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Chronique

Egypte: Sissi, président par obligation ou par nécessité?
Par Mustapha Tossa

Par L'Economiste | Edition N°:4285 Le 28/05/2014 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres  destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale.

TOUS les regards se concentrent actuellement sur l'Egypte. Le premier pays arabe dans lequel une élection démocratique au suffrage universel avait permis l'accession au pouvoir d'un frère musulman est vite revenu de ses illusions. Une autre présidentielle est l'œuvre avec comme héros principal le tombeur de la gouvernance de cette vieille et mystérieuse confrérie égyptienne d'abord avant d'être un mouvement mondial. Abdelfattah Sissi a procédé comme s'il s'agissait de rectifier un tir malheureux qui avait ouvert la voie du pouvoir au mouvement islamiste le plus organisé du monde arabe.
Sa démarche fut divisée en plusieurs phases. Il dépose Mohamed Morsi. Il décapite le mouvement des Frères musulmans après avoir emprisonné sa direction. Il emprisonne ses sympathisants par millier. Il gèle ses avoirs et on démantèle ses structures avant de le placer sur la liste des organisations terroristes. Et pour bien transmettre le message de fermeté et d'éradication, il condamne massivement, par millier à des peines de mort tous ceux qui sont susceptibles de nourrir l'esprit de contestation. Même le mouvement du 6 avril qui avait enchanté le Maydan Tahrir par son enthousiasme et la fraîcheur de sa jeunesse fut interdit.

Dose liberticide

Depuis qu’il a pris la décision stratégique de déposer le président Frère musulman Mohamed Morsi, le général puis maréchal Sissi, ministre de la Défense, s’était mis sur orbite pour devenir le prochain président égyptien.

Ainsi est apparu la démarche de Sissi et la construction de son personnage.  Les décisions furent si lourdes de conséquences que cette élection présidentielle s'apparente plus à une formalité qu'à une épreuve. C'est pour toutes ces raisons que malgré toute la bonne volonté que les Egyptiens ont mis dans ce processus, le facteur suspense, l'élément surprise a cruellement manqué à cette présidentielle égyptienne. Depuis qu'il a pris la décision stratégique de déposer le président Frère musulman Mohamed Morsi, le général puis maréchal Sissi, ministre de la Défense, s'était mis sur orbite pour devenir le prochain président égyptien.
Bien entendu, toutes les précautions politiques ont été prises pour éviter de donner l'impression que la démarche de Sissi s'apparentait à un coup d'Etat. Le prix immédiat à payer était un divorce diplomatique avec les États-Unis d'Amérique et une colère égyptienne de voir l'armée, tant décriée du temps de Hosni Moubarak, reprendre les rênes du pouvoir avec toute la dose liberticide et d'autoritarisme que cela implique.
Depuis Abdelfattah Sissi a entamé un minutieux processus de ré-légitimation. Il a commencé par abandonner sa tenue militaire au profit de costumes civils. Il a fait en sorte de susciter un enthousiasme populaire qui lui demande de faire le sacrifice de sa personne à son devoir suprême égyptien. Les médias contrôlés par l'Etat et les réseaux sociaux ont été largement mis à contribution pour faire vivre cette idée et vendre la candidature de Sissi comme incontournable et indispensable pour que les Egyptiens puissent reprendre leur destin en main.
Dans cette opération, la Sissimania a vu le jour avec l'élaboration d'un véritable culte de la personnalité. L'homme adopte une posture précieuse, celle qu'ont les sauveurs miraculeux  de la nation. Econome dans ses paroles, rare dans ses apparitions. Pas de meetings électoraux avec d'imprévisibles conséquences ou d'incontrôlables humeurs populaires. Juste des apparitions télévisées avec des intervieweurs d'une complaisance digne de la Corée du Nord. Sissi, qui avoue publiquement ne pas avoir de programme politique sauf celui de sauver la patrie en danger,  avait demandé aux Egyptiens de lui faire une confiance aveugle. Avec cette tonalité aux allures de chantage politique: parce que je vous ai sauvé de la poigne obscurantiste des Frères musulmans, vous devez m'être reconnaissants et m'accorder votre confiance.
Cette attitude de séduction a ses propres limites. Une fois installé, Sissi aura deux défis majeurs. Le premier est la pacification de la société égyptienne encore sous le choc du sécateur qui l'a secoué pendant ces trois dernières années, depuis que l'étincelle du printemps arabe l'avait atteinte au cœur du pouvoir. Le second défi est de relancer la machine économique en créant les conditions de sécurité indispensable pour le retour des investisseurs et des touristes. La magie Sissi à l'œuvre aujourd'hui pour faire oublier l'épouvantail islamiste risque vite de retomber demain au contact des dures réalités égyptiennes. Mais cela est une autre séquence.

Effets dominos

L’EFFET Sissi dans le monde arabe est indéniable. Son offensive sur les Frères musulmans a été considérée par beaucoup comme le grand coup d’arrêt qui a bloqué l’irrésistible ascension des islamistes vers le pouvoir. C’est parce que Sissi a osé déposer Mohamed Morsi que les islamistes d’Annahda et de Rached Ghanouchi ont été obligés de céder le pouvoir à d’autres forces politiques plus laïques. L’effet Sissi a joué à plein régime pour alléger la pression sur Bachar El Assad assiégé par les islamistes les radicaux. Sissi a même inspiré un homme comme Khalifa Haftar qui mène aujourd’hui une croisade ouverte contre les groupes islamiques armés dont l’activité militaire paralyse la machine économique. À ces effets de dominos sur la carte des islamistes dans le monde arabe s’ajoute une posture de Sissi qui avait fait couler beaucoup d’encre. C’est celle de l’inclinaison du nouvel homme fort de l’Egypte vers la Russie de Vladimir Poutine après la grande brouille avec l’administration Obama qui avait du mal à bénir son coup de force contre un président démocratiquement élu, fut-il islamiste.

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