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Politique Internationale

Comment la religion impacte la sécurité des Etats au Sahel

Par L'Economiste | Edition N°:4278 Le 19/05/2014 | Partager
Apparition de nouveaux acteurs religieux qui échappent au contrôle de l’Etat
Les raisons du confinement des islamistes au Sénégal
Apparition des émirs, décrétant dans les affaires religieuses, sans disposer d’une formation solide

LES derniers faits d’armes du mouvement Boko Haram au Nigeria ont remis sur la table la question de la religion dans l’espace public, et ses implications en termes de sécurité dans la région du Sahel. Une thématique placée au cœur des travaux de la semaine de recherche de l’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat (EGE). Surtout qu’il s’agit d’une menace qui hante plusieurs pays de la région.
La montée des mouvements religieux, souvent extrémistes et violents, a fait du Sahel un véritable bourbier, où les Etats, généralement fragilisés par des décennies de lutte pour le pouvoir, ont du mal à affirmer leur autorité. Aujourd’hui, les intervenants lors de la conférence organisée par l’EGE ont mis l’accent sur les différentes modalités d’imbrication du religieux et du politique dans différents Etats en Afrique. Car, c’est cette dialectique entre ces deux sphères qui détermine la nature des clivages au sein de la société. D’emblée, Jilali Adnani, professeur d’histoire à l’Université Mohammed V Souissi, a mis l’accent sur les changements qu’ont connus les représentations des faits religieux en Afrique. Il a souligné «qu’historiquement, les autorités coloniales avaient mis en place une sorte de cordon sanitaire, entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, empêchant le contact entre ces deux régions, et freinant ainsi les échanges culturels et religieux». Adnani a aussi mis en avant les changements ayant touché la perception des acteurs religieux, notamment pour «les mouvements islamistes, considérés comme les nouveaux guerriers de la religion». Au sein de ces groupes, «le rapport entre le maître et le disciple, le cheikh et le mourid, a éclaté avec les nouvelles formes de mouvements islamistes, qui se revendiquent d’un rapport direct avec l’au-delà, notamment à travers les opérations kamikazes, synonymes de voie directe au paradis», a-t-il expliqué.
La «fabrication des émirs et des mouftis au sein de ces mouvements nous interpelle également, dans la mesure où ce processus est généralement rapide, permettant à des personnes de détenir le pouvoir de décréter dans les affaires religieuses, qui concernent toute la société», a-t-il ajouté.
En effet, la floraison de fatwa, surtout de la part de personnes dépourvues d’une solide formation religieuse, donne lieu à des affirmations à la limite du ridicule.
Par ailleurs, d’autres intervenants ont mis l’accent sur l’interaction entre religion et politique au sein de l’Etat. C’est le cas notamment au Sénégal où «le champ politique est resté autonome du fait religieux, dans la mesure où il a réussi à créer ses propres clivages», a affirmé Etienne Smith, chargé de mission à Sciences Po Paris. En effet, «si des mouvements islamistes réformistes ont gagné l’adhésion de certaines élites urbaines, en marge des confréries, néanmoins, elles n’ont pas pu disposer d’une influence politique», a-t-il souligné. Même «sous le mandat d’Abdullay Wade, qui était accusé d’une sorte de favoritisme au profit des mourids, l’Etat ne s’est pas laissé forcer la main. Surtout après des craintes de la rupture de la laïcité de l’Etat», a expliqué Etienne Smith. Pour lui, «cette autonomie de l’Etat sénégalais s’explique par la fragmentation du champ religieux et de la rivalité intra-confrérique». Ce qui empêche, selon lui, «la création d’une coalition solide pouvant peser sur le cours de la vie politique».
Parallèlement, il a fait savoir que «les califs généraux des confréries soufis ne se risquent plus à soutenir les candidatures des politiques. Car l’incertitude des résultats risque de leur faire perdre leur crédit auprès des populations», est-il indiqué. C’est dans cette logique que ce chargé de mission à Sciences Po Paris a estimé que «la classe politique malienne n’a pas le même savoir-faire dans le domaine de la gestion du fait religieux». D’ailleurs, la crise qu’a traversée le pays est due notamment à la montée en puissance des mouvements islamistes, face à l’incapacité de l’Etat central d’imposer son autorité, à cause de la fragilité de ses structures.

Ingénierie religieuse

EN se penchant sur le cas de la relation entre la religion et la politique au Mali, Gilles Holder, anthropologue et professeur à EHESS en France, a souligné que «le nouveau président malien est considéré comme un homme providentiel qui va libérer le pays».
Néanmoins, à la fin de la crise, les autorités maliennes semblaient vouloir occulter la question religieuse du champ public, a-t-il dit. D’ailleurs, «les efforts de reconstruction étaient orientés vers l’humanitaire, le rétablissement de la paix, la décentralisation… Ce qui revenait à limiter le rôle de l’Etat à son périmètre régalien», a expliqué Gilles Holder. Or, «cela risque de conduire à un statu quo, qui ne permet pas de corriger les dysfonctionnements qui s’étaient traduits par l’effondrement de l’Etat», a-t-il ajouté. Cet anthropologue a rappelé la montée en puissance des mouvements des imams salafistes dans les années 2000, et leur démonstration de force, notamment à l’occasion de la réforme du code de la famille.
Un épisode qui ne manque pas de rappeler la confrontation entre islamistes et modernistes autour de la refonte de ce code au Maroc. C’est «dans cette logique que l’on peut interpréter la demande malienne de l’ingénierie religieuse marocaine», a estimé Mohamed Tozy, politologue et directeur de l’EGE. Surtout que ces mouvements islamistes, en l’absence de l’encadrement de l’Etat, «se sont érigés en force d’opposition, disposant d’un espace d’expression pour imposer une vision politique, au nom de la religion», a indiqué Holder.

Mohamed Ali MRABI

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