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    Tribune

    Les villes, des catalyseurs du développement des pays émergents
    Par Jean-Michel Huet

    Par L'Economiste | Edition N°:4276 Le 15/05/2014 | Partager

    Après la crise pétrolière, la plupart des pays se sont aperçus que l’innovation était un élément concurrentiel primordial.

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    Pour montrer leur rayonnement en matière d’innovation technologique, ils ont créé des technopoles. Ces structures contribuent à la modernisation des territoires.
    Le phénomène a touché par contagion les pays émergents et la tendance s’accélère depuis la dernière décennie. Plusieurs pays dont le Maroc ont ouvert la voie et ces pionniers ont vu leurs initiatives couronnées de succès: des dizaines d’entreprises innovantes créées, des dizaines de milliers d’emplois créés et l’intégration des TIC dans l’économie du pays a pu être accélérée. Par exemple, la technopole phare de l’Egypte, Smart Villages, créée en 2003, a fait progresser le secteur des TIC de 14,6% depuis sa création, contribuant au maintien de la croissance égyptienne en dépit de la crise mondiale (+ 4,7% en 2009). Smart Villages comptait, en 2011, 35.000 employés sur site et 174 organisations publiques, laboratoires de recherches et entreprises privées des télécommunications, de l’IT, de l’éducation, de l’offshoring ou de la santé.
    Les pays se livrent à une course effrénée au déploiement de ces structures. Ils mettent en place des infrastructures spécifiques aux attributs de leurs pays et cherchent à se démarquer des technopoles concurrentes. Pour leur transformation, les pays émergents ont à leur portée plusieurs leviers. En effet, ils ont la possibilité d’acquérir des technologies «smart» qui permettent de mieux piloter les réseaux (électricité, énergie, eau). Le continent est en outre sur le point d’être desservi par 4 câbles sous-marins, infrastructure numérique qui désenclavera l’Afrique (câble ACE, EASSy, Lyon et IMEWE). Pour les pays émergents, il s’agit de capitaliser sur tous les leviers technologiques et les incarner au travers d’initiatives tels que des pôles de compétitivité, des technopoles ou encore des Smart Cities. En schématisant, il apparaît que les pays développés, après avoir construit des technopoles, ont créé des pôles de compétitivité et vont de plus en plus vers le concept de Smart Cities. Les pays émergents suivent aujourd’hui ce même chemin en brûlant, si l’on peut dire, plus ou moins les étapes. Une nouvelle application du modèle de saut quantique déjà vu dans les télécoms (vers le mobile sans passer par le fixe). Différents modèles sont en effet possibles de la technopole à la Smart City, en passant par des pôles de compétitivité et des variantes existent dans chaque cas. Des modèles historiques, essentiellement liés aux avantages fiscaux, se sont développés; des technopoles qui, même si elle peuvent être moins puissantes en termes de R&D, apportent un vrai plus sur le plan socioéconomique (formation, université, création d’emplois) allant jusqu’à des modèles encore plus matures, avec une plus forte intégration des nouvelles technologies qui se développent avec des dominantes techniques (ex: le digital) ou écologique (écocité) fortes.
    Une technopole se caractérise par un niveau intermédiaire d’innovations technologiques et un impact majeur sur l’emploi, la formation et l’économie du pays. Elle rassemble un écosystème d’acteurs d’horizons différents, dans le but de stimuler l’innovation, avec des centres de formation et de recherche d’une part, des espaces dédiés au développement d’entreprises innovantes (pépinière, incubateur) d’autre part, ainsi que des centres d’affaires. Elle fournit des formations professionnalisantes aux jeunes diplômés pour augmenter leur employabilité. La Smart City est, quant à elle, une infrastructure moderne adressant à la fois les enjeux d’urbanisation, de développement durable, de besoins technologiques et de développement économique. A titre d’illustration, la Smart City de Shanghai est une ville intégrant une utilisation généralisée des nouvelles technologies.
    Après l’étude de plusieurs technopoles, 3 modèles de gouvernance et d’organisation semblent se dégager qui, par

    exemple, est différent selon les pays de l’Afrique du Nord. D’une part, se trouve le modèle marocain, avec un rôle clé joué par des institutions publiques telle la Caisse de dépôt et de gestion (CDG). D’autre part, le modèle tunisien se caractérise par l’implication d’une société privée, aidée par l’Etat, pour développer et gérer la technopole. Enfin, le modèle égyptien fait appel à des opérateurs privés, résidents de la technopole, sont chargés d’aménager leurs locaux.
    Les exemples passés nous enseignent que les technopoles sont de véritables moteurs de croissance pour les pays, si tant est que les décideurs réalisent le bon choix de modèle en fonction du contexte du pays et que la technopole puisse différencier son offre par rapport aux multiples technopoles des pays voisins.
    Les retombées économiques et les externalités positives d’ordre social peuvent être significatives à l’échelle régionale et nationale. Les technopoles permettent de créer des emplois en local à travers l’implantation d’entreprises internationales et la création de nouvelles entreprises. Et par ce biais, elles contribuent à la croissance économique des pays. Enfin, les technopoles constituent des leviers puissants pour le rayonnement international des pays en voie d’émergence. Elles sont de véritables vitrines pour mettre en valeur les progrès actuels des pays en voie d’émergence et des sauts technologiques que certains sont aujourd’hui en train d’effectuer : sur le très haut débit ou encore sur les énergies renouvelables.

    5 facteurs clés de réussite

    Les pays émergents ont encore du chemin à parcourir pour aller vers une «technopolisation» bien maîtrisée. Trop de technopoles tuant la technopole, il ne s’agit pas de construire de tels pôles à tout va mais bien d’utiliser ce moyen de façon efficace dans le but de dynamiser le territoire. A l’aune de toutes les expériences passées de mise en place de technopoles, 5 facteurs clés de succès majeurs peuvent être retenus:
    1- s’assurer de l’implication des acteurs clés
    2- définir une vision commune ancrée dans les objectifs stratégiques du pays
    3- définir le modèle de financement ad hoc
    4- disposer d’un modèle opérationnel performant et d’une gouvernance efficace
    5- rendre l’offre de la technopole attractive vis-à-vis de l’international.

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