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Les Cahiers de l'Émergence

Stratégie agricole: L’amont performe, l’aval traîne

Par L'Economiste | Edition N°:4262 Le 24/04/2014 | Partager
Le vrac prédomine toujours dans la filière oléicole
50.000 tonnes d’agrumes importées sous forme de concentré et de jus

Produits du terroir et agriculture familiale. Deux thèmes retenus cette année par la grand-messe du monde agricole. Le premier est mis en avant par le Salon international de l’agriculture (SIAM) qui a ouvert aujourd’hui ses portes à Meknès alors que  le second est au centre de la 7e édition des Assises de l’agriculture. L’originalité tient en un seul objectif: l’émergence de l’agriculture solidaire. Une activité qui concentre 80% des exploitants, disposant de moins de 5 ha par famille. C’est tout le challenge dont la réussite repose avant tout sur la création de valeur ajoutée par et au profit de cette catégorie de population. C’est ce qui est le cas pour certaines filières, mais le gros souffre encore de la sous-valorisation et de circuits de distribution toujours dominés par des intermédiaires. Deux maillons faibles de la chaîne de valeur agricole. Autant des avancées ont été franchies par l’amont, autant les chantiers de réforme des abattoirs, des marchés de bestiaux et des fruits et légumes accusent du retard.  Pourtant, ces réformes devaient être amorcées l’année passée pour être menées à bon port fin 2015. Mais vu l’implication de plusieurs départements ministériels concernés, leur mise en place fait toujours l’objet d’une concertation qui peine à aboutir. A ces freins s’ajoute également un déficit de compétitivité qui a gagné quelques filières phares comme le secteur sucrier, l’oléiculture ou encore les agrumes et primeurs. Une situation qu’expliquent les opérateurs par la hausse des coûts de production, mais aussi par l’impact des grèves, parfois sauvages. D’où le cri d’alarme lancé par le chef de file des agriculteurs, Ahmed Ouayach, «de réviser d’urgence le code du travail jugé inadapté à l’activité agricole». A ses yeux, il est temps d’inaugurer un dialogue, sous la houlette de la tutelle, avec les divers partenaires. A défaut, c’est l’élan d’investissement qui risque d’être estompé, notamment dans la région du Souss qui assure les deux tiers de l’export des fruits et légumes et autant au titre de l’approvisionnement du marché local.

La stratégie agricole a pratiquement atteint sa vitesse de croisière. D’énormes investissements ont été réalisés depuis son lancement en 2009. Et le secteur ne cesse d’attirer de nouveaux opérateurs à forte capacité de management. Avec à la clé des projets intégrés.
Mais beaucoup de réglages restent à faire pour initier les synergies nécessaires entre l’amont et l’aval, en termes notamment de valorisation et d’assainissement des circuits de distribution. L’exemple de quelques filières phares est édifiant à cet égard.

Céréaliculture: Nouveau schéma à l’étude

Difficile la réforme de la filière céréalière. Certes, des avancées ont été enregistrées à divers niveaux de l’utilisation des intrants, mais cela n’a pas impacté de manière significative les rendements et la qualité de la production. En particulier celle du blé tendre largement utilisé dans la boulangerie.
Du coup, la facture à l’import reste toujours orientée à la hausse. Même avec une récolte record de 97 millions de quintaux en 2012-2013, les achats des céréales ont porté sur 42 millions de quintaux. Cette année aussi, la facture a crevé tous les plafonds. Rien que sur le premier trimestre, elle a explosé de 48% à plus de 6 milliards de DH.  Un montant qui s’explique par les besoins des minoteries à couper la céréale locale avec celle d’importation. Pourtant, la dernière récolte dépasse l’objectif fixé à l’horizon 2020: 70 millions de quintaux. Or, à cette échéance, les superficies réservées aux céréales devraient baisser à 4,2 millions  d’hectares contre 52 millions en 2009.
Cinq ans après le lancement du plan Maroc Vert, la même surface reste dédiée à la céréaliculture avec pratiquement les mêmes rendements. «Un statu quo qui trouve ses origines dans la sensibilité qu’exerce la filière au double plan politique et social, mais aussi dans le déficit de synergie entre les acteurs qui la composent», explique un membre de Comader (Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural). Conflit d’intérêts ou manque de coordination dans une même interprofession? Ce qui est sûr, c’est que le concept d’agrégation tarde à prendre pied dans l’amont céréalier en raison notamment du retard pris dans la promulgation des textes d’application. Un retard qui pénalise cette filière trop dépendante de l’aléa climatique. Car, malgré l’absence de ces textes d’application, le concept a bien fonctionné dans les filières d’élevage, des cultures industrielles et de l’arboriculture fruitière (olivier en particulier). Maintenant, même le schéma arrêté initialement pour la réforme de la filière céréalière est remis en cause. Celle-ci fera l’objet d’une étude qui sera lancée cette année par le ministère de l’Agriculture. Cependant, il est prévu de lancer dès cette année 15 projets dans le cadre du pilier I moyennant un investissement de 740 millions de DH au profit de 8.800 agriculteurs. Pour le pilier II, il est également programmé de mettre en place 7 projets bénéficiant à 6.380 petits producteurs.

 

Viandes: Hausse du volume, maintien des prix

Rouges ou blanches, les viandes restent le parent pauvre de la salubrité. A peine la moitié de l’abattage des ovins et bovins passe par des abattoirs. Mais encore faut-il préciser que ces unités sont insalubres pour la majorité. Et moins de 10% du poulet de chair est soumis au contrôle sanitaire au niveau des ateliers modernes. Tout le reste est traité par «les Riacha» de quartier où les règles les plus élémentaires d’hygiène font défaut. A l’opposé, la viande des dindes et dindons est contrôlée à raison de 90%. Pourtant, l’élevage avicole a réalisé d’importantes avancées en termes de conduite et de traçabilité. A tel point que tous les paramètres d’installation des fermes, d’alimentation et de soins des volailles sont aux standards internationaux, avec à la clé des expériences réussies à l’export des poussins et des œufs. Au niveau local, la filière qui a consommé deux contrats-programmes arrive à couvrir la totalité des besoins de la consommation. A des prix très compétitifs par rapport au niveau du pouvoir d’achat du citoyen marocain. Une performance qui n’a pas encore été atteinte par l’activité des viandes rouges. Même si la production a frôlé le niveau de 490.000 tonnes en 2013, soit un peu moins de 12% de l’objectif fixé à l’échéance 2020, les prix sont restés inchangés. Ils représentent en moyenne l’équivalent d’une journée de travail pour un smicard. Pourtant, la filière des viandes rouges a bénéficié d’aides estimées à 260 millions de DH sur la période 2009-2013. L’application du taux réduit du droit d’importation aux jeunes veaux destinés à l’engraissement a été aussi reconduite pour la troisième année consécutive. Ce qui a donné lieu au lancement de plusieurs projets intégrés.  Sauf que l’impact sur les prix n’est pas encore visible. Actuellement, 51 projets d’un investissement de plus de 1,1 milliard de DH sont en cours de réalisation dans le cadre du pilier II de la stratégie agricole. Des projets qui doivent profiter à 67.000 éleveurs. Le pilier I n’est pas en reste. Il totalise 7 grands projets pour la plupart intégrés. La filière s’est également dotée d’un salon pour encourager la consommation de viandes de qualité. Mais tous ces efforts restent tributaires de la réforme du système d’abattage et des marchés aux bestiaux.

 

La filière laitière en pole position

Parallèlement, le secteur laitier se démarque de l’anarchie qui distingue la transformation. Bien qu’en baisse de 8% en 2013 en comparaison avec l’année d’avant, la production laitière s’est établie à 2,3 milliards de litres. Une activité qui a bénéficié d’une aide de 190 millions de DH sur la période 2009-2012. L’enveloppe a ciblé l’importation de 47.000 génisses laitières. Sur la même période, les projets lancés dans le cadre du pilier I totalisent un investissement de 12,3 milliards de DH et concernent 155.400 agrégés. Le pilier II a également enregistré le lancement de 22 projets sur la période 2010-2013 moyennant un investissement de 364 millions de DH.
Par ailleurs, la filière laitière a connu une forte diversification des produits dérivés, avec à la clé des préparations aux différents arômes de jus et mélanges de fruits. Sans oublier les fromages. Le tout peut être mis à l’actif d’agrégateurs à forte capacité de management. La même tendance est embryonnaire dans la filière des dromadaires. Du moins pour ce qui est du traitement du lait. Cette filière qui a signé son contrat-programme en 2011 assure actuellement une production laitière de l’ordre de 6 milliards de litres/an. Un niveau sensiblement identique à l’année de référence. Mais le produit est très prisé pour sa qualité nutritive. D’où l’intérêt des industriels qui rivalisent désormais en termes de packaging et produits dérivés.

 

Agrumes: Concurrence maroco-marocaine!

Pour ce secteur, autrefois fer de lance des cultures d’exportation, la perte de vitesse à l’export s’accentue d’année en année. A tel point que l’actuelle campagne pourrait déboucher sur des résultats négatifs, notamment pour la clémentine, redoutent de nombreux opérateurs. Et pour cause! Un forcing des sorties avec des fruits de qualité moyenne à faible. Un comportement que les producteurs imputent à l’absence de coordination entre les groupes exportateurs. Pourtant, l’amont a fait preuve de progrès notables. Grâce au soutien de l’Etat, les plantations ont augmenté de 40% et l’irrigation localisée s’est renforcée de 80%. Ce qui a porté la production à 2,2 millions de tonnes au titre de l’actuelle saison. Mais la commercialisation, aussi bien à l’intérieur qu’à l’export, n’a pas suivi cet élan. Actuellement, la part exportable représente moins du quart de la production contre deux tiers, il y a une décennie. De plus, l’export est concentré sur la Russie à hauteur de 65%.  Pour inverser la donne, la profession préfère que le système des incitations soit orienté vers la valorisation et les plateformes logistiques de groupage et de distribution. D’autant que plus des tiers de la production sont absorbés par le marché local et dont le gros des recettes est prélevé par l’armada d’intermédiaires qui s’y activent. A telle enseigne que même les usines de transformation ne peuvent plus s’approvisionner. Du coup, environ 50.000 tonnes d’agrumes sont annuellement importées sous forme de jus. «Une aberration», dénonce un industriel. L’analyse est partagée par le ministère de l’Agriculture. Du moins pour ce qui est des actions à mener au niveau de l’export. Une étude visant la création de plateformes logistiques de distribution à l’étranger sera lancée cette année. Il en est de même d’un projet d’ouverture en Russie d’une antenne de l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (Eacce). Quant à la réorganisation du marché intérieur, la tutelle promet «des changements majeurs pour 2015».

 

Chère l’huile d’olive 

Les nouvelles plantations d’olivier ont porté sur 250.000 ha sur la période 2009-2013. L’année dernière, le cumul des superficies irriguées par goutte-à-goutte s’élève à 30.000 ha. Et la récolte attendue en 2013-2014 devrait atteindre un  record de 1,6 million de tonnes. La dynamique d’amélioration de la production et de transformation devrait se poursuivre avec l’ampleur des projets programmés ou en cours de réalisation. Une vingtaine de projets intégrés moyennant un investissement de 2,9 milliards de DH est inscrite dans le pilier I alors que le pilier solidaire est concerné par 145 projets totalisant 3,8 milliards de DH. Des performances qui ne sont, toutefois, pas relayées par l’export. Mis à part les olives de table qui maintiennent le cap, les exportations d’huile d’olive peinent à se développer. En 2013, les ventes à l’extérieur ont porté sur 10.000 tonnes contre un objectif de 45.000. Une situation en retrait de moitié par rapport à l’année de référence du plan Maroc Vert. Déficit de moyens de stockage à l’extérieur et pratique de prix élevés expliquent ce recul. Bien que le produit bénéficie d’une subvention de 2 DH/kg, il peine à se positionner, notamment sur le marché de l’UE dominé par l’Espagne, l’Italie, la Grèce et la Tunisie. Les opérateurs de ce dernier pays bénéficient d’une aide de 7 DH/kg à l’exportation alors que ceux de l’Union reçoivent 1euro/kg. Sur le marché intérieur, il était question d’introduire un texte réglementaire interdisant la vente en vrac mais la décision a été reléguée aux calendes grègues.


A. G.

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