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    Apprentissage du français: Le projet de Daoudi présenté ce mois-ci

    Par L'Economiste | Edition N°:4269 Le 06/05/2014 | Partager
    Il prévoit des cours intensifs pour les nouveaux bacheliers
    La faculté des sciences de Rabat mènera l’expérience pilote dès septembre
    Le programme sera généralisé progressivement

    Selon l’étude menée par la faculté des sciences de Rabat sur un échantillon de 3.000 bacheliers, seuls 10% ont un niveau B2, c’est-à-dire avancé ou indépendant. En revanche, 70% justifient à peine du niveau élémentaire, donc incapables d’assimiler des cours en français. Le niveau C (expérimenté) est inexistant. Aucun des jeunes sondés n’atteint donc le niveau d’excellence. Selon les responsables de la faculté, même dans les établissements à accès régulé, comme en médecine par exemple, il est très difficile de trouver des étudiants de niveau B2.

    IL est grand le défi que prévoit de relever le ministère de l’Enseignement supérieur. Le département de Lahcen Daoudi ambitionne de remédier aux lacunes des nouveaux inscrits en première année universitaire en matière de langue française. Des jeunes qui ont reçu en moyenne 1.853 heures de cours dans la langue de Molière (voir L’Economiste du 8 avril 2014), du primaire jusqu’au secondaire qualifiant. Une enveloppe horaire énorme qui, finalement, n’a pas servi à grand-chose… Selon une étude menée par la faculté des sciences de Rabat sur un échantillon de 3.000 bacheliers, 70% ont à peine le niveau élémentaire, soit A1 et A2, conformément au Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR). Ce qui signifie que 70% des jeunes qui débarquent à l’université ne sont pas en mesure de parler et d’écrire correctement le français et, par conséquent, ne peuvent comprendre les cours qui leur sont enseignés dans cette langue. Cela se traduit nécessairement par un fort taux de décrochage. A la faculté des sciences de Rabat, par exemple, 25% des étudiants de première année quittent l’établissement avant même d’avoir passé l’examen du premier semestre (S1). Par ailleurs, 30% abandonnent leurs études après avoir passé 2 ou 3 ans à la faculté, sans obtenir aucun diplôme. Le taux de diplomation, lui, est pour le moins décevant, une vraie source de frustration dans le milieu des enseignants chercheurs. Seulement 18 à 20% des étudiants décrochent leur licence dans le délai réglementaire de 3 ans. Au-delà, le taux ne s’améliore que de quelque 5 points par an. «Nous nous retrouvons avec des étudiants dépaysés, démotivés et prêts à abandonner. Or, c’est à la faculté que les élites du pays doivent être formées», regrette Saaïd Amzazi, doyen.
    Afin de remédier à cette situation, le ministère a développé tout un projet destiné à apporter un appui linguistique aux étudiants inscrits en première année. Une commission ad hoc y travaille depuis près d’un an et demi. «La commission s’est penchée à la fois sur les contenus pédagogiques en langues et terminologie en S1 et S2 et sur une plateforme numérique pour un enseignement on line», relève Mohamed Aboussalah, directeur de l’enseignement supérieur et du développement pédagogique. 
    La mouture finale sera présentée lors de la tenue de la Conférence des présidents des universités (CPU) prévue durant ce mois de mai. Une expérience pilote, basée sur les recommandations de la commission, sera lancée à la faculté des sciences de Rabat, qui reçoit environ 3.500 bacheliers chaque année, dès septembre prochain. «Le projet sera mené de manière progressive. Les universités pourront l’intégrer en fonction de leurs moyens», souligne Hicham Bellaoui, conseiller du ministre de l’Enseignement supérieur. La généralisation du dispositif d’appui dépendra naturellement des ressources disponibles, notamment humaines.

    Un frein de taille

    UNE bonne partie des étudiants choisissent l’université par défaut. Sur les 610.000 étudiants de l’enseignement supérieurs, 89% sont inscrits à l’université. Chaque année, les effectifs grimpent de 15 à 20%. Dans de telles conditions, les étudiants ont du mal à prendre la parole et à s’exprimer. Ils n’ont donc pas vraiment l’opportunité de développer leurs compétences en matière de langues et de communication. Avec cette «massification», la généralisation du programme d’appui à la maîtrise du français sera loin d’être évidente.

    «Avant de démarrer l’enseignement des spécialités, nous offrirons aux nouveaux inscrits une immersion linguistique et disciplinaire», explique Amzazi. Un test de positionnement en langue française sera réalisé dès fin juillet. «L’objectif de ce test est uniquement de situer le niveau des étudiants pour pouvoir ensuite former des groupes homogènes. Il ne conditionnera pas l’accès à la faculté», tient à préciser Bellaoui. Quelque 90 heures de cours «intensifs» seront dispensées à la fois par des enseignants de langues et des profs disciplinaires, à partir du 8 septembre, à raison de 30 heures par semaine (6 heurs par jour, dont 2 heures à distance, gérées par le centre de ressources linguistiques de l’université Rabat Agdal). Seuls les étudiants ayant un faible niveau seront concernés.  
    Les matinées seront consacrées à des débats et discussions sur des thématiques en lien avec la spécialité choisie, destinées à développer la compréhension et l’expression orale. Elles seront animées par les profs disciplinaires. Les après-midi, assurées par les enseignants de langues, seront dédiées à l’écrit.
    Au bout de trois semaines, un deuxième test de niveau sera organisé, afin de juger de la capacité des étudiants à suivre des cours en français. En 90 heures, l’établissement se fixe comme objectif de faire avancer les étudiants au moins au niveau B1 ou B2 (utilisateur indépendant).
    Pour l’heure, seules les filières enseignées en français sont concernées par le projet (économie, gestion, droit en français et sciences), mais certains enseignants réclament également un programme d’appui pour les filières arabophones.
    Le ministère de l’Enseignement supérieur compte aussi travailler avec le département de l’Education nationale sur le sujet. Une commission mixte est actuellement en cours de mise en place.

    Université cherche profs de langues

    EN matière d’apprentissage de langues, il est conseillé de travailler avec des effectifs réduits. Le projet du ministère prévoit des classes de 50 étudiants pour les séances matinales, et de 25 durant celles de l’après-midi. Ce qui suppose la mobilisation d’un nombre considérable d’enseignants. La faculté des sciences de Rabat, qui mènera l’expérience pilote en septembre, dispose actuellement de 35 profs de langues (10 titulaires et 25 vacataires). Or, 120 sont nécessaires (en plus de 80 profs disciplinaires). L’établissement recrute en ce moment des vacataires, mais il peine à trouver les profils adéquats. Il a également signé une convention avec l’Institut français de Rabat afin de profiter de ses ressources humaines, mais cela est loin de combler le déficit. «Si nous, à Rabat, nous avons du mal à recruter des profs de français, j’imagine la difficulté que rencontreront les facultés dans les autres régions», confie Saaïd Amzazi.          
    Les options ne sont pas très nombreuses. «Il est possible de recourir aux profs du primaire et du secondaire, mais il faudra adopter une nouvelle méthodologie d’apprentissage», pense, quant à lui, Mohamed Aboussalah.

    Ahlam NAZIH

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