, il est impératif de connaître le comportement des agents, apprendre sur leur environnement, et sur l’action collective», affirme Mouline.
Enfin, le capital institutionnel est lui défini par une multitude de composants qui, théoriquement, correspondent aux libertés économiques. Celles-ci dépendent essentiellement d’une concurrence libre et non faussée, ou encore d’une ouverture aux échanges internationaux. Ce type de capital est renforcé par plusieurs autres principes comprenant les droits individuels et responsabilité, le droit à la propriété, l’équilibre des pouvoirs, la bonne gouvernance ainsi que la transparence et le droit d’information. «Le fait de présenter un niveau relativement élevé de richesse immatérielle ne doit pas mener le Maroc à tomber dans le piège du revenu intermédiaire», conclut Chauffour. Eviter cela sollicite le recours à une accélération des réformes institutionnelles et structurelles qui faciliteraient le développement du secteur privé et accéléreraient la croissance, la modernisation et la diversification de l’économie.
Parallèlement, le renforcement de la gouvernance économique, la poursuite de l’ouverture de l’économie, l’amélioration du climat des affaires et de la concurrence, et la participation économique des femmes et des jeunes, apparaissent comme indispensables.

Du côté des entreprises…

Sur le plan microéconomique, la notion du capital immatériel s’est fait une place de plus en plus imposante. L’objectif étant de soutenir la productivité tout en préservant les fondamentaux de l’entreprise qui s’inscrit aujourd’hui dans une perspective de durabilité. La démarche s’est ainsi installée pour marquer la rupture avec une époque où les entrepreneurs, trop focalisés sur les chiffres, ne valorisaient pas assez leurs ressources internes, leur organisation ou encore leur relations clients. Les objectifs chiffrés ne détiennent plus cette prépondérance lors des arbitrages du management. La gestion d’entreprise repose désormais sur la mise en œuvre d’un pilotage équilibré et dynamique. Ainsi, le développement du capital humain adapté devient de plus en plus un objectif prioritaire pour la plupart des entreprises. Celles-ci n’hésitent plus justement à revoir leur process.

A. Lo & K. H.

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