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Tribune

Modèle économique: N’est-il pas temps de s’émanciper?
Par Amine Jamai

Par L'Economiste | Edition N°:4286 Le 29/05/2014 | Partager

La richesse d'un pays est évaluée, entre autres, sur des critères économiques comme la croissance. Cependant, cette

Amine Jamaï, dirige Valoris Conseil, cabinet de conseil en Stratégie, Organisation et Management des Ressources humaines qu’il a fondé. Il a également occupé les postes de directeur général Fuels & marketing, Exxonmobil gabon, directeur achats stratégiques Exxonmobil Afrique du Nord et DRH Exxonmobil et Sanofi-Aventis Maphar. Il a été aussi l’un des membres fondateurs du CJD.

croissance ne permet pas de déterminer l'état du développement d’une nation: on peut avoir du pétrole, être riche sans pour autant être développé.
Le développement que l’on se doit d’offrir à nos enfants ne se trouvera pas en creusant nos sols et ne sera pas caution de la satisfaction des touristes qui nous promettront de revenir dépenser un peu de leur richesse l’an prochain.
Notre développement devra être corollaire à produire des idées, à coordonner leur commercialisation et à créer les leviers de leur implémentation.
Tous nos politiques savent où en est le monde aujourd’hui: «la répartition des efforts consacrés à la recherche et au développement entre le Nord et le Sud a changé avec l’émergence de nouveaux acteurs dans l’économie mondiale», souligne la directrice générale de l’Unesco, dans l’avant-propos de son Rapport qui souligne en outre que «le monde bipolaire dans lequel les sciences et technologies étaient dominées par la Triade, constituée par l’Union européenne, le Japon et les Etats-Unis, cède peu à peu la place à un monde multipolaire où un nombre croissant de pôles de recherche s’étendent désormais du Nord au Sud».
Les stratégies historiques lancées par le Maroc sont motivées par des retours sur investissement à court et moyen terme. Pour ce qui concerne la recherche, bien qu’il y a un lien empirique entre progrès technique et croissance, le retour sur investissement n’est pas immédiat, et suscite donc peu d’enthousiasme politique et donc électoral…
Il est vrai qu’investir dans la recherche dans un pays où beaucoup reste à faire pour améliorer notre passage à des niveaux supérieurs de la pyramide de Maslow, peut sembler un luxe, voire une lubie… impossible en effet de prouver qu’il y aura un levier direct sur la croissance à court terme, si l’on injecte de l’argent dont on aurait crucialement besoin dans d’autres secteurs. Et c’est en effet pour cela que notre pays a naturellement délaissé ce chemin pour s’agripper à des secteurs qui pourraient régler nos problèmes plus  rapidement… augmentant aussi ainsi le retard à rattraper dans la recherche.
Il est plus que temps de créer aujourd’hui un programme gouvernemental fort, pour attirer des chercheurs du monde entier dans des domaines de recherches identifié. Cela pourrait provoquer des opportunités dont on ne calcule finalement pas assez le retour sur investissement parce que l’on est face à quelque chose que les pays développés ne nous recommandent pas d’essayer…
A-t-on jamais reçu un rapport parlant de notre retard en recherche, émis à notre attention par nos pays amis, du Nord, économiquement éclairés, qui historiquement, nous aident, nous pays du Sud, à trouver notre place économique dans cette planète mondialisée? A-t-on reçu le début d’une ligne de la Banque mondiale nous suggérant de nous lancer dans de grands programmes de recherche?
Non, on nous préconise vivement de poursuivre les objectifs du millénaire qui se résument à suivre notre petit

L’environnement de recherche dans un pays draine des compétences qui distillent de la connaissance autour d’eux, et ce quelle que soit la langue de ce pays. La vente des brevets crée de la valeur ajoutée et des retours sur investissement phénoménaux. La recherche permet de créer des emplois pour peu que les acheteurs de brevets aient en face des politiques fiscales incitatives pour industrialiser localement une partie de l’output des recherches

bonhomme de chemin dans l’ascension du développement classique, nourrir, éduquer, éradiquer les maladies de l’ancien millénaire… en laissant le soin aux grands de s’occuper de la recherche, et en nous soutenant dans notre débat interne de savoir en quel langue devrait être éduqués nos enfants… Or, la possibilité d’accéder beaucoup plus rapidement au haut de la pyramide à travers la recherche est évidente, et permettrait de faire des sauts qualitatifs de paliers entiers.

Moteur de la prochaine révolution industrielle

L’environnement de recherche dans un pays draine des compétences qui distillent de la connaissance autour d’eux, et ce quelle que soit la langue de ce pays. La vente des brevets crée de la valeur ajoutée et des retours sur investissement phénoménaux. La recherche permet de créer des emplois pour peu que les acheteurs de brevets aient en face des politiques fiscales incitatives pour industrialiser localement une partie de l’output des recherches.
Si l’on se fie au dernier rapport Attali, qui cite comme axes de développement prioritaire pour la France «le numérique, les nanotechnologies, la santé, les chantiers navals, l'environnement, les services financiers, l'aéronautique, l'agroalimentaire, la distribution, le tourisme, les transports, les services éducatifs, la construction et les services à la personne.» La santé à elle seule pèsera plus de 15% du PIB mondial. «Les progrès des techniques médicales qui s'annoncent, grâce aux biotechnologies, aux thérapies géniques, aux neurosciences et aux nanotechnologies, et préfigurent des pratiques de plus en plus intensives en capital (…)», rajoute le rapport.
L'allongement de l'espérance de vie devrait aussi accroître la demande de soins. De la même manière les nanotechnologies seront le moteur de la prochaine révolution industrielle. Elles présentent un potentiel de développements et d'applications considérable, notamment dans les domaines des biotechnologies, des matériaux et des technologies de l'information.
Notre Royaume a, il y a de cela quelques années dans un sursaut de raison, créé son centre de recherche en biotech et nanotechnologies, à Rabat. Mais l’effort financier et la mobilisation, comme l’on sait le faire dans les grands projets nationaux, n’ont pas eu lieu.

«Croissance intelligente»

Un vrai plan d’action devrait être élaboré au plus haut niveau de l’Etat pour drainer l’attraction de jeunes chercheurs d’horizons, de races et de pays différents qui débutent dans leurs recherches et qui ont un vrai projet passionnant qui entrent dans notre cible de développement stratégique. L’Europe à plusieurs structures de ce type comme le CER (Centre européen pour la recherche) qui en trois ans a accordé des milliers de bourses à des chercheurs – le rôle de cette institution est d'attirer les talents en Europe, le CER accorde des bourses aux meilleurs d’entre eux, quels que soient leur âge, leur nationalité ou leur discipline scientifique, sa stratégie table en outre, grâce à la «croissance intelligente», sur la création directe de plus de 165.000 emplois. Le CER n’est qu’un instrument parmi des milliers d’autres utilisés par la recherche européenne qui n’hésite pas à fusionner ses recherches avec des pays de la communauté, pour allez plus vite dans cette nouvelle course économique mondiale.
Et nous, que pourrions-nous faire dans notre pays en étant pragmatique? Faisons les calculs: si nous drainons un millier de chercheurs au Maroc (nourris, logés, transportés) et qui disposent de budget de recherches agrégés autour de laboratoires dont le coût serait de quelques centaines de millions de dollars d’investissement, nous serions, dans des budgets comparables à ceux des autres grands programmes nationaux.
L’agrégation de ces chercheurs multinationaux en véritable MIT du nord de l’Afrique, devrait être basé sur des contrats win win. Comment les trouver? Ils devront être filtrés sur la base de leur véritable valeur ajoutée potentielle. Notre vraie valeur ajoutée sera notre capacité de recruter les potentiels non encore révélés, qui ne sont pas encore sur les radars des gros consommateurs de recherche des pays développés. La bataille qui s’annonce mondiale se situera autour de la qualité du recrutement de la petite élite scientifique que produit  le monde… Si officiellement les plus grands cabinets de recrutements spécialisés y travaillent d’arrache-pied pour les plus puissants gouvernements, officieusement les services de sécurité et d’intelligence utilisent d’autres moyens pour leur damer le pion. Il faudra ratisser large, à la découverte de pépites et surtout créer un environnement sur, sain et attractif, au Maroc pour cette petite population de génie. Et ça… c’est important, car ça… on sait faire!

Le nouveau Fort Knox du monde économique

Les économies émergentes comme celle du Maroc se limitaient jusqu’ici à accueillir l’aval des activités de R&D délocalisées par les pays développés, pour servir de base arrière d’usinage à moindre coût. Certaines économies latines et asiatiques se sont insurgées contre cette nouvelle domination du millénaire et sont désormais passées à un processus autonome de développement technologique et de recherche appliquée. La Chine, le Brésil ou l’Inde ont ainsi entamé des processus simultanés de programme dans les domaines industriel, scientifique et technologique, mettant en avant des leviers importants, comme finalement, nous savons le faire au Maroc sur de grandes stratégies telles que touristiques, minières et immobilières. Sauf que nos stratégies ne pourront jamais avoir d’effet multiplicateur aussi fort que celles produites par la recherche et le développement.
L’immobilier, le tourisme, les produits miniers ont des seuils d’optimisation de création de valeur qui seront atteints rapidement et qui restent fragiles.
Le nombre de brevet produit par pays va lui devenir rapidement le nouveau Fort Knox du monde économique.

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