Analyse

Commerce extérieur: La faible diversification pénalise toujours l’offre Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:4339 Le 15/08/2014 | Partager
3,5% des produits couvrent 80% de la valeur globale des exportations
L’évolution du volume à l’export reste tributaire de produits et de marchés traditionnels
Le plan de relance des exportations ambitionne de corriger ces dysfonctionnements

Les statistiques de la DEPF montrent que pour la première période 1998-2007, le nombre des produits exportés et celui des marchés desservis sont en évolution soutenue, avec un rythme moyen de 1,8% par an pour les produits, 2,1% pour les marchés et 4% pour les transactions. A partir de 2007, le nombre des transactions a continué à progresser de 2,1% annuellement, face à un repli des produits (0,7%) et des marchés (0,6%)

Le rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental (CESE) a été on ne peut plus clair concernant la situation de l’économie nationale. Pour le Conseil, présidé par Nizar Baraka, «l’économie a retrouvé en 2013 le rythme de croissance observé durant la dernière décennie». Cette relance est due notamment aux premiers effets des différents plans sectoriels mis en place. Ce rapport du CESE souligne que «les moteurs de croissance émergents semblent amorcer une transformation et une diversification structurelles de l’économie du pays, grâce aux stratégies sectorielles qui commencent à porter leurs fruits, particulièrement dans les secteurs de l’industrie automobile et aéronautique». Cette évolution globale cache la persistance de certaines faiblesses pointées dans le dernier rapport de la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère des Finances. Ce document propose une «analyse microéconomique de l’évolution et des déterminants des exportations marocaines sur la période allant de 1998 à 2012». Il en ressort que l’économie marocaine souffre toujours du même problème structurel lié à la faible diversification des produits et des marchés. Seuls 3,5% des produits et 6,4% des marchés ont couvert 80% de la valeur globale des exportations en 1998. Près de 14 ans après, cette concentration a connu une légère baisse pour les marchés (11%), alors qu’elle ne s’est pas améliorée pour les produits (2,9%). Dans les détails, l’évolution du volume des exportations est surtout due à l’intensification des ventes de produits existants sur les marchés déjà explorés, à hauteur de 212%. A cela s’ajoute une bonification de 42% des exportations des nouveaux produits vers des marchés traditionnels. Il faut souligner que cet effet positif a été contrebalancé par la diminution ou la disparition de certains produits sur des marchés anciens. C’est pour cela que cette étude de la DEPF met l’accent sur la nécessité d’exploiter les marges intensive et extensive. En particulier cette dernière qui ne fait pas encore l’objet d’un grand intérêt. Ces deux marges sont définies respectivement comme étant la somme des variations des flux existants, pour la première, et la naissance de nouveaux flux commerciaux qui peuvent survenir en raison de l’introduction d’un nouveau produit, l’exploration d’un nouveau marché, pour la deuxième. Ce document relève que «la contribution de la marge intensive à la croissance des exportations (52%) a été plus importante que celle de la marge extensive (48%) sur la période 1998-2012. D’où l’existence de «gains substantiels à explorer moyennant, notamment, le renforcement de la capacité à lancer de nouveaux produits et à cibler de nouveaux marchés, ainsi que l’augmentation du taux de survie des nouveaux venus sur le marché d’exportation.
C’est dans cette logique que s’inscrit le nouveau plan de relance des exportations, présenté par le ministre du Commerce extérieur, Mohamed Abbou, il y a quelques mois. D’ailleurs, ce plan s’est basé sur les mêmes conclusions liées à la faible diversification de l’offre Maroc. L’idée est d’éviter les déperditions constatées durant les dernières années à cause de l’absence d’une approche intégrée pour la promotion des exportations. C’est pour cela que le plan Abbou se base sur «une vision globale, fondée sur la convergence des différentes stratégies». Trois mots d’ordre sont mis en avant: valoriser, développer et promouvoir la production nationale.
Ce sont en substance les actions recommandées par le CESE et l’étude de la DEPF. Une analyse minutieuse des accords de libre-échange sera menée pour tirer le maximum d’opportunités au profit des entreprises marocaines. Une commission interministérielle sera chargée de la coordination de la négociation de tous les accords commerciaux avec l’intégration des observations du privé et la réalisation d’études d’impact préalables. L’objectif est d’avancer en rangs serrés, en coordination avec les autres départements, notamment celui du Commerce et de l’industrie.
D’ailleurs, le plan de relance des exportations a été réalisé en se basant sur les objectifs du plan d’accélération industrielle, lancé par Moulay Hafid Elalamy il y a quelques mois. Car, la nouvelle stratégie d’export met l’accent sur le renforcement de l’offre exportable et l’augmentation de la valeur ajoutée. Et cela passe par une diversification de la production et l’innovation, comme cela est prévu par les différentes orientations du plan de relance industrielle. Et le plan Abbou a prévu pour cela un soutien financier aux projets visant l’amélioration de la valeur ajoutée.
Globalement, durant la période 1998-2012, le nombre des produits exportés par le Maroc a enregistré une hausse de 21%, passant de 2.429 à 2.948 produits. De même, le nombre des marchés pénétrés a augmenté de 24%, passant de 141 à 175 pays. Au niveau des transactions, leur nombre s’est également inscrit dans la même tendance haussière avec +58%, passant de 11.339 à 17.872 opérations entre 1998 et 2012. La DEPF précise aussi que la valeur moyenne par opération a atteint 10,3 millions de DH en 2012 contre 6,1 millions en 1998. La valeur moyenne par produit, quant à elle, a été de 63 millions de DH en 2012 contre 28 millions en 1998. Sur la même période, la valeur par marché s’est élevée à 1,1 milliard de DH en 2012 contre 487 millions en 1998.

Evolution soutenue

Les statistiques de la DEPF montrent une progression globale des exportations marocaines durant la période de l’étude, soit plus d’une décennie. Mais cette période a été scindée en deux phases: entre 1998 et 2007 et entre 2007 et 2012. Pour la première, le nombre des produits exportés et celui des marchés desservis sont en évolution soutenue, avec un rythme moyen de 1,8% par an pour les produits, 2,1% pour les marchés et 4% pour les transactions. A partir de 2007, le nombre des transactions a continué à progresser de 2,1% annuellement, au moment où le taux d’accroissement des produits n’a pas dépassé 0,7% et celui des marchés 0,6%. Néanmoins, en dépit du recul du nombre des produits et des marchés, les exportations globales ont évolué à un rythme qui s’élève à 5,5% par an contre 4,2% au cours de la première phase.

Marges

Les experts de la Direction des études et des prévisions financières expliquent que «la croissance des exportations peut être divisée entre l’expansion des flux commerciaux existants (marge intensive) et l’apparition de nouveaux produits et marchés (marge extensive). La croissance de ces deux facteurs résulte généralement d’une série d’éléments. C’est le cas notamment de l’augmentation ou de la diminution des exportations de produits existants sur des marchés anciens. A cela s’ajoute l’introduction de nouveaux produits sur d’anciens marchés ou d’autres récemment explorés.

Mohamed Ali MRABI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc