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    Politique Internationale

    Crimée: Aux origines du coup de force

    Par L'Economiste | Edition N°:4246 Le 02/04/2014 | Partager

    Qu’est-ce qui a mené la Russie à perpétrer son coup de force en Crimée? Pour Pascale Boniface, politologue et directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), les raisons de l’attitude du Kremlin sont inscrites dans l’histoire, que ce soit dans sa relation avec l’Ukraine ou au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.
    Lorsque Mikhaïl Gorbatchev donne sa voix au Conseil de sécurité pour déloger l’Irak du Koweit sous le chapitre 7 (qui autorise le recours à la force), il lâche un allié soviétique. Les Etats-Unis acceptent ce geste mais lui refusent pourtant le prêt qu’il leur avait demandé. Le plan B est alors lancé, donnant lieu au putsch de Moscou de 1991. La Russie est dès lors considérée comme «la perdante de la guerre froide», et non comme partenaire. C’est la première erreur.
    Ensuite, le maintien de l’OTAN, seule alliance militaire qui a survécu à la chute du mur de Berlin, car «les pays du pacte de Varsovie vivaient dans la crainte», vient consacrer une attitude «erronée» vis-à-vis du Kremlin. Cette peur est peut-être légitime, mais elle a entraîné «la crispation de la Russie, qui entraîne elle-même de la peur». Le cercle vicieux commence là. Washington adopte dès lors une attitude «paranoïaque» vis-à-vis de Moscou, la traitant comme une vaincue qui n’a pas voix aux négociations, tout en continuant à la considérer comme une «menace existentielle».
    Les russes estiment aujourd’hui qu’ «il vaut mieux être craints qu’aimés», puisque la méthode douce n’a pas fonctionné non plus en Libye (voir article ci-haut, Monde arabe: Sombre bilan de «l’après-soulèvement»). C’est d’ailleurs la raison de la popularité actuelle de Vladimir Poutine dans son pays. Deux catégories estiment qu’il a rendu à la Russie son prestige, ainsi que le respect qui lui est dû, alors «qu’il a récupéré le pays dans le même état physique que celui de son prédecesseur Boris Eltsine»: les patriotes nationalistes, qui ne sont pas peu nombreux, et les consommateurs, représentatifs d’une classe moyenne «enfant du système». Si les droits des citoyens sont toujours bafoués, il faut rappeler que les Russes n’ont pas été habitués à en jouir, remarque Pascal Boniface. En clair, ils ne sentent pas régression à cette échelle là, tandis que «ça va mieux» à d’autres niveaux.
    En «récupérant» la Crimée, la côte de popularité de Vladimir Poutine est d’ailleurs montée en flèche. Pour les Russes, il a «corrigé l’erreur de Nikita Khrouchtchev», qui a placé la péninsule sous administration ukrainienne en 1954. Parallèlement, l’Europe a mal négocié son virage, brassant beaucoup d’air pour pas grand-chose. Le directeur général de l’Iris est catégorique, «il n’y a pas de perspectives ni de moyens pour intégrer pleinement l’Ukraine à l’Europe».


    R. A.

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