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    Chronique

    L’incroyable bonne fortune de Bachar El Assad
    Par Mustapha Tossa

    Par L'Economiste | Edition N°:4276 Le 15/05/2014 | Partager

    Dans son palais blindé, Bachar El Assad doit se frotter les mains de plaisir et de satisfaction. Sa grande confrontation

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres  destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale

    #avec son opposition, son voisinage région et son bras de fer avec la communauté internationale sont en train de  tourner en sa faveur. Encerclé militairement, étouffé économiquement, mis en quarantaine médiatiquement, son régime devait craquer. Il avait toutes les raisons d'envisager une défaite malgré le parrainage bienveillant des Russes et la complicité active des Iraniens. Et pourtant aucune indication à l'horizon que Damas s'apprête à changer de régime. Une chance pour Bachar El Assad que les observateurs les plus aiguisés peinent à expliquer.
    Il faut relire les analyses confidentielles de certains diplomates français et les déclarations fracassantes d'une grande partie de l'opposition syrienne il y a presque trois ans. Le ton était à l'optimisme total. Selon la vision de l'époque, relayée par une surprenante candeur politique, le régime de Bachar El Assad allait sombrer comme un château de cartes. Et les rebelles syriens allaient s'engouffrer dans Damas comme un fil dans du beurre moisi.
    Trois années plus tard, des morts par centaines de milliers, des réfugiés par millions, des pertes matérielles inestimables, un pays sur les rotules, Bachar El Assad est toujours là, debout à narguer son opposition et ses détracteurs par une élection présidentielle à travers laquelle il veut capter de nouveau une forme de légitimité. Son armée ne cesse de marquer des points sur le plan militaire. L'opposition, qui jadis faisait claquer dans l'air le cliquetis de ses armes, de son héroïsme  et de sa détermination à déloger Bachar Al Assad de son palais, en est réduite à négocier des couloirs d'évacuation comme c'était le cas la semaine dernière du symbolique bastion de la ville de Homs, baptisée «la capitale de la révolution».
    Deux raisons principales expliquent la bonne fortune de Bachar El Assad. La première est incontestablement la décision stratégique américaine de ne pas recourir à l'option militaire pour démanteler son régime comme cela a été le cas pour l'Irakien Saddam Hussein ou le Libyen Mouammar Al Kadhafi. Cette décision a offert  au régime syrien une grande marge de manœuvre pour qu'avec l'aide de Vladimir Poutine, il puisse négocier sa survie.
    La seconde raison a été l'erreur politiquement mortelle commise par deux pays arabes aveuglés par leur haine contre Bachar Al Assad. L'Arabie saoudite et le Qatar ont encouragé et financé des groupes fondamentalistes dont le lien organique avec les réseaux et l'agenda d'Al Qaïda  ont été démontrés. Sans évoquer le fait que le concurrence entre ces deux pays pour imposer «leurs opposants» syriens sur la scène internationale à participer à brouiller le message de l'insurrection syrienne.
    D'une simple dispute autour du pouvoir entre un régime despotique et une opposition aspirant à la démocratie, la crise syrienne s'est transformée au fil des mois en une guerre d'un régime, certes, dictatorial contre des groupes

    Trois années plus tard, des morts par centaines de milliers, des réfugiés par millions, des pertes matérielles inestimables, un pays sur les rotules, le régime de Bachar El Assad est toujours là, debout à narguer son opposition et ses détracteurs par une élection présidentielle à travers laquelle il veut capter de nouveau une forme de légitimité

    fondamentalistes terroristes dont l'objectif avoué est d'installer un état islamique à Damas avec tout le folklore obscurantiste qui va avec.
    Conséquence de cette situation, l'irrésistible attraction que ce combat djihadiste commence à exercer sur les jeunes Européens et Arabes.  Peur panique d'un effet boomerang qui rappelle la sanglante expérience afghane. Réunion en urgence absolue au niveau de l'Europe pour contenir et maîtriser  le flot de ces djihadistes et aveu quelque peu tardif qu'une grande erreur d'appréciation et d'analyse a été commise.
    Cette «nouvelle» inquiétude internationale fut résumée par le chef de la CIA John Brennan: «Nous sommes préoccupés par l'utilisation du territoire syrien par l'organisation Al Qaïda dans le but de recruter des individus et de développer une capacité pour organiser des attaques en Syrie, mais aussi utiliser la Syrie comme une plateforme de départ». Après qu'un autre responsable américain, le nouveau patron du ministère de la Sécurité intérieure Jeh C. Johnson, ne souligne avec emphase l'ampleur de l'angoisse en affirmant que «la Syrie est devenue un problème de sécurité intérieure».
    La marche arrière est-elle enclenchée? C'est tout l'enjeu de la réunion des amis de la Syrie prévue à Londres le 15 mai. En tout cas, à l'ombre de ces données politiques et diplomatiques, jamais Bachar El Assad n'a été aussi près de ses incroyables victoires.

    L’incapacité de la communauté internationale

    L’autre raison qui justifie la bonne fortune de Bachar El Assad et qui est très rarement exposée dans les colonnes de la presse internationale réside dans l’incapacité de la communauté internationale à provoquer de grandes scissions au sein du premier cercle d’El Assad. Il y a eu certes de nombreuses défections au sein de la classe politique comme le Premier ministre Riad Hijab et de l’armée comme les généraux Ali Habib ou Manaf Tlass. À cette époque, le ministre français des Affaires étrangères avait parlé de «défections spectaculaires». Elles ont été exploitées par l’opposition syrienne comme signe annonciateur de la prochaine chute du régime. Mais leurs effets immédiats, leurs traductions politique et militaire sur le terrain n’ont pas été d’une grande signification.
    Cet échec des services occidentaux et arabes est d’autant plus flagrant que dans la culture des changements de régime par force, susciter et encourager des vocations internes au sein des proches du détenteur du pouvoir fait partie des pratiques courantes familières dans le monde arabe, l’Afrique ou l’Amérique latine. Que trois années plus tard, malgré l’isolement du régime, sa solitude internationale, sa faillite économique et sociale, les adversaires de Bachar El Assad n’aient pas trouvé ou pu convaincre une personnalité de l’intérieur pour faire tomber le président syrien en dit long sur la solidité et l’homogénéité du groupe qui détient le pouvoir à Damas.

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