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    Au Maroc, ce ne sont pas que des «fils de»…

    Par L'Economiste | Edition N°:4269 Le 06/05/2014 | Partager
    La moitié d’entre eux émanent de couches moyennes et pauvres
    Mais la tendance à l’élitisme rattrape le pays

    «Les investissements très forts de familles modestes, souvent illettrées, des pères et des mères, dans l’éducation de leurs nombreux enfants ont permis des trajectoires de réussite», souligne une étude qui s’intéresse aux diplômés maghrébins. Mais certains domaines restent globalement fermés aux femmes, dont «la fabrique à élite».

    QUE ce soit au Maroc ou en Tunisie, faire ses études en France est perçu comme un privilège, un must, un visa pour le marché du travail. Les parents en tirent une satisfaction toute dévouée et une pointe de fierté, et les enfants y voient un avenir plus certain et un eldorado de liberté. Cet ancrage dans les esprits n’est pas fortuit. Il s’agit de l’’héritage historique des ex-colonies «qui ont dû construire ex nihilo un système d’enseignement supérieur».
    Cette conclusion  n’est pas seulement intuitive, elle est étayée par des preuves dans l’étude menée par Eric Gobe, Catherine Marry et Françoise Chamozzi, (CNRS), sur la mobilité internationale et les attaches familiales des diplômés maghrébins de grandes écoles.
    Eric Gobe explique dans un article publié dans la revue Sociologies et qui détaille les conclusions de cette étude, que tout a été finement pensé dès l’indépendance. Les grandes écoles françaises, dont notamment les trois écoles d’ingénierie sur lesquelles l’étude s’est concentrée (Polytechnique, Centrale et Mines), deviennent un haut lieu de production de l’élite marocaine et tunisienne. Le système d’éducation supérieur mis en place dans ces deux pays, quoique différents, font de la France l’usine à cadres de la haute fonction publique et dirigeant du privé.
    Au Maroc, le modèle de formation donne toute sa place au lycée public, mais les écoles françaises, les «Missions», s’érigent graduellement en remplaçantes d’un enseignement secondaire arabisé en déclin.
    Au début des années 1990, le réseau étant initialement prévu pour les enfants d’expatriés, la pression de la demande des Marocains est devenue tellement forte qu’un test d’entrée est imposé aux enfants dès la seconde année de maternelle. Ensuite, les frais de scolarité allant crescendo ont favorisé la montée en puissance d’un enseignement privé, qui peut être lui-même considéré comme un tremplin pour «la Mission».
    Lors de l’étude, plus de la moitié de l’échantillon marocain est passé par un établissement de la Mission, et tous font partie de l’élite culturelle ou économique du Maroc.
    Attention tout de même à ne pas extrapoler ces résultats. Faire son lycée dans un établissement public n’empêche pas l’intégration d’écoles françaises à l’enseignement supérieur. Eric Gobe souligne que «le niveau en mathématiques et en physique soutient la comparaison avec les établissements de la Mission», et peut même les dépasser.
    Pour les classes préparatoires, la seule qui existait au Maroc jusqu’en 1987 était affiliée au lycée Lyautey (Mission casablancaise). Elle a disparu dans le cadre d’un projet de coopération franco-marocain destiné à doter le système marocain de ses propres prépas. Depuis, celles-ci ont bourgeonné dans plusieurs lycées, préparant autant aux écoles françaises que marocaines. Une bourse de coopération est allouée par la France à ceux qui réussissent leur admission à Polytechnique, Centrale, Mines, Ponts et Chaussées et Télécom Paris.
    En Tunisie, le système est différent, mais la finalité est la même. Depuis 1965, les meilleurs élèves étaient dirigés vers les prépas françaises, et des lycées pilotes étaient destinés à accueillir les meilleurs éléments de l’enseignement secondaire public entre 1983 et 2000. Le gouvernement accorde lui-même des bourses aux élèves ayant admis des classes préparatoires, qu’elles soient françaises ou locales, en plus de la bourse de coopération franco-tunisienne s’ils intègrent une des 5 grandes écoles d’ingénierie.
    Même si ce système perpétue la dualité typique du système français entre «grandes» et «petites» écoles, la bonne nouvelle, c’est que les Marocains et les Tunisiens qui accèdent à la filière franco-élitiste ne sont pas forcément le produit d’une «reproduction sociale exclusive». Cet ascenseur social n’est pas complètement grippé au Maroc et en Tunisie, contrairement à la France. Le quart de cette élite est issu de la classe moyenne, et un autre quart des couches défavorisées. Il s’agit globalement de la moitié de l’échantillon qui a fait son lycée dans un établissement public. En France, par contre, près de 80% des polytechniciens et normaliens sont issus de milieux aisés.
    En effet, ces pays avaient besoin de «fabriquer» rapidement une élite après l’indépendance. Mais l’origine sociale des diplômés maghrébins des grandes écoles s’élève de génération en génération. Chez les plus de cinquante ans, seuls 2% ont un père cadre moyen ou supérieur. Mais parmi les moins de 30 ans, cette part atteint les 34,5%. Autre facteur discriminant: la quasi-totalité de ceux qui arrivent à prendre cet «ascenseur» ont vécu leur enfance et leur adolescence dans des centres urbains. Autant de constats qui pourraient orienter les plans d’actions des autorités locales.

    Et les femmes dans tout cela?

    SANS surprise, les femmes sont largement discriminées. Sur la dizaine de femmes présentes dans l’échantillon, dont 6 Tunisiennes et 4 Marocaines, 9 sont issues d’un milieu social aisé, et une seule de la classe moyenne. Quant aux femmes «pauvres», elles ne sont pas représentées, ce qui laisse entendre que cet ascenseur social franco-élitiste ne fonctionne absolument pas auprès de la gent féminine.

    Rime AIT EL HAJ

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