×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Société

Le Maroc pays francophone? Un leurre!

Par L'Economiste | Edition N°:4243 Le 28/03/2014 | Partager
Seulement 8% des Marocains maîtriseraient la langue de Molière
Le mélange français-arabe, une «zéro langue» à bannir !

Le Maroc n’est pas un pays francophone. Pour Hassan Esmili, linguiste et ancien doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines de Ben M’Sik, «l’illusion» est entretenue par les quelque 8% de la population qui parlent et écrivent la langue de Molière. Mais l’universitaire ne précise pas la méthodologie statistique qui lui a permis d’évaluer cette proportion. Invité à la conférence mensuelle de l’Association des Centraliens du Maroc, Esmili relève que ce chiffre peut paraître dérisoire, mais se justifie aisément, au vu notamment du taux d’analphabétisme et de la faible maîtrise du français par les bacheliers, surtout dans les écoles publiques. «Ne nous laissons pas aveugler par ce qui se passe à Casablanca où 24% des élèves sont inscrits dans écoles privées», met en garde le linguiste. «La moyenne nationale varie entre 7 et 8%»… parmi les personnes scolarisées. Pour Hassan Esmili, le même résultat, voire mieux encore, pourrait être atteint en  3 années (au lieu des 10 actuelles) avec une pédagogie adéquate, qui se pencherait notamment sur la fonction communicative de la langue.
L’illusion -pas très comique- d’un «Maroc francophone» est aussi entretenue, selon l’universitaire, par une espèce de «zéro langue». Il s’agit de la nouvelle habitude bien marocaine de mélanger l’arabe et le français, que les radios marocaines entretiendraient avec persistance. Historiquement, ce type de mélange a pour objectif de permettre aux commerçants de faire un pas l’un vers l’autre dans des zones-carrefour du commerce ou pour servir une quelconque cause, et peut-même devenir une langue officielle (comme en Ile-Maurice ou en Jamaïque). Mais dans le cas du Maroc, quelle est l’utilité de la démarche?
Pour l’ancien doyen de la faculté de lettres de Ben M’Sik, cet acharnement à promouvoir la francophonie est tout de même un étonnant «reflexe de colonisé» (accessoirement entretenu par de puissants lobbys). Cette langue, qui est en perte de vitesse dans le monde entier, est favorisée au détriment d’autres langues étrangères qui peuvent se révéler bien plus utiles (comme l’anglais ou l’espagnol), alors même qu’elle n’est pas arrivée à s’intégrer à la culture marocaine malgré ressources et les heures d’enseignement consacrés.

«Supprimer l’obligation de l’enseignement du français»

Dans la stratégie idéale pour la «rationalisation du champ linguistique» de Hassan Esmili, le français est voué à tirer sa révérence, ou du moins en tant que «langue dominante sans statut officiel». A moyen terme, ce docteur ès sciences du langage de la Sorbonne préconise de favoriser les langues nationales, à savoir l’arabe et l’amazigh, de supprimer l’obligation de l’enseignement de la langue française et de lancer un échéancier pour réintroduire l’arabe dans l’enseignement supérieur. Des mesures intrinsèquement intéressantes, mais impossibles à mettre en œuvre dans le Maroc actuel, où le français reste une langue clé pour l’accès au monde du travail et où la majorité des business sont gérés dans cette langue.
L’ouverture sur des langues étrangères plus «internationales» semble aussi nécessaire à Hassan Esmili, autant pour promouvoir les échanges avec les entreprises internationales que pour dynamiser la recherche. L’arabe, qui figure en 5e position des langues les plus parlées dans le monde (16e rang seulement pour le français), fait d’ailleurs partie de ces langues à cultiver.
Mais sur le court terme, Esmili énumère pêle-mêle un certain nombre de «mesures urgentes et non exhaustives» à mettre en place, dont l’interdiction de la «zéro langue» dans les médias ainsi que dans les publicités. Il insiste aussi sur la nécessité de «ne plus permettre l’utilisation des langues étrangères dans les classes préliminaires».

Rime AIT EL HAJ

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc