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Tribune

Création d’entreprises: La transmission,enjeu vital pour tout l’écosystème
Par Zakaria Fahim

Par L'Economiste | Edition N°:4372 Le 03/10/2014 | Partager

Zakaria Fahim est expert-comptable, Managing Partner BDO SARL Cabinet d’audit et conseil. Spécialiste de transmission des entreprises familiales

Les données consolidées au niveau de l’UE permettent d’estimer qu’environ un tiers des entreprises seront transmises dans les 10 prochaines années (entre 25-40% en fonction de l’État membre). Cela correspond à une moyenne annuelle d’au moins 610.000 transmissions de PME, 300.000 PME employant du personnel et impliquant 2,1 millions d’emplois, et 310.000 PME n’employant pas de personnel. Au Maroc, le dernier baromètre BDO-ANPME montre que 40% des entreprises familiales ont une problématique de transmission sur la table non traitée. La politique a toujours mis l’accent s’agissant de la problématique de l’emploi sur les incitations à la création de nouvelles entreprises. Toutefois, les données ci-dessus, s’il en était encore de besoin, rappellent l’importance de veiller également à maintenir debout et développer des entreprises viables existantes. En effet, les responsables politiques oublient souvent que créer une nouvelle entreprise n’est pas la seule façon et surtout la plus performante en matière d’emploi. Une des dernières livraisons de l’eurobaromètre montre que la transmission permet de préserver en moyenne cinq emplois, alors qu’une nouvelle entreprise n’en génère que deux, en moyenne.
Tant que les problèmes de transmission d’entreprise ne sont pas couverts par les médias et soutenus par les institutions publiques et privées, les entrepreneurs ne les envisagent pas comme une urgence à traiter. La transmission est un métier à part et à ce titre nécessite un accompagnement ad hoc de son expert-comptable avec le soutien du banquier, surtout si le passage de relais nécessite (souvent le cas) des opérations de haut de bilan. Une des causes d'échec des transmissions ou une des raisons à l’origine de problèmes majeurs dans le processus de transmission réside dans le démarrage trop tardif de la planification de la transmission de la propriété.
En effet, le grand danger pour un fondateur qui a sur son agenda innommé la problématique de la transmission, c’est ne rien faire. Le dernier baromètre BDO-ANPME a posé les recommandations suivantes pour réussir la transmission.
1) Mettre en relation les cédants et acquéreurs en tenant compte de leurs attentes respectives.
2) Mise en confiance (asymétries de l’information).
3) Gestion des problèmes émotionnels et psychologiques.
4) Mise en place d’outils pour le traitement des problèmes techniques.
La promotion d’événements ou de campagnes de sensibilisation à grande échelle portées par des binômes privé-public donnent confiance aux opérateurs et permet de mobiliser, de faire le «bruit» suffisant pour faire réagir et agir.
En effet, l’encouragement de la collaboration entre différentes organisations (Participantes ou non directement à la thématique) permet de prévenir la fragmentation de l’effort et fournit une assistance efficace et optimale à la population cible. L’inscription des transmissions d’entreprise au programme de nos universités de cours ordinaire concernant l’esprit d’entreprise accroîtrait la sensibilisation et apporterait des informations de base sur cette phase particulière de la vie d’une entreprise. Cela offrirait également aux jeunes entrepreneurs potentiels d’apprendre à monter leur propre affaire en reprenant une affaire que le propriétaire souhaite céder. Les compétences entrepreneuriales et commerciales du successeur ne sont pas toujours suffisantes pour assurer la relève.
Si la création doit passer par la transmission, il ne faut pas oublier que nos jeunes entrepreneurs n’entretiennent pas nécessairement le même rapport émotionnel avec leurs sociétés. Ils sont plus enclins à vendre leur entreprise pour des raisons personnelles, ils passent fréquemment du statut de salarié à celui d’indépendant ou ils créent plusieurs entreprises à la suite l’une de l’autre, compte tenu de ces tendances et de ces défis, un groupe d’experts européens aboutit aux mêmes recommandations du baromètre BDO-ANPME à savoir:
- la création d’un «centre marocain (et régional) de la transmission d’entreprise», qui coordonne et facilite le travail des activités nationales;
- la création d’une base de données/d’une bourse des cédants et repreneurs, qui relient les activités des bases de données existantes et qui stimulent;
- la création de base de données «hôtes» dans les pays où celles-ci n’existent pas à travers nos partenariats à l’international via l’association européenne de la transmission «Transeo»;
- l’organisation de séminaires, réunions, forums réguliers;
  - le développement d’outils de gestion et de formation personnalisés, alternatifs ou supplémentaires, notamment des autodiagnostics et évaluations en ligne proposés sur notre portail ou l’ouverture d’accélérateur pour la transmission;
- des programmes de soutien et de recherche initiés par le secteur public;
Les dirigeants doivent faire preuve d’une attention à plus long terme afin d’éviter les fermetures inutiles d’entreprises et encourager l’esprit d’entreprise, la croissance et le développement, notamment de leur personnel.
Aux Pays-Bas, la transmission d’entreprise aux salariés est également possible sans aucunes conséquences fiscales sur l’imposition du revenu. Les conditions sont les mêmes que dans le cas d’une transmission dans le cadre familial.
L’enjeu n’est pas des moindres: par exemple en France, selon l’Insee, 700.000 chefs d’entreprises  partiront à la retraite dans les dix prochaines années. Et les départs à la retraite ne constitueraient qu’une moitié des cas effectifs de transmission. Une autre étude du groupe BPCE dénombrait ainsi qu’au total, en 2011, au moins 13.000 PME ont été cédées ou transmises, ce qui correspond à un potentiel de près de 1,5 million d’emplois.  Et alors que de nombreuses PME et TPE peinent à réussir leur fin de vie, ce sont une grande partie de ces emplois qui sont en danger, faute de repreneurs, sans parler des compétences, savoir-faire et talents menacés de disparaître de notre éco-système. La transmission d’entreprise fait partie de la liste des étapes de la vie de l’entreprise que le gouvernement s’est engagé à faciliter, dans le vaste chantier du CNEA. L’ANPME a déjà mis en place Moussanada transmission et pilote la loi sur la transmission, alors que la CCG met en place un mécanisme de garanties Transmission orienté vers les PME et TPE.
Ce qui est important, c’est d’initier des actions pour promouvoir la culture de la transmission des entreprises familiales encore à construire dans notre pays.
Une étude européenne montre de grandes disparités en la matière. Quand, en France, seulement 10% des cessions d’entreprises sont des transmissions familiales, le taux grimpe à 72% en Italie. L’Allemagne affiche un pourcentage de 58 %. La moyenne européenne est de 44%.Les multiples difficultés inhérentes à cette phase particulière de la vie d’une société expliquent ces écarts importants. Selon le baromètre de la transmission BDO-ANPME, 40% des entreprises familiales auraient une problématique de transmission sur la table sans plan d’actions. Cet attentisme aboutit à des transmissions insuffisamment réfléchies et anticipées. Cela peut fragiliser considérablement l’entreprise pour la relève.
Nous plaidons en faveur de la transmission pro-active de l’entreprise familiale, projet inévitable, sur lequel devrait se pencher sérieusement tout chef d’entreprise, en entamant assez tôt sa préparation. Une fois la décision mûrement réfléchie et prise, il est indispensable de se faire conseiller et accompagner tout au long du processus de transition. Pour finir,  les chefs d’entreprises familiales doivent accepter d’être importants, mais pas indispensables et d’être acteurs de la succession et non de la subir.

Un peu de lexique

Qu’entend-on par transmission d’entreprise. Il s’agit de toute transmission de la propriété d’une entreprise à une autre personne ou entreprise qui assure la continuité et le développement de l’entreprise. Cette transmission peut s’effectuer dans le cadre familial, par rachat de l’entreprise notamment par les salariés et par cession à des personnes tiers ou des sociétés existantes, y compris les prises de contrôle et les fusions.

Testament d’entreprise

Aux Pays-Bas, les conseillers recommandent fortement aux entrepreneurs de coucher par écrit «leur testament d’entreprise» en résumant les informations pratiques (clés, numéros de comptes bancaires, etc.) et stratégiques (coopération, stratégie de croissance, contrats, etc.) les plus importantes concernant leur firme, en cas de disparition soudaine (maladie, accident, décès). De cette manière, leur successeur sera mieux préparé à poursuivre les affaires. En effet, dans beaucoup de PME, tous les dispositifs sont informels et le fondateur porte toute la valeur de l’entreprise et accumulant toutes ses fonctions clés.

Une chaire en projet

L’entreprise familiale a été longtemps absente des débats académiques sur la gouvernance d’entreprise, dans la mesure où on considère que le dirigeant est le plus souvent l’actionnaire principal. Pour parer à cela, BDO est en discussion avec l’université de Casablanca pour le lancement d’une chaire sur la transmission des entreprises familiales. L’objectif  est d’avoir un relais universitaire et de recherche sur la thématique pour mieux appréhender le sujet et venir en appui au portail ad hoc. En parallèle, il serait judicieux pour améliorer et fluidifier la collecte d’informations sur le terrain, en évitant l’effritement des données,  de créer des centres de transmission d’entreprises à intégrer au sein des structures de soutien existantes.

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