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    Economie

    New York Forum Africa
    Le continent veut accélérer sa mue

    Par L'Economiste | Edition N°:4283 Le 26/05/2014 | Partager
    Malgré le dynamisme des économies, les taux de croissance ne sont pas fortement créateurs d’emplois
    L’industrialisation est une nécessité
    Le continent souffre encore de ses clichés

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    Les investisseurs regardent l’Afrique autrement. Mais pas encore au point d’y déverser leurs capitaux. Les clichés ont la vie dure. «L’Afrique offre les meilleurs taux de rentabilité et cela contraste avec la perception d’un continent où les risques se cristallisent, où la rentabilité est très basse et menacée par des problèmes d’environnement des affaires notamment», remarque Lionel Zinsou, président de PAI Partners au New York Forum Africa (NYFA) 2014 qui s’est tenu du 23 au 25 mai à Libreville (au Gabon).  Ce n’est pas non plus l’eldorado, mais les changements y sont rapides depuis quelques années. Les taux de croissance observés actuellement ont de quoi faire des jaloux. Mais l’effort doit être plus important, s’accordent à dire les experts. Plus de 1.700 personnalités publiques, du monde des affaires  et des chefs d’Etat ont participé à cette troisième édition de l’événement.
    La croissance de l’activité économique est encore faible pour permettre au continent de changer de catégorie. En d’autres mots, l’Afrique doit accentuer sa transformation économique mais aussi des mentalités. «Nous devons opérer une décolonisation des mentalités», souligne Ali Bongo Ondimba, président du Gabon. «Rien ne pourra évoluer si l’esprit n’est pas vecteur de ce changement», rajoute son homologue rwandais, Paul Kagame.

    Deux questions à Mustapha Terrab


    - L’Economiste: Le projet au Gabon est votre plus important investissement sur le continent. Avez-vous d’autres programmes de ce type?


    - Mustapha Terrab: Les besoins du continent en engrais vont bien au-delà de ce projet. Cependant, c’est une première dans le sens où deux pays africains décident ensemble de dédier leurs ressources naturelles à une industrie de transformation sur le continent avec un investissement massif de près de 3 milliards de dollars. De plus, l’intégralité des engrais qui seront produits à travers ce partenariat sont destinés au marché africain.

    - Le cours du phosphate remonte depuis le début de l’année. Pensez-vous qu’on est reparti sur un cycle durable?
    - Je n’ai pas de boule de cristal. En revanche, je sais que les matières premières sont essentielles. Sur les dix dernières années, elles ont été portées par la croissance chinoise. Mais aujourd’hui, il est très clair que nous pouvons évoluer vers un nouveau boom des commodités porté par la croissance africaine. Le jour, et nous y sommes très proches, où l’Afrique consommera ses propres ressources naturelles et les transformera, il est évident que les commodités ont un bel  avenir. 

    L’étroitesse des économies africaines est un vrai handicap. Beaucoup de pays sont encore fortement dépendants des ressources naturelles.  L’erreur est de croire qu’on puisse infiniment se reposer sur la manne des ressources du sous-sol. Le Qatar, par exemple, l’a compris.  En l’espace de quelques années, le pays s’est assuré une notoriété internationale grâce à la diversification de son économie dans l’immobilier, l’industrie, mais aussi à travers ses investissements à l’étranger.

    Maroc, 4e destination préférée des jeunes Africains…

    Le jeune Africain veut travailler dans le privé, particulièrement dans le secteur des services aux entreprises. Il trouve l’accès au marché du travail difficile mais reste très optimiste sur l’avenir. C’est en partie ce qui ressort de l’étude panafricaine menée auprès d’un échantillon de 5.000 jeunes. L’on y apprend que le Maroc est le quatrième pays privilégié pour vivre sur le continent  derrière l’Afrique du Sud, le Ghana et le Gabon mais devant le Kenya. Ceci étant, la proportion de jeunes qui désirent vivre à l’étranger est très faible puisqu’elle se limite à 3% des répondants. Plus globalement, l’emploi reste une préoccupation majeure pour les jeunes devant le coût de la vie. Dans le même temps, ils pointent du doigt le manque d’accompagnement de l’Etat pour les porteurs de projets. Les structures destinées au financement des start-up sont quasi inexistantes. C’est le cas notamment au Maroc où les fonds dédiés à l’innovation sont insignifiants. Dans le même temps, le financement bancaire est quasi impossible à activer.

    Le défi pour les pays africains est déjà de parvenir à développer une véritable industrie. Les experts sont unanimes, c’est le maillon manquant. Le Maroc a  réussi à mettre en place les conditions pour attirer  des leaders mondiaux dans l’automobile ou encore l’aéronautique. De nouvelles opportunités se sont présentées aux PME locales,  mais l’idée essentielle est aussi de favoriser  le transfert de technologies.   Il y a aujourd’hui une prise de conscience dans certains pays qui imposent la transformation d’une partie des matières premières localement. L’industrialisation, le développement des infrastructures, l’amélioration de l’accès aux soins devraient assurément ramener des points de croissance supplémentaires. La condition est que ce développement s’opère aussi dans un cadre régional pour soutenir le rythme de croissance. La non-intégration coûte entre 3 et 9 milliards de dollars chaque année aux pays du Maghreb par exemple. Certes, avec beaucoup de difficultés aussi au départ, les pays d’Amérique latine parviennent à mieux s’accorder et peuvent servir de modèle.  Même si, «la meilleure intégration sud-américaine se voit au Barça», ironise Jorge Quiroga, ancien président de la Bolivie.
    Les opportunités sont nombreuses sur le continent, mais elles le sont moins pour les jeunes. Le boom démographique que connaît l’Afrique s’accompagne malheureusement par un niveau important de chômage. Et c’est peut-être là une bombe à retardement. Les économies africaines offrent de façon générale une stabilité au niveau macroéconomique, mais le fort taux de chômage reste un risque important pour les équilibres. L’Afrique devrait créer 70 millions d’emplois sur les dix prochaines années. Or, ce sont pas moins de 170 millions de jeunes qui arriveront sur le marché sur la même période. Le déficit est encore immense. Ce qui inquiète particulièrement les jeunes qui ont eu droit à la parole lors du premier forum des citoyens africains tenu en marge du NYFA. A elle seule, la croissance ne va pas résorber le chômage. L’amélioration du marché du travail est également essentielle. Cela revient aussi à adapter l’éducation, la formation… aux besoins du marché.

    Verbatim

    «Les transferts des migrants africains pèsent  60 milliards de dollars par an. C’est plus important que le volume des aides publiques au développement», Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies.
    «L’Afrique dispose de 1.000 milliards de dollars de capitaux dormants», Carlos  Lopes.
    «L’emprunt de 1,55 milliard de dollars de l’OCP sur les marchés financiers est la plus belle émission d’obligation de toute l’histoire de l’Afrique», Lionel Zinsou, président de PAI Partners.
    «Si nous voulons réduire le nombre de pauvres, l’Afrique doit passer à une croissance de 8 % au moins», Lionel Zinsou.
    «L’Afrique ne tend plus la main, elle sert la main», Richard Attias, fondateur et président du New York Forum Institute.
    «L’Afrique ne peut pas se résoudre au low cost. Elle doit se donner les moyens de ses ambitions», Richard Attias.
    «Nous avons bénéficié de la crise parce que tout est devenu une priorité dans notre pays», Paul Kagame, président du Rwanda.

    Franck FAGNON

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