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Chronique

La nouvelle donne énergétique et pétrolière de la première puissance mondiale
Par le Pr. Mohammed GERMOUNI

Par L'Economiste | Edition N°:4243 Le 28/03/2014 | Partager

LA reprise  des exportations américaines de pétrole depuis deux ans, qui constitue un évènement économique et

Ancien directeur de Banque de dévelop-pement et haut fonctionnaire dans l’administration marocaine, Mohammed Germouni est actuellement professeur visiteur de quelques universités étrangères et consultant pour des questions de développement et d’endettement.
Il est l’auteur d’un ouvrage sur l’engineering et la technologie puis d’un essai sur les problèmes d’investissement, et il contribue à des revues spécialisées
 

politique majeur, ne serait jugée que passagère selon diverses sources spécialisées. Cinq à sept années au maximum par exemple d’après les hypothèses de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), un cartel qui est fortement concerné par le niveau des prix devant résulter de cette perspective de relative concurrence à moyen terme.
Longtemps, la politique économique et la politique tout court des USA des six dernières décennies notamment auront été conçues et mises en œuvre pour mieux assurer leur approvisionnement international en pétrole et en gaz  à la fois facilement accessibles et surtout à bas prix, à travers leurs groupes pétroliers.
Une grande partie de la géostratégie et de la diplomatie du pétrole de cette grande puissance avait désormais  défini les alliances et les partenariats sur la base  de sources d’énergie sûres, en quantités suffisantes et dont les prix  satisfaisaient les normes de profit des groupes américains impliqués et actifs dans leur prospection, leur production et leur distribution. Une dépendance énergétique, formelle certes, mais qui a servi encore le rôle et le statut international des USA, devenant dans les faits le garant en dernier ressort  de la sécurité  des principaux centres de production du Moyen-Orient. D’importants et fructueux groupements d’intérêts se sont ainsi noués entre ces derniers avec l’administration et les entreprises américaines autour du commerce du pétrole et du gaz à la satisfaction pleine et entière de celles-ci.
Les guerres comme les conflits ayant apparu dans cette région, devenue depuis fortement sensible en raison de l’importance de ses réserves en hydrocarbures et de ses  placements financiers en particulier  à partir de la deuxième moitié du  XXe  siècle, ont vu l’intervention souvent directe et  militaire de la superpuissance. Les pays arabes du Golfe devaient de ce fait occuper une place de choix dans la politique internationale américaine des dernières décennies, en tant que fournisseurs de sources d’énergie et d’investisseurs financiers aussi.

 

La source d’énergie la plus importante

 

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Depuis le début du XXe siècle, le pétrole est devenu la source d’énergie la plus importante. Néanmoins, en raison des différentes crises qui ont secoué le marché du pétrole, d’autres sources d’énergie ont émergé, mais ce développement a été  variable selon les politiques des uns et des autres. D’une manière globale, une tendance à la réduction de la part du pétrole dans la production énergétique mondiale se dégage. Cette réduction se fait au profit du gaz naturel, un coproduit de l’exploitation du pétrole qui était autrefois gaspillé puisque brûlé sur les lieux d’extraction (il s’agissait des torchères d’antan). Elle se fait aussi au profit de l’électricité dont l’origine énergétique peut être hydraulique, nucléaire, solaire, éolienne ou thermique, et dans ce cas l’énergie provient de la combustion d’un produit du pétrole ou du charbon. Traditionnellement, la majeure partie de la production était le fait d’un petit nombre de pays. La décennie 1970 a marqué le début de la production pour de nouveaux pays tels la Norvège, le Royaume-Uni, le Mexique, le Nigeria et la Chine notamment. Deux facteurs expliquent ce phénomène. Le premier est relatif à la crise pétrolière de 1973 qui s’est traduite par une hausse du prix du brut, rendant ainsi rentable des gisements qui ne l’étaient pas jusqu’alors, du fait de coûts technologiques de production élevés. Le second tient plus au développement économique de certains pays  comme la  Chine ou à l’importance des investissements étrangers notamment dans le secteur pétrolier, comme au Nigeria. La consommation et la production mondiales de pétrole ont été multipliées par trois fois et demie entre 1960 et 2010. Malgré une baisse de leur consommation en 2012, les Etats-Unis demeuraient les plus gros consommateurs de pétrole. Ils sont suivis par la Chine et l’Inde dont la consommation croît fortement. A la suite de l’accident de Fukushima, le Japon a dû recourir à toutes les énergies disponibles pour satisfaire ses besoins énergétiques. Cela a conduit à une hausse exceptionnellement forte de sa consommation pétrolière en 2012.

 

Quelle qu’en soit la durée, une autosuffisance énergétique semble autoriser une réflexion sur la nouvelle dimension de l’avantage compétitif ainsi acquis par la machine économique américaine par rapport à celles de l’Europe et de l’Asie et n’excluant pas des recompositions d’alliances en cours.
Ainsi, par exemple, sur un front diplomatique, les USA réalisent qu’il règne un calme toujours précaire aux frontières entre la Jordanie, l’Egypte et Israël, ce dernier constamment en alerte jugeant que les guerres «inter-islamiques» d’Irak et de Syrie ne peuvent manquer d’avoir des répercussions dommageables sur l’ensemble de la région, surtout que la question du  futur Etat palestinien demeure entière. Une crispation régionale est plus que perceptible pour les observateurs avertis des marchés pétroliers, qui s’accompagne cette fois-ci de la  sourde préoccupation qu’éprouvent des pays comme l’Arabie saoudite et les pays du Golfe accentuée, surtout depuis la volonté affichée et déclarée des USA de s’impliquer le moins possible dans les conflits de cette région  modifiant ainsi l’image habituelle de cette grande puissance protectrice. En outre, toute lueur ou perspective de réchauffement même limité des relations avec l’Iran ne manque pas de susciter plus que des inquiétudes chez ces voisins et surtout  rivaux.
Sur l’autre  front, celui  de la compétitivité tout court, les USA sont devenus un endroit des plus attractifs au monde pour l’industrie chimique notamment, favorisant ainsi une véritable renaissance, après une longue période de stagnation, de baisse de marges  et de fermetures d’usines. L’abondance de gaz  favorisée outre Atlantique par une exploitation  massive du gaz de schiste aurait changé profondément «la donne» pour emprunter au langage des joueurs.
En entraînant une chute tendancielle des prix du gaz américain, à des niveaux correspondant au tiers, voire le quart, du prix du naphta tiré du pétrole en Europe. Cela confère désormais aux industries de la pétrochimie installées aux USA un réel et même triple avantage compétitif, en raison des utilisations possibles du gaz, soit comme matière première pour fabriquer des produits chimiques, comme simple source d’énergie pour faire tourner les équipements, et de façon indirecte par la production d’électricité dans les centrales à gaz.
Selon une récente étude de l’Institut français des  relations internationales, les coûts de production industriels américains se sont trouvés mécaniquement divisés par deux entre 2005 et 2013, et multipliés d’autant pour leurs concurrents européens. Les coûts en Asie seraient encore plus élevés dans une zone qui continue de bénéficier d’une croissance toujours forte, selon les chiffres de banques américaines. Au total, la chimie américaine redevient exportatrice tout en réalisant des profits consistants. Le nombre de projets semble se développer, dont plusieurs extensions d’unités de production d’éthylène ou de PVC existantes, permettant ainsi aux  USA de concentrer près du dixième des investissements mondiaux du secteur de la chimie. A contrario, l’Europe enregistrerait des fermetures d’usines et le départ de groupes importants comme Dow Chemicals ou Sabic et même européens, la chimie française étant relativement fragile en comparaison avec les unités allemandes fort intégrées comme celles de  BASF ou de Bayer par exemple. La stratégie des chimistes européens passe désormais par l’investissement aux USA de plus en plus, en y représentant la moitié des projets non-américains, afin de profiter également de la révolution du gaz de schiste.
Certes, par ailleurs d’aucuns estiment que ladite «révolution des gaz de schistes» apparue aux USA serait déjà à sa fin, en raison  d’un effondrement des prix causé par une surproduction. Les groupes pétroliers s’orienteraient davantage vers les condensats, gaz liquides et du pétrole de schiste, mieux valorisés par le marché, suite au recul de la production et au tassement de leurs résultats annonçant l’amorce d’une tendance lourde. La plupart des grandes compagnies pétrolières auraient réduit de moitié leurs investissements en Amérique du Nord dans le pétrole et le gaz non conventionnels, au cours du premier semestre de l’année écoulée selon l’agence Bloomberg. Il ne faut pas oublier dans cette controverse de chiffres et de prévisions, la place des gros intérêts financiers en jeu.

Il était une fois le Maroc des schistes bitumineux…

POUR la petite histoire, pendant plus d’une décennie, ne trouvant guère de pétrole à l’issue de plusieurs forages demeurés sans résultats, suite aux nombreux permis accordés à divers groupes pétroliers, le ministère de l’Energie marocain d’alors s’était fixé en dernier ressort sur les schistes bitumineux sur l’avis de cabinets-conseils internationaux d’ailleurs non désintéressés. Les technologies d’extraction et d’exploitation pour en tirer de l’huile de pétrole étaient encore balbutiantes, et tout portait à croire que certains pétroliers internationaux visionnaires étaient à la recherche d’un banc d’essai pour des recherches encore aléatoires, tant au niveau des coûts que de l’impact sur l’environnement.

L’opportunité du gaz de schiste

LES investissements dans les hydrocarbures dits non conventionnels aux USA se sont avérés fort risqués pour diverses entreprises pétrolières internationales. Mais le gaz de schiste offre actuellement l’opportunité à ces derniers de revenir sur la scène du secteur énergétique comme producteur et exportateur de pétrole ou de gaz, sans parler des relocalisations en cours de secteurs industriels  intensifs en énergie comme la pétrochimie et la chimie. Non seulement la production de ce type de gaz ne baisse pas, car plusieurs bassins de Pennsylvanie, du Texas, du Dakota et de Californie seraient prometteurs, au vu des réserves récupérables, mais indépendamment des coûts économiques et environnementaux. Les huiles de schistes comme les gaz liquides ont ainsi pris le relais des hydrocarbures conventionnels, laissant subsister encore des incertitudes sur l’importance que prendront les exportations de gaz liquéfié, selon les décision qui seront prises, à savoir si les entreprises américaines opteront pour des ventes de produits pétrochimiques et chimiques plutôt que en forme de gaz liquéfié  type GNL

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