×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Competences & rh

    Superdiplômés mais toujours accros au bled

    Par L'Economiste | Edition N°:4269 Le 06/05/2014 | Partager
    A leur sortie des grandes écoles, les Marocains font le choix du retour au pays
    Fin du mythe du diplômé-cadre «affranchi» de ses origines?

    Les grands projets d’infrastructures ouvrent des portes nouvelles aux grands diplômés marocains et tunisiens, qui trouvent ainsi un appui financier à leurs aspirations familiales. C’est d’autant plus vrai pour les Marocains, et notamment les Ponts et Chaussées, qui rentrent avec leur diplôme en poche (et souvent une expérience professionnelle internationale) dans 80% des cas.

    Source : Annuaires de Polytechnique et Centrale, l’Amicale marocaine des ingénieurs des Ponts et Chaussées 2007, promotions 1970-2002

    Rentrer au pays ou rester encore un peu? Rester un peu ou s’installer définitivement? Chaque étudiant parti faire ses études dans un pays étranger se trouve un jour devant ce choix cornélien. La sociologie a longtemps véhiculé un discours sur «les figures de cadres de la mondialisation, cosmopolites et sans attaches». Pourtant, une étude récente, qui s’est concentrée sur les ressortissants marocains et tunisiens des trois grandes écoles d’ingénieurs françaises (Polytechnique, Centrale et Les Mines) vient bousculer ce cliché.
    L’étude, menée par Eric Gobe, Catherine Marry et Françoise Chamozzi, (CNRS), revient sur le rôle prédominant de la famille dans le choix du pays d’établissement des diplômés marocains et tunisiens. Les trois chercheurs ont mené 90 entretiens, généralement dans les trois pays concernés (Maroc, Tunisie et France), et pour la plupart en face à face. Mais ils se sont focalisés sur 68 entretiens autobiographiques, dont 36 tunisiens et 32 marocains.
    Leurs conclusions remettent en cause le mythe du diplômé affranchi de toute attache familiale. Les diplômés dits «cosmopolites» (ou citoyens du monde), qui jugent que leurs familles sont «pesantes» voire «intrusives», représentent une infime minorité. Et cette minorité est largement constituée d’«héritiers» (au sens de Bourdieu, soit des personnes disposant, via leur ascendance, de compétences culturelles et sociales qui ne sont pas universellement partagées).  L’étude souligne même, sur la base des interviews autobiographiques, que plusieurs diplômés marocains et tunisiens ont refusé d’accepter d’alléchantes offres d’emploi aux Etats-Unis ou d’y faire un MBA, préférant la France ou la Grande-Bretagne. Et pour cause: leurs pays d’origine restent à proximité, des week-ends sont envisageables et une réinsertion professionnelle dans le pays d’origine reste plus aisée.
    Les cadres rencontrés dans le cadre de cette étude se définissent plus comme de binationaux ou biculturels. Une troisième catégorie, les «nationaux», concerne surtout les Marocains, qui sont bien plus enclins à rentrer au pays. Leurs relations avec la France, qu’elles soient personnelles ou professionnelles, deviennent dès lors assez ponctuelles et distendues.
    Les chercheurs ont aussi décidé d’étendre la réflexion à la famille dont est issu le diplômé et à sa famille conjugale. Celle-ci, bien que généralement «négligée par les travaux sur les migrations internationales», s’avère être particulièrement pertinente.
    Dans un article signé par Eric Gobe pour la revue Sociologies, le directeur de recherche au CNRS énonce catégoriquement cette conclusion: «Le mariage des diplômés marocains et tunisiens avec une française ou une étrangère clive fortement cette population» quand il s’agit de rentrer dans leur pays ou pas. Sur les 32 Marocains par exemple, (dont 3 célibataires seulement), 17 sont restés en France.
    Tous sont mariés, et 15 d’entre eux ont une épouse étrangère. Et les deux épouses marocaines restantes ont chacune un parcours «atypique» (l’une est aussi de nationalité française, l’autre a vu toute sa famille émigrer en France), ce qui explique qu’elles fassent l’exception. Parallèlement, les 12 qui sont rentrés au Maroc sont mariés à des marocaines. Et si ces dernières ont toutes suivi des études supérieures, parfois en France (HEC, DESS d’ergonomie au Cnam, DEA biologie à Nancy), plusieurs ont interrompu leur carrière, et deux d’entre elles n’ont «jamais travaillé, par choix personnel».
    L’endogamie est plus prononcée chez les Tunisiens. Sur les 26 qui sont mariés, 21 ont choisi une épouse tunisienne de la même ville, voire du même village. D’ailleurs, cette endogamie géographique est jugée comme «un facilitateur pour un éventuel retour dans la mesure où elle simplifie la réinsertion dans la société d’origine». Parallèlement, et aussi déterminant que puisse être le choix du conjoint, «dans tous les cas observés, les liens avec la famille marocaine ou tunisienne restent étroits».
    La Tunisie n’a donc pas trop à craindre la fuite de ses cerveaux, même si le Maroc réussit à mieux se réapproprier son capital humain. Du moins n’avait-elle pas à le faire avant la révolution ayant mené à la chute de Ben Ali. Il serait d’ailleurs intéressant qu’une nouvelle étude se penche sur l’impact des changements politiques sur «l’élite de la diaspora». 

    Les Algériens et les cinquantenaires écartés

    Les Algériens n’ont pas été pris en compte dans l’étude en raison de leur effectif, 5 à 10 fois inférieur à celui des Marocains et des Tunisiens. La base de l’échantillon comprend 841 diplômés, dont 554 Marocains, choisis des promotions sorties des «trois écoles du pouvoir» entre 1970 et 2002 à partir des annuaires. Ceux-ci «présentent des limites importantes pour retracer les trajectoires géographiques et professionnelles, mais ils donnent quelques grandes tendances de la répartition par pays» notamment.
    En resserrant l’étau sur les profils les plus pertinents, l’échantillon a été réduit à 68 candidats, dont 36 Tunisiens et 32 Marocains. Ils ont accepté de répondre à des entretiens autobiographiques, majoritairement en face à face, sauf pour les rares «Londoniens» qui se sont prêtés au jeu par téléphone.
    Par ailleurs, les trajectoires des diplômés des années 70 et 80 ont délibérément été éludées, car la tendance au retour massif au pays ne s’est arrêtée qu’à la fin de cette période. Jusque-là, les étudiants diplôme en poche rentraient au pays  «pour aller peupler les directions des entreprises d’État et de la haute fonction publique».

    Rime AIT EL HAJ

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc