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    Analyse

    Préscolaire: Encore pire qu’on ne l’imaginait

    Par L'Economiste | Edition N°:4283 Le 26/05/2014 | Partager
    Des disparités partout: campagne vs ville, fille vs garçon
    Les enfants deviennent des rats de laboratoires

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    C’est le grand bazar. La carte préscolaire au Maroc indique plusieurs incohérences. Sur 1,2 million d’enfants préscolarisables, moins de 700.000 le sont, soit 59,7%. Un taux qui stagne depuis 2005-2006.
    Le gouvernement n’a pas la prétention d’arriver à 100%, mais prévoit quand même d’atteindre 75% dans deux ans. Les établissements scolaires sont mal répartis à travers le territoire. Il y a de graves disparités entre le monde rural, la périphérie des villes et les grands pôles urbains, qui accaparent l’essentiel de l’offre. Les écarts sont également constatés entre les filles et les garçons. Les premières étant là encore défavorisées par rapport aux seconds. L’étude que vient de réaliser l’Education nationale en partenariat avec l’Unicef dans 4 régions représentant 40% de la population (1) révèle qu’en 2012-2013, 458.000 enfants étaient exclus du préscolaire. Ce qui remet en cause le principe de l’égalité des chances puisque ces élèves accèdent au primaire dans des conditions moins favorables que leurs camarades qui ont fréquenté une garderie ou une crèche. Le diagnostic est sans appel.

    ■ Un mode de financement aléatoire
    Le préscolaire a toujours été le parent pauvre du système éducatif national. En cause, l’absence d’une vision stratégique, basée sur des principes éducatifs et des «valeurs» claires. Actuellement, l’offre de préscolaire est essentiellement une affaire du privé. Le ministère de l’Education n’intervient que de façon timide en confiant des salles au sein de ses écoles primaires à des acteurs associatifs pour y ouvrir des crèches. A charge pour les familles de verser des frais mensuels de moins de 100 dirhams par mois. Ce qui n’est pas suffisant pour la viabilité de l’établissement. Il est vrai que certaines fondations et autres ONG contribuent financièrement à ces établissements, mais les coupures budgétaires sont courantes. La charte nationale de l’enseignement et de la formation prévoit bien  la possibilité de verser des subventions aux associations qui opèrent dans le préscolaire, de leur accorder le foncier ou même des bâtiments prêts à l’emploi. Mais cette disposition n’a toujours pas été mise en œuvre. La charte communale prévoit elle aussi la possibilité d’accorder une subvention au préscolaire dans le cadre du plan de développement territorial de la commune. Le programme INDH prévoit des mesures de soutien aux projets de création de centres préscolaires, mais le financement est limité au démarrage et ne permet pas d’assurer la viabilité des initiatives.
    La stratégie que le ministère de tutelle compte lancer vise à identifier un modèle économique viable. L’objectif étant de contourner l’irrégularité du financement et donc les fermetures d’établissements préscolaires.

    ■ Pas de RH qualifiées ni de statut d’éducateur
    L’autre boulet qui plombe le préscolaire porte sur l’absence de ressources humaines qualifiées. Pour l’heure, les profils sont très variés, mais rares sont ceux qui ont reçu une formation spécialisée. La seule licence professionnelle dédiée aux métiers de l’éducation préscolaire était proposée par la faculté des sciences de l’éducation en partenariat avec la Fondation marocaine du préscolaire (FMPS). Mais faute de moyens financiers, l’expérience a été arrêtée.
    L’absence de profils spécialisés ne permet pas une éducation préscolaire de qualité car les éducateurs n’ont pas les compétences nécessaires pour mettre en œuvre le contenu des guides pédagogiques et les recommandations des organismes internationaux. Les carences en matière de profil sont accentuées par l’absence d’un statut dédié au préscolaire. D’où la précarité des éducateurs.


    ■ Une offre en régression
    L’étude du MEN et de l’Unicef révèle aussi un dangereux recul de l’offre de préscolaire. La baisse est surtout constatée en milieu rural puisque 4.800 salles sur 18.826 ont été supprimées depuis l’année scolaire 2005-2006 faute d’une demande suffisante. D’où de fortes disparités entre le monde rural et urbain et entre filles et garçons. Les opérateurs privés et les acteurs associatifs sont les seuls à ouvrir des établissements préscolaires.

    ■ Un système dichotomique
    La longue évolution du système éducatif national, depuis le protectorat, explique la cohabitation de deux types de préscolaire: un dit moderne (jardins d’enfants, écoles, classes préscolaires…) et un autre traditionnel (écoles coraniques, koutabs…). Le système traditionnel représente 80,4% de l’offre alors que ledit moderne ne pèse que 19,6%. C’est la raison pour laquelle l’étude du MEN et de l’Unicef recommande de tenir compte de cette réalité dans tout projet de réforme. L’étude recommande la mise à niveau de l’ensemble du secteur de l’éducation préscolaire et l’adoption d’un curriculum unifié et applicable dans l’ensemble des établissements préscolaires.  

    Les chiffres du préscolaire

    • 1,2 million d’enfants préscolarisables
    • 458.000 enfants exclus, soit 40,3%
    • 39,4% : taux de préscolarisation en milieu rural
    • 25,5% de filles préscolarisées en milieu rural.

    ■ Ce que recommandent le MEN et l’Unicef
    Après avoir effectué le diagnostic du préscolaire, le ministère de l’Education et l’Unicef recommandent l’attribution d’une subvention aux établissements préscolaires, conditionnée par la qualité et la pratique de prix à la portée des familles. Le cas échéant, les établissements qui ne sont pas dotés des équipements nécessaires devraient bénéficier d’une subvention publique pour se mettre à niveau et offrir des prestations de qualité. Pour améliorer le taux d’inscription des enfants dans le préscolaire, principalement dans les zones reculées, les investisseurs devraient bénéficier d’incitatifs tels que le foncier ou des bâtiments construits. Le gouvernement est appelé à imposer un contra-programme et un cahier des charges souple avec des normes sur le plan des locaux, le mobilier, les équipements pédagogiques… L’exonération fiscale pourrait encourager les investissements dans le préscolaire.
    Les ressources humaines sont appelées à bénéficier de la formation de base et continue pour pouvoir accompagner la stratégie du gouvernement. L’élaboration d’un statut dédié fait également partie des recommandations.

    __________________________
    Bon nombre d’associations s’activent dans le préscolaire. Le rapport suggère la prise en charge de leur formation initiale et continue par le ministère de l’Education, l’octroi de bourses d’études. 

    (1) L’enquête du ministère de l’Education et de l’Unicef a couvert 4 régions (Grand Casablanca, Souss-Massa-Draâ, Rabat-Salé-Zemmour-Zaër, Meknès-Tafilalet-Errachidia) représentant 40% de la population du Maroc et 46,9% des enfants préscolarisés
    Hassan EL ARIF

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