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Comment lire autrement le Coran

Par L'Economiste | Edition N°:4223 Le 28/02/2014 | Partager
L’islamologue Rachid Benzine plonge à la racine des mots et des faits
La charia renvoie-t-elle à la loi islamique ou à la notion de libre arbitre?

L’islamologue Rachid Benzine a une approche qui peut en choquer plus d’un. Mais désacralisant le texte coranique, en l’envisageant comme un écrit historique, il lui rend -presque malgré lui- un grand hommage. A signaler tout de même que certains croyants auront besoin d’une solide armure s’ils veulent sortir indemnes d’une conférence de Benzine

«Je me sens trahi. Je m’attendais à une conférence à la Tarik Ramadan, je me retrouve devant de l’anti-islam». C’est en ces termes, et d’une voix pleine d’émotion, qu’un auditeur a apostrophé Rachid Benzine, islamologue, lors de sa conférence intitulée: «Le Coran, entre tradition sacrée et histoire». Certes, le titre d’islamologue cache là deux approches complètement différentes. Loin de s’attarder sur le Coran, Rachid Benzine tente une plongée dans le cadre naturel et social de l’époque et propose une lecture qui peut choquer ceux qui confondent approche historique et  histoire sainte.
Cela pose la question de savoir si l’on peut lire le Coran comme on lit un livre historique? Pour Benzine, c’est indispensable pour sa compréhension. L’islamologue s’est attelé à le dépouiller de tous les additifs historiques qui se seraient greffés sur la compréhension du texte original entre le «tanzil» au 7e siècle et la création de la tradition musulmane au 9e siècle. Il en est  sorti avec un certain nombre «d’hypothèses vraisemblables», mais insiste sur l’impossibilité «pour l’historien» d’avoir une quelconque certitude à ce propos.
Paradoxalement, c’est en sortant le Coran de la «bonification historique» qu’il s’est avéré possible de lui rendre ses lettres de gloire sur certains points qui animent la controverse de l’Orient à l’Occident, surtout depuis quelques années. Comment peut-on expliquer certains éléments de violence dans le langage du texte fondateur d’une religion qui prône l’amour? Qu’est-ce que le «jihad» à la base? 
Toutes ces questions trouvent leur réponse dans le dépouillement du texte. Le Coran, pris intrinsèquement, peut raconter la naissance d’une manière nouvelle. Selon les «hypothèses vraisemblables» de Rachid Benzine, Mahomet, qui a reçu la révélation à La Mecque, n’a pas tout de suite conquis les esprits. L’approche historienne laisse même entendre que ce pauvre orphelin n’avait pas voix à la prédication, dans une société tribale patriarcale. Toute la période «mecquoise» n’aurait été destinée qu’à convaincre ses proches de «rallier Dieu». Il faut d’ailleurs faire la différence entre le concept d’«alliance» et celui d’«embrasser l’islam», pour introduire la notion de «jihad» au sens propre. L’approche historienne suggère que le système politique tribal de l’époque était basé sur les alliances entre  tribus. Et c’est dans ce contexte que le jihad est né, dans le sens politique et non religieux, Mahomet ayant conclu un pacte à Médine pour «rallier» les tribus voisines. Les familles vaincues entraient donc dans l’alliance de Mohammed. Le «moumen», actuellement traduit par le terme «croyant», renvoyait à l’époque à ceux qui choisissaient dès lors de s’impliquer dans l’action guerrière, contrairement au «mouslim» (le musulman, de nos jours) qui indiquait celui qui s’assujettissait sans s’engager dans l’action. C’est le prolongement de ces razzias après la mort du prophète qui ont permis à l’islam de perdurer à travers les siècles.
Ce voyage au cœur de l’origine des mots ne peut se faire sans un clin d’œil à la «charia», terme «complètement galvaudé» désignant au 21e siècle la «loi islamique». Or, à l’époque, l’histoire veut que cette conception était encore totalement absente. Le sens premier du mot renvoie vers une voie qui emmène à un point d’eau affleurant, où le berger pouvait de fait laisser son bétail (ses agneaux) paître sans surveillance. En extrapolant, la racine de la charia renverrait donc vers le libre-arbitre. Le mot prend un sens nouveau, loin de l’austérité qui lui est actuellement dévolue.

Biblification de la tradition musulmane

Quel rapport l’islam entretient-il avec le christianisme? Ce lien pourrait être bien plus profond que l’on ne saurait le croire. L’approche historienne de l’islamologue Rachid Benzine suppose que la tradition musulmane, probablement établie au 9e siècle, a été largement instaurée par des néo-convertis chrétiens qui ont effectué leur travail avec les résidus de leurs propres croyances. En témoigne, par exemple, le rôle donné à l’Ange Gabriel. Celui-ci, très important dans la religion chrétienne, n’est cité que trois fois dans le Coran, et bien tardivement. Or, la tradition musulmane lui donne une importance majeure. D’ailleurs, ironie du sort ou clin d’œil de l’histoire, la conférence de Rachid Benzine a été organisée par l’Institut œcuménique de théologie de Rabat, Al Mowafaqa, destiné à la formation des cadres religieux tels que des assistants de paroisse catholiques ou des pasteurs stagiaires protestants.

Rime AIT EL HAJ

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