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Chronique

En Egypte, Gaza entre phobie et indifférence
Par Mustapha Tossa

Par L'Economiste | Edition N°:4329 Le 31/07/2014 | Partager

Il y a un phénomène indéniable propre à cette agression israélienne contre Gaza. Au-delà du nombre de victimes

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres  destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale

civiles qui tombent chaque jour battant des records dans l'horreur et l'aveuglement, les réactions suscitées dans le plus grand pays arabe  frontalier à Gaza, l'Egypte. L'humeur générale n'y est ni à la solidarité ni à la compassion. Bien au contraire, le pays, ses médias, ses faiseurs d'opinions se sont distingués cette fois par une véritable campagne qui vise à démonter le mythe du Hamas résistant, quitte à tomber dans de dangereux excès dont l'impact sur l'opinion égyptienne et arabe sont difficiles à évaluer.
En effet, les réseaux sociaux pullulent de vidéos et d'extraits d'émissions de télévisions de grandes signatures des médias égyptiens se livrant à un vrai lynchage du mouvement Hamas, allant jusqu'à encourager la machine de guerre israélienne à frapper encore plus dure qu'elle ne le fait pour casser ce qu'elles appellent «l'ossature de ce mouvement terroriste Hamas qui prend en otage la population palestinienne de Gaza». La plupart des grandes voix reprennent des éléments de langage bien ficelés. «Le Hamas, organisation terroriste qui prend en otage les populations civiles de Gaza et qui n'hésite pas à s'en servir comme des boucliers humains» ou alors «pour mettre fin à leur calvaire, les habitants de Gaza n'ont qu'à se révolter contre le Hamas pour le bouter hors du territoire».
Ironie de l'histoire ou hasard des coïncidences, ces personnalités égyptiennes qui affichent ouvertement leur phobie pour le Hamas et les Palestiniens de Gaza font presque tous partie de l'armada médiatique qui s'est mobilisée pour valider le coup d'Etat militaire de Abdelfattah Sissi et son accession au pouvoir après avoir déposé le président Frère musulman Mohamed Morsi. Bien avant le début de l'opération israélienne "bordure protectrice", Sissi avait considéré le Hamas comme un mouvement terroriste, le prolongement armé des Frères musulmans à Gaza qu'il faut sinon démanteler du moins affaiblir pour le mettre à genoux.
L'Égypte, qui n'a jusqu'à présent autorisé aucune manifestation populaire de solidarité avec les Palestiniens de Gaza comme celle que les Marocains ou d'autres pays européens ont organisée,  s'est distingué cette fois par l'invention d'un discours et d'une posture ouvertement anti-palestinienne. Les médias israéliens s'en sont emparés comme d'un cadeau du ciel. Une belle surprise pour eux de voir le pays arabe le plus influent reprendre leurs argumentations et valider les ressorts idéologiques de leur agression. Pour évaluer un tel tournant, deux inconnues demeurent.

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Le premier est de savoir si cette nouvelle phobie palestinienne qui scintille depuis Le Caire traduit l'humeur générale égyptienne ou simplement reflète l'état d'âme d'officines pro-Sissi destinées à prolonger sur les territoires palestiniens leurs guerres contre les Frères musulmans. La seconde est de savoir si une telle approche qui affiche pour la première fois  sans complexe sa haine du Palestinien restera circonscrite à ces milieux pro-Sissi ou fera tache dans d'autres capitales arabes.
Sans aucun doute, une des raisons principales qui empêcherait ce discours de se propager est le nombre effarant de victimes civiles, femmes, enfants et vieillards palestiniens qui tombent quotidiennement sous les bombes israéliennes et qui provoquent ce que certains appellent déjà  "la défaite morale et éthique d'Israël à Gaza".  Pour les tenants égyptiens de ce discours, balayer d'un revers de la main les victimes civiles augmente le trouble et la contradiction schizophrénique. 
Il est vrai que jusqu'à présent cette nouvelle attitude  des médias égyptiens à l'égard des Palestiniens n'a pas encore déteint de manière visible sur d'autre pays arabes, même si de temps en temps, ici et là quelques personnalités fortes, en rupture de ban avec l'ambiance générale, sortent du lot pour s'essayer à ce nouveau discours de la stigmatisation ouverte de Palestiniens. Ils restent tout de même isolés et ne parviennent pas à imprimer l'ambiance générale. Leur succès se limite pour le moment à secouer les réseaux sociaux comme autant d'originalités à surveiller et à étudier.

Stigmatisation

Plusieurs raisons expliquent cette soudaine stigmatisation des Palestiniens par les médias égyptiens. La première est d’essence domestique et a trait à l’atmosphère politique générale qu’a installée Adelfattah Sissi en Egypte. Le nouvel homme fort du Caire considère que le Hamas palestinien est aussi dangereux pour sa survie et sa gouvernance que les Frères musulmans dont les têtes croupissent en prison ou errent d’exil en exil. D’où la conjonction d’intérêts objective dans la décision prise par Israël de casser l’ossature militaire du Hamas et de démilitariser Gaza.
La seconde raison qui explique cette libération de la parole à l’égard des Palestiniens trouve son origine dans l’effervescente équation régionale. Par un redoutable effet de miroir, le Hamas palestinien a été assimilé et rattaché à deux illusions d’optique. Il en a payé le prix symbolique  en termes de perception et de crédibilité. La première est l’arrogance puis l’échec de l’islam politique dans certains pays arabes qui ont transformé tous ceux qui se revendiquent de cette mouvance en affreux épouvantail. Depuis qu’ils ont été mis sur la liste des organisation terroristes, le cousinage avec les Frères musulmans devient hautement radioactif. La seconde est cette comparaison inconsciente bien servie par la communication israélienne que le Hamas d’aujourd’hui, s’il n’est pas affaibli et démilitarisé, risque fort de se transformer en Daech de demain, l’Etat islamique, cette monstrueuse organisation qui donne des cauchemars sécuritaires aux Syriens et aux Irakiens.

 

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