×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

    Chronique

    Abderrahmane Lahlou
    Un redimen-
    sionnement à taille humaine de l’éducation

    Par L'Economiste | Edition N°:4275 Le 14/05/2014 | Partager

    Dans les pays émergents, la recherche de meilleures performances pour les systèmes éducatifs en vigueur est le

    p

    leitmotiv de ce début de millénaire. Comme pour tout système, la réussite du système éducatif est le fruit de la performance conjuguée d’au moins trois facteurs: les acteurs du système, la structure du système, et l’évaluation du fonctionnement, comme le suggère le schéma ci-contre.

    Small is the new big

    Dans des chroniques précédentes, nous avions traité de l’acteur qu’est l’enseignant, parlons aujourd’hui de la structure du système et de son organisation. A force de la subir, nous commençons à percevoir la structure actuelle de l’éducation et de la formation dans un pays émergent tel le Maroc comme naturelle, presque impérative. Le cadre institutionnel est encore à dominance étatique, massif, monopolistique et centralisé. Un héritage bien français, mais qui, à la différence de la France, ne s’est pas garanti les ressources financières de dépasser les handicaps ni les moyens humains d’évoluer.
    En 2006, Seth Godin, célèbre auteur en marketing institutionnel, publiait un ouvrage original, où, dit-il, «il ne vous apprend rien que vous ne saviez pas auparavant, mais il vous allume seulement un feu sous le derrière». L’ouvrage s’intitulait «Small is the new big». L’enseignement principal qu’on en déduit est que les petites organisations se distinguent davantage que les grandes en matière de réactivité, de respect des engagements et de loyauté à la vocation. Dans ce monde de micro niches d’aujourd’hui, les consommateurs préfèrent compter sur de petites structures plutôt que des grandes. Il faut alors oublier ce que l’organisation désire, et plutôt se concentrer sur ce que les usagers veulent. C’est ainsi, dit l’auteur, que l’organisation fait preuve d’excellence. Les petites organisations (entreprises pour l’auteur) obtiennent non seulement cela, mais elles sont aussi plus rapides à s’adapter aux désirs de leurs clients en raison de leur champ de concentration plus étroit. Rien n’est plus vrai si on applique ce raisonnement sur de grandes organisations publiques comme les ministères de l’Education, de l’Enseignement et de la Formation.

    Une structure hégémonique et monopolistique

    On retrouve dans nos systèmes trois strates bien identifiables. En premier lieu, des ministères séparés jusqu’à la mouture du gouvernement de fin 2013, et qui sont  en charge de secteurs qu’on a façonnés selon la hiérarchie des emplois et non selon la destination sociale. Ceci fait référence à la distinction opérée entre la formation professionnelle, qui prépare aux métiers manuels et métiers d’application, d’une part, et l’enseignement supérieur qui prépare soit aux métiers de direction et de conception, soit aux professions libérales. Dans certains pays d’Amérique latine par exemple, il n’en est pas ainsi. L’université prépare aux métiers dits professionnels autant qu’aux métiers nobles et intellectuellement qualifiés, pourvu qu’ils forment pour l’entreprise, et pas pour les métiers culturels ou pour les professions libérales. C’est ce que j’entends par classification par destination sociale.
    En deuxième rang, nous avons des services centraux aux effectifs pléthoriques et aux organigrammes tellement hiérarchiques qu’ils n’ont jamais appris à travailler par projet. Cette dernière observation explique certainement comment au Maroc, un certain «plan d’urgence» a subi de sérieux handicaps de mise en œuvre dès sa naissance.
    Enfin, on trouve des services extérieurs des ministères, structurés par région, éclatés par ministère de tutelle et qui, dans une même région, manquent totalement de coordination, au point de se marcher les uns les autres sur les pieds.
    Cette architecture à trois étages baigne dans une logique implacable : l’Etat, qui assure la fonction régalienne de l’éducation et de la formation, assure la quadruple charge:
    - d’investir dans les écoles et universités,
    - de réaliser les prestations,
    - d’évaluer les performances,
    - de réguler le système.
    C’est ainsi que l’action de l’Etat devient hégémonique et que le secteur de l’éducation et formation devient monopolistique. Deux adjectifs antinomiques de la performance, qui est source de qualité, et de la diversité qui est source de richesse. Beaucoup de critiques ont été adressées à l’organisation des systèmes éducatifs dans les pays

    émergents, notamment par la Banque mondiale, autant que par les ONG nationales comme l’Association marocaine pour la qualité en éducation (AMAQUEN) et  internationales telles l’OCDE ou l’Unesco.

    Analyse critique de la structure du système

    Mais les critiques sont aussi internes aux systèmes, parfois produites par des instances officielles, mais non dépendantes des autorités en charge de l’éducation. En Turquie et en Jordanie, des critiques lucides ont été produites par les instances publiques elles-mêmes à la veille de la refonte de l’architecture et de l’organisation des ministères respectifs. Au Maroc, déjà en 2006, le rapport du cinquantenaire de l’indépendance du Maroc, élaboré par un groupe de réflexion mandaté, attirait déjà l’attention sur les failles de la gouvernance de l’Etat, qui présente de sérieux handicaps au développement humain (système d’éducation et formation et système de santé. Le «Rapport sur les perspectives du Maroc à l’horizon 2025: Pour un développement humain élevé» publié en 2005 par l’Observatoire du développement humain statue que «Dans le cas du Maroc, pour lever les obstacles au développement humain inhérents au système de gouvernance, il faudrait redéfinir les rôles de l’Etat, améliorer l’efficacité de l’action publique, promouvoir la bonne gouvernance auprès de tous les acteurs et favoriser le développement participatif.» Dans cette foulée, le «Rapport diagnostic du système d’éducation et formation» paru en 2008 avait été clair et formel sur les constituants du système, tels que le profil des élèves, le profil des familles, les compétences des enseignants, la qualité de l’établissement, mais n’a pas intégré suffisamment la variable institutionnelle. Bien que mentionnée, elle est restée, pour les besoins de l’analyse, en dehors du système comme le montre le schéma suivant, repris du rapport du Programme national d’évaluation des acquis (PNEA 2008).
    Pourtant, le cadre institutionnel, de l’éducation et de la formation, autant que la politique éducative ont un impact déterminant sur la qualité de l’éducation. Depuis la production de ces critiques, la structure du système éducatif national a certes connu une évolution sur le terrain, conséquence de la mise en œuvre progressive des recommandations de la Charte nationale de l’éducation et de la formation. En effet, afin de consacrer la politique de déconcentration administrative dans la gestion des affaires pédagogiques et la mise en place d’une administration de proximité, devenue un choix stratégique pour renforcer les capacités de gestion des institutions régionales appelées à constituer la base de départ pour toute politique globale de développement, on a procédé à la création des Académies

    c

    régionales de l’éducation et la formation (AREF) à partir de 2002 et dont la publication de la loi 07-00 avait constitué une étape importante vers la gestion déconcentrée de l’éducation et de la formation, et son orientation vers une politique de proximité tenant compte des spécificités régionales et locales. Au niveau de la gouvernance, l’arsenal réglementaire a été renforcé petit à petit et la décentralisation accentuée en vue d’une meilleure gestion des ressources et d’une meilleure application de la politique éducative. Au niveau de l’enseignement supérieur, les universités étant les relais régionaux équivalents aux AREF, étaient en voie d’acquérir leur autonomie, en vertu de l’application de la loi 01-00.

    Qui trop embrasse mal étreint

    Ce fut un exercice laborieux. Mais sur le terrain, la concentration des pouvoirs s’est maintenue et les objectifs consistant à «répondre avec efficience aux demandes exprimées par les partenaires sociaux, les parents d’élèves et surtout les besoins des apprenants» n’ont pas été atteints. La raison principale, à mon avis est la persistance de la domination hégémonique d’un Etat aux structures lourdes et sclérosées, aussi bien dans l’enseignement scolaire que dans l’enseignement supérieur. En outre, une grande réforme tarde toujours à venir, celle de la prise en charge des constructions par certaines collectivités locales et de la gestion de l’extra-scolaire par les autres. J’entends par là les régions et les communes. Les ministères ou leurs services extérieurs n’assurent pas uniquement la pédagogie, mais sont aussi bâtisseurs et acheteurs. A contrario, dans la formation professionnelle, le développement de l’OFPPT, organe doté de l’autonomie financière et d’une indépendance de gestion habilement et jalousement entretenue a permis des performances plus concrètes et plus rapides que dans les autres secteurs, confirmant notre théorie de la réactivité et du respect des engagements chez les petites structures.

    Les leviers de la régionalisation et de l’enseignement privé

    Pour pallier l’handicap de la mégastructure et accéder à une meilleure qualité du système éducatif, deux leviers parallèles me semblent prioritaires et fortement productifs. Il s’agit, d’une part, de la régionalisation du dispositif, et d’autre part, de l’enseignement privé, dans son périmètre élargi aux institutions à gestion déléguée et les institutions à gestion privée et à but non lucratif. La régionalisation de la gouvernance de l’éducation est un vaste sujet. Elle permet non seulement d’épouser les objectifs politico-stratégiques nationaux de la régionalisation poussée, mais elle ouvre la voie à tous les dividendes de la rationalisation et du redimensionnement à taille humaine des organes de gestion et de pilotage.
    Quant à l’enseignement privé, le pari est d’octroyer à ce mode d’administration de l’éducation et formation une place rationnellement taillée dans le système, qui soit voulue et encouragée, et non pas arrachée par le secteur, subie par les usagers, sabotée par les autorités de tutelle. Le défi corollaire est de voir le privé assumer loyalement et mériter professionnellement cette place. Alors on vivra une petite révolution dans les réalisations du privé et du public. Mais il faudra d’abord que se produise une révolution dans les mentalités… celles du public et celles du privé.

    • SUIVEZ-NOUS:

    1. CONTACT

      +212 522 95 36 00
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]
      [email protected]

      70, Bd Al Massira Khadra
      Casablanca, Maroc

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc