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    Chronique Militaire

    Les surprenantes dérives stratégiques de l’Alliance atlantique
    Par le colonel Jean-Louis Dufour

    Par L'Economiste | Edition N°:4280 Le 21/05/2014 | Partager

    Vladimir Poutine se comporte ces jours-ci de façon excessive. A force de pousser au séparatisme des régions d’Ukraine

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    où résident de nombreux russophones, le maître du Kremlin imite Hitler, quand celui-ci prétendait intégrer dans le Reich les populations germanophones de Tchécoslovaquie, d’Autriche, d’Alsace…
    Pour autant, le chef de l’Etat russe n’hésite pas à traiter de «nazis» ceux des Ukrainiens qui rêvent d’un pays vraiment indépendant, uni et libre. Le prétexte? A l’été 1941, certains de leurs grands parents accueillirent avec sympathie(1) les troupes allemandes censées les délivrer de la dictature bolchevique. L’accusation est scandaleuse. Elle l’est d’autant plus que l’insulte, reprise par les Ukrainiens russophiles, divise profondément les habitants de ce malheureux pays. Voilà radicalisés propos et propositions, suscitées des haines inexpiables, ruiné d’emblée tout espoir de compromis…
    Toutefois, cela n’empêche pas l’Occident, ses dirigeants, ses alliances, de se fourvoyer. A bien y regarder, Européens et Américains du Nord se sont trompés ou, à tout le moins, ont fait l’impasse sur la définition d’un véritable projet stratégique pour ce qui concerne l’avenir du vieux continent et de sa partie orientale.

    Une accumulation d’erreurs

    Depuis deux décennies, les pays de l’Union européenne, les Etats-Unis et autres membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, se sont laissés abuser par quatre idées, aussi fausses les unes que les autres.
    1.- Les leaders occidentaux, suivis sans barguigner par leurs peuples, ont cru que la Russie, débarrassée de l’idéologie communiste, devenait un pays comme un autre, presque une démocratie. C’en était donc fini, en Europe du moins, des conflits armés interétatiques.
    2.- Comme la mission de l’Alliance atlantique, qui est d’assurer la sécurité collective, devenait sans objet, les Etats membres ont voulu empêcher l’OTAN de sombrer dans une inutilité démobilisatrice. D’où l’admission en son sein de 12 nouveaux membres est-européens(2) et la mise en œuvre de trois engagements militaires extérieurs à la zone de responsabilité de l’OTAN, en Afghanistan, en Irak, en Libye…
    3.- Les leaders occidentaux ont présupposé que la Russie ne verrait pas malice à cette expansion vers l’Est que les Etats de l’Alliance jugeaient bénigne.
    4.- Ces responsables, enfin, espéraient que l’Alliance tirerait profit d’interventions extérieures réussies, dans l’intérêt de la paix et, accessoirement, des Etats-Unis.
    Ces personnalités avaient tout faux! L’Europe, aujourd’hui, est confrontée à une Russie désireuse de modifier, au besoin par la force, ses frontières de l’Ouest dont l’OTAN avait cru pouvoir se rapprocher au risque d’irriter Moscou(3).
    Quant aux actions militaires hors-zone, non seulement elles n’ont pas renforcé l’idée que l’OTAN devenait «globale», mais elles ont coûté cher en vies humaines et en argent. Surtout, peut-être, les résultats se sont avérés inégaux, voire désastreux. Sans doute, les moyens engagés étaient-ils insuffisants ou inadaptés. Aux Européens, il manque toujours des unités disponibles en permanence, des matériels aériens conçus pour la projection de forces et pour l’appui à leur fournir, une grande volonté politique(4). Bien avant l’affaire de Crimée, la crédibilité de l’Alliance était déjà très amoindrie, ce qui n’avait pas échappé à Vladimir Poutine, cet ancien du KGB.
    Les Occidentaux doivent maintenant concevoir une riposte qui soit cohérente, crédible, efficace. Cela implique la remise à jour de la dissuasion dont les Européens ont encore besoin. Ils leur revient de stopper la Russie et de rétablir la prééminence de ce qui fut la plus formidable alliance défensive de l’histoire, tout en évitant l’escalade. Vaste programme!

    Une indispensable révision stratégique 

    L’entreprise passe par une prise de conscience. Oui, même si elle est loin d’être probable, la guerre demeure possible! Une confiance aveugle dans la pérennité d’une Europe libre et sûre n’est pas raisonnable. Loin de se comporter comme un membre policé du club OTAN-UE, la Russie a choisi de recouvrer son influence passée. Son chef, pour y parvenir, jouit chez lui d’une extrême popularité que les sanctions économiques mettront du temps à amoindrir.
    Pour contrer Moscou, seule l’application d’un plan d’action intermédiaire entre des pressions politiques et l’emploi de la force est imaginable. A la fois habile et prudente, la Russie se garde d’envahir l’Ukraine avec des colonnes de chars. Elle multiplie les provocations, pousse ses partisans à proclamer leur soutien, dépêche des unités de forces spéciales, apparemment disciplinées et bien commandées, use de toutes les ressources de la  «cyberguerre» pour désorganiser ses adversaires. A chaque étape du processus qu’il a engagé en Ukraine, Vladimir Poutine se ménage des prétextes à l’annexion des régions convoitées.
    A ce jour, la réplique alliée n’a pas dépassé, outre quelques assurances verbales, l’envoi de modestes détachements de troupes en Pologne et en Roumanie, des patrouilles dans l’espace aérien des pays baltes, divers exercices non prévus initialement au calendrier des activités de l’OTAN.
    Ceci ne suffit pas. Aux états-majors le soin de mettre en branle tout ce qui peut renforcer la sécurité du vieux continent, mesures d’alerte, rappels de réservistes, entraînements multipliés, recherche du renseignement, campagnes

    d’information, sécurité cybernétique, le tout coordonné avec une action diplomatique et politique d’envergure. Là se trouvent les clés d’une dissuasion efficace face à un adversaire prompt à déstabiliser ses opposants.
    L’Alliance atlantique doit créer un consensus sur une stratégie à long terme. La tâche est difficile. Fruit vénéneux de la multiplication des Etats, ceux-ci sont divisés, qu’ils relèvent de l’UE, de l’OTAN ou de la zone euro… De plus, la complexité des relations économiques, énergétiques et commerciales que les Européens entretiennent avec la Russie entravent leur action. Une ébauche de solution réside peut-être dans une moindre dépendance des Etats de l’UE vis-à-vis du gaz russe.
    Une Europe libre, pacifique, solidaire demeure en chantier. Cette tâche majeure ne pourra s’effectuer sans que la sécurité du vieux continent soit garantie. Alors que les Etats-Unis donnent des signes évidents de désengagement, le moment semble venu pour les Européens de prendre leur défense en mains. C’est qu’il ne s’agit plus de compter sur l’Amérique. Celle-ci, pour avoir beaucoup donné, se lasse d’être une «hyperpuisssance», un rôle que son président, ses élus, ses citoyens, ne semblent plus vouloir jouer.

     

    (1) Initialement seulement, car les Ukrainiens déchantèrent rapidement!
    (2) En quelques années, l’OTAN est passée de 16 à 28 membres en incluant d’anciens pays du Pacte de Varsovie, en 1999 la République tchèque, la Hongrie, la Pologne sont devenues membres de l’OTAN ; en 2004, la Bulgarie, les Etats baltes, Estonie, Lettonie, Lituanie, tous trois voisins immédiats, à un titre ou à un autre, de la Russie, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie ont rejoint l’Alliance ; en 2009, l’Albanie et la Croatie ont été intégrées dans l’OTAN ! Comment ne pas voir là une provocation à l’encontre de la Russie ?!   
    (3) La création en 1997, à Bruxelles, d’un organe permanent de concertation Russie-OTAN n’avait nullement réduit le sempiternel souci des Tsars et de leurs successeurs, quant à la sécurité de la mère patrie !
    (4) En juin 2011, déjà, le secrétaire d’Etat américain à la Défense Robert Gates, exprimait ses doutes quant à la participation de l’OTAN aux opérations d’Afghanistan. Il notait des manques inquiétants tant dans le domaine des capacités opérationnelles que dans celui de la volonté politique.

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