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Chronique Militaire

Vladimir Poutine voudrait avoir l’Egypte pour partenaire stratégique
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:4261 Le 23/04/2014 | Partager

La question d’Ukraine n’est pas la seule dont traite Vladimir Poutine. Le président russe a fait sien le vieux rêve des

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

tsars qui est d’atteindre les mers chaudes. Il ne s’agit pas tant d’y naviguer et de s’y ménager d’accueillantes escales mais bien de nouer d’étroites relations avec certains pays riverains. Il n’a pas échappé au Kremlin que l’Egypte, après l’Iran, vient d’émerger comme un possible allié pour réduire l’influence des Etats-Unis au Moyen-Orient. Une délégation russe a séjourné au Caire du 23 au 26 mars; elle y a rencontré les plus hautes autorités, dont le futur président. Les conversations ont porté sur un projet d’accord de libre-échange entre l’Egypte et l’Union douanière créée par Moscou qui comprend aussi le Kazakhstan et la Biélorussie.
A cet accord, s’il est conclu, l’Egypte, dont les difficultés économiques sont colossales, pourrait trouver avantage. Ce qui permettrait à la Russie d’apparaître comme un ami, désireux d’aider.  Si Le Caire ne voit sans doute pas d’inconvénient à effectuer un bout de chemin avec Moscou, ses relations avec les Etats-Unis ne sont pas de celles dont on se passe aisément. Toutefois, cet intérêt de Poutine, déjà manifeste sous Khrouchtchev, peut donner envie à la diplomatie égyptienne de jouer un Grand contre l’autre, afin d’en tirer profit.
L’ambition de Moscou est double. Nouer des liens avec des pays clés n’aidera pas seulement la Russie à recouvrer son statut de puissance globale mais aussi à grignoter les positions des Etats-Unis. L’Iran a longtemps servi cette politique. Cependant, depuis que les rapports Téhéran-Washington connaissent une relative détente, Moscou est en quête de nouveaux partenaires. L’activisme russe en Syrie est aussi notoire qu’ancien(1) mais n’est pas forcément très productif. La Russie souhaite aussi investir en Irak et y accroître ses exportations. L’Egypte est un autre dossier, sans doute plus important, même si sa situation est critique. Au moment où ce pays s’acharne à trouver des solutions aux problèmes qui l’accablent, financiers, énergétiques, alimentaires, il peut aider Moscou à effectuer un retour signalé dans ce phare du monde arabe.
En Egypte, la crise politique a durement frappé le tourisme et réduit drastiquement les investissements étrangers. Dans le même temps, les exportations de gaz baissent, compte tenu d’une consommation domestique accrue. La production intérieure de l’Egypte diminue dangereusement au fur et à mesure que la demande locale se contracte.

Des atouts russes diversifiés

L’Etat russe, grand exportateur de blé, spécialiste en matière d’exploitation du gaz naturel, actif marchand de canons, apparaît tout désigné pour soutenir financièrement, aux côtés de l’Arabie saoudite, du Koweït, des Emirats, une Egypte fâcheusement démunie de réserves monétaires. 
Moscou peut gagner en influence en livrant du blé à prix réduit à l’Egypte, laquelle en a souvent importé de Russie et dont elle a été, de 2009 à 2012, le premier client. L’exercice 2013-2014 ne dément pas la tendance; 20% des ventes de blé russe vont au pays des pyramides. Certes, aucune réduction de prix n’a encore été annoncée. La décision pourrait néanmoins intervenir très vite, surtout si le Kremlin espère en tirer un avantage stratégique. Comme sa devancière soviétique, la Russie mêle facilement commerce et politique. Son gaz constitue un puissant outil de pression vis-à-vis de pays européens, très dépendants en ce domaine, comme le sont par exemple l’Allemagne et, encore plus, l’Ukraine. Moscou vend aussi des armes, cédées parfois à prix cassés pour améliorer ses positions.
Vladimir Poutine n’est pas sans moyens pour dynamiser sa politique étrangère. L’Egypte veut accroître ses achats de gaz naturel liquéfié, mais elle peine à trouver des fournisseurs qui craignent de n’être pas payés. Sans doute Moscou est-il prêt à courir le risque et à couvrir ses exportateurs. Tout régime autoritaire et centralisé comme la Russie peut aussi contraindre ses commerciaux à moduler leur prix de vente en fonction des intérêts supérieurs supposés de l’Etat. Moscou se propose aussi d’aider à la modernisation des installations gazières de l’Egypte et de faire en sorte que sa production nationale soit plus consacrée à la consommation locale qu’à des exportations plus rémunératrices. Encore un moyen pour s’attirer les bonnes grâces des généraux égyptiens!

La question des armes

Le coup d’Etat à l’encontre du président Morsi a nui aux relations du Caire avec Washington. L’Egypte est donc également en quête de partenaires. En février, le maréchal  Abdelfattah al-Sissi s’est rendu à Moscou pour demander de l’aide. Les interlocuteurs seraient convenus d’un prêt de 2 milliards de dollars pour que l’Egypte puisse acquérir divers matériels, Mig29, missiles anti-aériens, hélicoptères MI-35, batteries côtières antinavires, armes légères et munitions, ces dernières pouvant servir à contrer la menace djihadiste.
Toutefois, l’Egypte dépend largement des Etats-Unis pour l’équipement de ses forces et l’entretien des matériels et armes dont elles sont dotées. Pour amener l’Egypte à changer de partenaire militaire,  Moscou devra soupeser sérieusement le rapport coût financier/bénéfice politique d’une opération d’aussi vaste envergure.
Enfin, les Russes ont proposé d’aménager en Egypte une zone industrielle consacrée aux matériels agricoles et à des silos à grain fort utiles aux deux futurs partenaires. Une mission d’assistance technique pourrait aider l’Egypte à renforcer son secteur industriel (acier, aluminium, centrales électriques) et à remettre en état diverses infrastructures aménagées naguère par l’URSS. A charge, là encore, pour Poutine de convaincre les investisseurs russes de se  lancer dans l’aventure.
Il est probable que des accords de libre-échange seront conclus entre les deux pays, avec à la clé, de moindres tarifs

Le général Sissi et Vladimir Poutine à Moscou en février 2014. Les deux pays discutent actuellement d’un projet d’accord de libre-échange entre l’Egypte et l’Union douanière créée par Moscou qui comprend aussi le Kazakhstan et la Biélorussie. Nouer des liens avec des pays clés n’aidera pas seulement la Russie à recouvrer son statut de puissance globale mais aussi à grignoter les positions des Etats-Unis

douaniers, quand il ne seront pas réduits à zéro. Pour l’heure, l’instabilité actuelle de l’Egypte joue en faveur de Moscou, où l’on ne craint pas d’ordinaire d’intervenir dans des pays aussi agités et corrompus que le sont la Syrie, la Libye, le Venezuela...
Les projets russes en Egypte sont conséquents. Pour les mener à bien, il faudra à Moscou exciper des années durant une très forte volonté politique. Il n’est d’ailleurs nullement certain que les généraux égyptiens, formés aux Etats-Unis soient tous d’accord pour changer aussi brusquement de protecteur. Washington conserve en Egypte une influence et des réseaux dont il serait surprenant qu’il n’en joue pas. Une grande alliance Egypte-Russie est possible; elle n’est pas encore sur les rails!o

  (1) Dans les années 1970-1980, l’URSS a maintenu une importante mission de coopération technique qui a compté jusqu’à 10 000 personnels, qui n’étaient pas seulement des militaires.

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