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Chronique

Faire de la formation professionnalisante un choix de vocation
Par Abderrahmane Lahlou

Par L'Economiste | Edition N°:4261 Le 23/04/2014 | Partager

AUPRÈS des familles marocaines, faire des études de formation professionnelle n’a pas bonne presse. Dans les classes

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aisées, l’obnubilation par la carrière professionnelle détourne résolument de ce choix. Dans les classes moyennes et à faible revenu, alors que l’on désespère d’une place dans l’ascenseur social, les filières professionnelles restent un choix de résignation, qui porte un nom: "attakwin" et qui conduit au plus à un emploi. Il semble que la communauté des jeunes et des parents d’élèves, en mal d’orientation, croient qu’en dehors des formations universitaires au sens large, il n’y a point de réussite sociale. Un paradigme s’est installé alors que le Maroc se modernisait à la veille de l’indépendance, selon lequel les postes les plus valorisants et les plus sécurisants étaient ceux de la fonction publique, suivis des métiers nouveaux d’ingénieur, de médecin ou d’architecte, puis, au ras du sol, les métiers d’exécution, associés aux travaux manuels, aux bas salaires et surtout au salariat en usine. Le Maroc a vécu une trop longue période où les quelques formations de maintenance et de fabrication, dans les lycées techniques, puis dans les instituts de formation professionnelle, n’étaient pas du tout un conduit naturel à l’auto-emploi. L’émergence des activités de plomberie, d’électricité, de bâtiment, de mécanique automobile ou de transport routier a été due à l’apprentissage sur le tas. L’émancipation du salariat de misère vers l’entreprise individuelle dépendait plus de l’esprit d’entrepreneurship que de la maîtrise professionnelle du savoir-faire. L’équation devenait dès lors difficile. La formation professionnelle prépare au salariat. Le salariat dans les métiers professionnels est sous-rémunérateur. Les lauréats de la formation professionnelle sont trop jeunes et immatures pour lancer leurs propres activités, davantage rémunératrices. La réglementation n’exigeant pas de diplôme pour l’installation dans les métiers professionnels, ceux-ci restent dominés par des artisans sans background culturel ni respect de la qualité. L’image que renvoient les métiers d’installateur téléphonique, de plombier et d’électricien ou encore de mécanicien industriel n’encourage pas aux choix de filières de formation professionnelle.
Fort heureusement, ce statu quo a été un peu bousculé par l’apparition de nouveaux métiers avec l’avènement de l’an 2000, tels que ceux de la télécommunication, des TIC, de l’offshoring ou de l’aéronautique,  et par la régénération d’autres métiers tels ceux de l’hôtellerie, du modélisme ou de l’audiovisuel. Dans cette niche, l’OFPPT s’est installé promptement, et a pu réaliser un essor quantitatif remarquable, laissant loin derrière les départements formateurs relevant de quelques ministères, tels le Tourisme, l’Agriculture, la Pêche ou l’Equipement. Il affiche aujourd’hui à lui seul le chiffre de 90% de l’offre publique en formation professionnelle, et emploie 8.400 personnes, dont 6.000 formateurs. L’affluence moyenne des établissements est passée à 2,5 demandes pour une place avec des pointes de 7, voire 20 pour certaines filières à succès, marquant ainsi une position de véritable débouché pour les bacheliers d’une part et pour les déperditions du système scolaire d’autre part.
Depuis sa création en 1974, cet organisme s’est voulu l’instrument de l’Etat pour compléter l’offre de formation nationale aux côtés des universités, auxquelles avait été confiée la mission de former les cadres pour l’administration publique. En 2012, l’Office a réussi une croissance à 330 établissements avec plus de 310.00 places de formation, couvrant tout le territoire et offrant plus de 270 filières, dont une centaine en formation qualifiante. A la faveur de sa progression, sa mission a été revisitée pour cibler trois axes bien ambitieux que sont:
1) l’amélioration des compétences des jeunes pour leur meilleure insertion, en réponse aux besoins de l’économie, 2) la formation en cours d’emploi en appui au développement de la compétitivité des entreprises, 3) le développement de l’employabilité des jeunes, par la formation qualifiante et l’aide à la création d’entreprises.
A l’aune de sa croissance spectaculaire et du soutien manifeste de l’Etat, l’OFPPT a acquis une autonomie qui l’a émancipé de la supervision réelle de l’Administration, laquelle s’est cantonnée depuis plus d’une décennie à une tutelle administrative et non politique. En parallèle, le reste du dispositif public de formation professionnelle, pris en charge directement par les ministères concernés, sous le pilotage du département de la Formation professionnelle, connaît de réelles difficultés. Ces difficultés sont de l’ordre de la gestion des ressources humaines, directement intégrées à la fonction publique, de l’ordre du management pédagogique des établissements, mais aussi de la bureaucratie administrative relative aux accréditations et à l’inefficacité du contrôle pédagogique.
Il n’est pas incongru que des ministères en charge de portefeuilles techniques ou industriels intègrent un dispositif de formation initiale en leur sein, à l’image des académies et universités d’entreprise qui foisonnent dans le monde. Mais deux conditions me semblent nécessaires à la réussite d’un tel choix: l’élaboration d’une vision et d’une stratégie intégrée au secteur en question et la dédicace de moyens humains et techniques appropriés. Au-delà, un partenariat

académique avec une institution d’éducation et de formation est un atout indéniable. Sur le terrain ces idées n’ont malheureusement pas trouvé leur chemin. Pire que cela, dans certains secteurs, une concurrence contre-productive pour le système dans son ensemble s’est installée entre les établissements dépendant des ministères sous supervision du département de la Formation professionnelle et les établissements de l’OFPPT, dotés d’une autonomie de gestion compétitive et de moyens pérennes, grâce à la manne financière de la taxe de formation professionnelle. Une autre compétition dévastatrice a été constatée au niveau du secteur privé, qui a perdu depuis 10 ans près de la moitié de ses effectifs, malgré l’accréditation. Cependant, et depuis 2008, les observateurs restent en attente du contrat-programme global avec l’Etat, qui devrait valoriser une vision globale de l’action de l’Office, et inclure la mise à profit des Plans économiques nationaux sectoriels, la concertation régionale avec les instances étatiques comme les CRI, l’Anapec,  la wilaya, la prise en compte structurelle des stratégies des Associations professionnelles et de la CGEM, appelée à aller au-delà de la participation aux conseils d’administration, la mise sur pied d’une politique forte et cohérente de partenariat entre les établissements de formation et les entreprises du bassin industriel concerné, et enfin la coordination et complémentarité avec les départements ministériels formateurs.
Il est surprenant, avec un recul de 15 années, de constater que la Charte nationale d’éducation et de formation n’avait pas aménagé à la formation professionnelle une place de secteur à part entière. Celle-ci est mentionnée dans la configuration d’ensemble comme une variante ou une branche du parcours d’éducation de l’élève, comme le dit l’article 60: "La nouvelle organisation pédagogique comporte un enseignement préscolaire, un enseignement primaire, un enseignement collégial, un enseignement secondaire et un enseignement supérieur". Plus loin, on retrouve plus de détail: "L'enseignement secondaire comprend le général, le technique et le professionnel". L’article 77 précise: "L’Enseignement supérieur inclut… les institutions de formation de techniciens spécialisés". Dans cette énumération pusillanime, une partie non négligeable du système de formation professionnelle actuel a été zappée. Il s’agit du niveau de technicien, qui ne peut pas être dans le supérieur parce qu’il n’exige pas de baccalauréat et qui n’est pas secondaire non plus puisqu’il forme des stagiaires dits "de niveau bac" ayant achevé le secondaire. Dans la réflexion nationale engagée depuis la constitutionnalisation du Conseil supérieur de l’enseignement et de la formation, il est fort souhaitable que la formation professionnelle soit érigée dans les textes et la vision comme secteur ou au moins comme parcours à part entière, comme il l’est dans les faits. Ce faisant, je propose alors que l’on institue le concept de formation professionnalisante, afin que le secteur ainsi dénommé inclue, dans une configuration systémique, tous les niveaux relevant de la formation professionnelle et lycées techniques, et leur rajoute les formations universitaires bac+2 et bac+3, aujourd’hui offertes par les EST, ENSET et les autres facultés. Comme je l’ai déjà écrit, cette architecture proposée est compatible avec une vision où le système d’éducation formation puisse offrir une double vocation:
1) la vocation professionnalisante ci-dessus redéfinie, qui sera en interface directe avec le monde économique, appelé à s’impliquer fortement dans la gouvernance et la mise en œuvre du système,
2) la vocation académique, qui englobera les formations fondamentales comprenant les niveaux Licence-Master-Doctorat. Bien entendu, il reste le secteur des formations d’ingénieur et de commerce, déjà visiblement identifié dans le système national, ainsi que le vaste secteur de la formation continue, objet d’une loi en cours d’approbation. Ces deux derniers secteurs  devront, à leur tour, évoluer en interaction très étroite avec l’entreprise.

Après la croissance, la décennie de la qualité

CETTE configuration acquise, il deviendra prioritaire de lancer le chantier de la mise à niveau qualitative des formations professionnalisantes et de leur adéquation sectorielle et géographique aux besoins de l’entreprise. Cette mise à niveau viendra consolider les performances qualitatives  concrétisées par l’opérateur de référence, en réponse à la commande étatique. Les facteurs évidents de succès de cette transformation et dont l’OFPPT a bénéficié furent l’autonomie de pilotage, l’unicité de commandement, la gestion de type privé et l’indépendance du budget de l’Etat. Les formations universitaires de technologie, incluant les licences pro ont répondu à une véritable attente des industriels, par le centrage sur les compétences (y compris communicationnelles) de l’apprenant, versus la superposition des techniques et savoir-faire. Elles méritent d’être régies par les mêmes règles de gouvernance qui ont fait le succès de l’Office, tout en profitant de synergies avec les autres formations actuellement appelées professionnelles. Forte d’un prestige reconquis sur les plans quantitatif et qualitatif et solidement sponsorisée par l’entreprise, la formation professionnalisante saura peut-être devenir un choix de vocation.

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