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Société

Anciens ponts du Maroc: L’énigme portugaise

Par L'Economiste | Edition N°:4227 Le 06/03/2014 | Partager
Leur nom, échappant à la logique de l’Histoire, est dû aux prisonniers d’Oued Al Makhazine
Les Portugais réputés avoir investi les villes côtières seulement
Des édifices qui ont joué un rôle important au niveau économique et politique

Plusieurs ponts de nomination «portugaise» se trouvent au centre du Maroc, une région où ils ne sont supposés jamais avoir mis les pieds, s’interroge le conférencier. Si «el Brtqiz» était présent sur les côtes, ce pont est lui situé aux environs de Kasbat Tadla, dans le centre

Les ponts ont depuis toujours joué un rôle important au niveau économique et politique au sein du Royaume. Mais l’enjeu de leur préservation n’est pas suffisamment soulevé par les spécialistes, bon nombre d’entre eux se dégradant avec le temps. Autre problème lié au sujet, l’origine portugaise d’un grand nombre de ces édifices situés dans des endroits non colonisés par ce peuple.
Les ponts ont contribué au développement du Maroc tout au long de l’histoire en tant qu’infrastructures facilitant les échanges commerciaux et le transport des biens et des personnes. «L’échange permettait à l’époque de posséder une économie florissante», affirme dans ce sens Mustapha Qadery, enseignant-chercheur à l’Université Mohammed V Agdal à Rabat et spécialiste en anthropologie historique. Il donne pour exemple notamment l’un des circuits commerciaux les plus importants du Maroc, dit transsaharien, qui s’étendait de Tombouctou jusqu’à l’Andalousie, traversant ainsi tout le pays. Selon lui, le Royaume devait se doter de ponts pour faire face au nombre important de rivières à flux d’eau élevé dont Oum Errbia, Sebou, Baht ou encore Tensift.
L’expert a insisté lors d’une conférence qui s’est tenue dernièrement à l’Ecole hassania des travaux publics (EHTP.) sur l’importance de ces ponts au niveau économique mais également politique. «Les grands empires Almoravides, Almohades et Saâdiens ne pouvaient exister sans infrastructures adéquates», a-t-il précisé.
Le chercheur a aussi soulevé l’existence de plusieurs ponts de nomination «portugaise» au centre du Maroc, région où ils ne sont supposés jamais avoir mis les pieds.
Le peuple de «Brtqiz» (portugais en darija) était en effet présent sur les côtes dans des villes comme Azemmour ou El Jadida. Ont été cités ainsi le pont de Kasbat Tadla situé entre Béni Mellah et Khénifra sur oued Oum Errabia mais également un pont à Fès ou encore un autre à Meknès. Une véritable énigme que le chercheur a tenté d’élucider au terme de ses recherches sur le sujet. Selon lui, la nomination portugaise de ces édifices revenait aux prisonniers de guerre capturés lors de la défaite du Portugal face aux Marocains à la bataille d’Oued Al Makhazine en 1578. «A l’époque, le roi Al Mansour Saâdi avait fait beaucoup de prisonniers européens et les avait utilisés pour de grands travaux comme des ponts ainsi que d’autres constructions à but militaire visant à faciliter le passage de l’armée marocaine», a souligné l’enseignant. Autre époque, même situation. Celle de Moulay Ismail en 1727 au cours de laquelle la ville de Meknès avait été construite par les prisonniers étrangers de la piraterie d’après le chercheur.
A travers la conférence, l’enseignant s’est aussi interrogé sur la dégradation différentielle des ponts marocains. Ainsi, le pont «Afelouss» sur l’oued Baht est très abîmé et ne comprend plus d’arceaux. A l’inverse, celui sur Tensift à l’entrée de Marrakech résiste depuis le XIIe siècle et demeure toujours opérationnel. Mustapha Qadery explique ces anomalies par des défauts de construction ou encore par une destruction humaine causée par exemple par les Français lors des guerres coloniales.
Un évènement qui a pris la forme d’une exposition de photos et de documents iconographiques. L’historien a réalisé un véritable travail d’investigation pour arriver à ces conclusions, partagé entre enquête sur le terrain et étude de nombreux textes anciens et actuels.

Un spécialiste invité par le Club EHTP

Lors de cette rencontre, le Club EHTP Etudes et Conseils de l’Ecole hassania des travaux publics a invité un expert dans le domaine, Mustapha Qadery. Il s’agit d’un enseignant-chercheur à l’Université Mohammed V Agdal à Rabat intégré au Département d’histoire à la faculté des lettres et au département de sciences politiques à la faculté de droit. Spécialiste en anthropologie historique, il s’est focalisé sur le Maroc du XXe siècle sur des sujets tels que le colonialisme, le nationalisme et le post-colonialisme. Son travail porte entre autres sur les constructions de la mémoire nationale et sur l’impact des sciences coloniales sur le savoir. Il a par ailleurs publié une trentaine d’articles dans des revues scientifiques.

Karim AGOUMI

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