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Chronique Militaire

La Corée du Nord et la stratégie de l’absurde
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:4221 Le 26/02/2014 | Partager

La commission d’enquête de l’ONU sur les droits de l’homme en Corée

Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)

du Nord a rendu son rapport le 17 février 2014. Les dirigeants de ce pays devraient comparaître devant la Cour pénale internationale pour y être jugés. Ils sont accusés par la commission d’«avoir planifié la torture, la famine et des massacres, comparables aux atrocités nazies»(1). Les enquêteurs s’en prennent aussi à la Chine. Pékin, qui renvoie en Corée du Nord les personnes fuyant la dictature, est accusé «de complicité de crimes contre l’humanité». Ces conclusions ne surprennent guère. Les témoignages cités par les enquêteurs internationaux étaient connus. La commission les a recensés et publiés. Elle a bien fait.
On voudrait toutefois aller plus loin. Le PIB de la Corée du Nord est estimé à 28 milliards de dollars, à peu de chose près celui de la Lettonie ou du Turkménistan. Cela n’empêche pas Pyongyang de manœuvrer. Il lui suffit de mettre à feu, de temps à autre – ou de menacer de le faire – une charge atomique pour que les Etats-Unis, la Russie, le Japon, la Corée du Sud viennent s’asseoir à la table des négociations et lui demandent de bien vouloir ne pas construire d’arme nucléaire. En échange de quoi, ces puissances offrent à la Corée du Nord de la nourriture, des médicaments, même de l’argent. Pyongyang accepte le «deal»! Ses activités nucléaires cessent un temps, puis reprennent. Qu’elle possède aujourd’hui une arme nucléaire est incertain; elle se contente surtout, de menacer, parfois, d’en faire l’essai. Et quand l’essai survient, Pyongyang affirme viser les Etats-Unis et la Corée du Sud. Comme si l’essai constituait une menace en soi.
Le comportement du régime nord-coréen est singulier. Sa stratégie, absurde en apparence, très brutale, «féroce» même selon certains, tant à l’intérieur du pays que vis-à-vis de l’étranger, s’est révélée très efficace. L’URSS disparue, la Corée du Nord a dû se sentir abandonnée. A l’extérieur, chacun voyait le régime s’effondrer et la réunification de la péninsule suivre bientôt. Evidemment, le pouvoir au Nord voulait survivre. Ses dirigeants redoutaient une invasion ou le déclenchement d’un soulèvement. Le régime, pourtant, tient toujours. Cela fera bientôt un quart de siècle!

Des dirigeants nord-coréens déterminés, brutaux, mais pas fous…

D’emblée, les Nord-Coréens ont voulu se doter de moyens militaires assez puissants pour dissuader d’éventuels adversaires. A l’origine, cette dissuasion non nucléaire consiste en une artillerie classique, en mesure, avec ses nombreux canons en batterie le long du 38e parallèle ou qui pouvaient s’en rapprocher sans délai, d’écraser Séoul, distant de 40 km. Pour le régime, l’important n’était pas tant de réduire en cendres la capitale du Sud mais d’en avoir la capacité.
Même si déstabiliser le pouvoir nord-coréen pouvait être jugé avantageux par celui du Sud ou par son protecteur américain, la «férocité» de Pyongyang et son apparente résolution semblaient suffisamment dangereuses pour ne pas avoir envie de tenter l’aventure. Et ce n’est pas la marche en avant du Nord vers l’arme nucléaire et les missiles ad hoc qui allait inciter ses adversaires à risquer un coup de force.
Certes, d’autres Etats se sont montrés naguère aussi déterminés que la Corée du Nord. Celle-ci dispose pourtant d’un atout paradoxal, sa misère, bien connue, même de l’étranger. Une grande pauvreté, un peuple démuni, des famines chroniques, tout cela incitait les adversaires de Pyongyang à l’attentisme. Inutile de pousser le régime dans l’abîme puisqu’il était déjà tout près d’y sombrer.

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Si la volonté nord-coréenne de faire parler la poudre peut être mise en doute, la menace demeure, aux effets difficilement quantifiables mais qui pourraient être dévastateurs. Un tumultueux débat continue donc depuis des décennies à agiter les chancelleries pour savoir si la Corée du Nord est forte ou faible, déterminée ou non, redoutable ou bien insignifiante… Comme pour aider les chefs d’Etat concernés à en décider, Pyongyang a choisi d’affiner sa stratégie en simulant la folie. Les maîtres du Nord se sont comportés de manière parfaitement irrationnelle, allant jusqu’à mettre en scène des exercices de frappes nucléaires contre des objectifs situés aux Etats-Unis! Le 23 juillet 2010, deux jours avant le début de manoeuvres militaires entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, Pyongyang menaçait de recourir à une «puissante dissuasion nucléaire», ce qui ne voulait rien dire. Et il convient  d’ajouter les incidents armés entre les deux Corées survenus ces dernières années, le débarquement de commandos nord-coréens venus en sous-marins sur des plages du Sud, l’envoi par le fond, le 26 mars 2010, de la corvette sud-coréenne, le Cheonan, coulée par une torpille tirée d’un sous-marin nordiste et tuant 46 hommes d’équipage(2), le bombardement par l’artillerie du Nord, le 23 novembre suivant, de l’île sudiste de Yõnpyõng (3 tués, 10 blessés). Soigneusement calculées pour ne pas entraîner une riposte militaire majeure des Etats-Unis et de leurs alliés régionaux, ces actions du Nord s’apparentent à un jeu de poker dans lequel l’un des joueurs paraît capable de tout, se comporte de façon imprévisible, comme s’il était privé de raison.
Contraints néanmoins de jouer, les autres partenaires s’attachent à ne pas provoquer semblable personnage et à ne pas se formaliser outre mesure de son comportement. A condition, pour le joueur apparemment dément, de ne pas exagérer…  
Aussi bien, la Corée du Nord se garde-t-elle d’en faire trop, notamment en matière nucléaire. Personne ne peut dire si elle a finalement réussi à mettre au point une arme suffisamment miniaturisée pour en équiper un missile. Mais nul ne peut dire non plus si les Nord-coréens, au cas où ils seraient vraiment fous, ne tireront pas un jour un missile à tête nucléaire, à la suite de ce qu’ils jugeraient être une provocation des Etats-Unis ou de la Corée du Sud. Dans ce débat surréaliste, la position nord-coréenne demeure très forte dans la mesure où personne ne sait ce qui se passe dans le pays ni ne connaît ses intentions. On peut toutefois supposer qu’ayant réussi jusqu’à maintenant à berner leurs adversaires, les maîtres de Pyongyang entendent poursuivre leur sinistre entreprise, pour le plus grand malheur de leur peuple, condamné à la servitude ainsi qu’au plus extrême dénuement…
Une chose est sûre: le rapport de l’ONU, si bienvenu soit-il, ne sera pas suffisant pour aider à mettre à bas l’un des régimes les plus condamnables et outranciers qui ait jamais sévi sur cette terre…

«Les Nations unies comparent les crimes
nord-coréens aux atrocités nazies»

…«La ‘‘forteresse’’ (nord-coréenne) est si expugnable qu’elle résiste à l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990. Le choc est pourtant violent. La nouvelle donne prive la Corée du Nord d’une aide indispensable à sa survie. Entre 1996 et 2000, le pays subit une famine qui aurait fait plus de 600.000 morts. Malgré les difficultés, le régime tient. L’une des raisons de sa résilience est l’hypothèse partagée par ses bureaucrates (dont ceux du niveau le plus bas) qu’ils n’auront aucun avenir en cas d’effondrement du régime. D’où l’obsession de poursuivre la politique menée par Kim Il-sung. La population est maintenue sous un contrôle absolu. Le régime interdit tout contact avec l’extérieur et s’appuie sur un système répressif des plus durs. Il repose sur le ‘‘songbun’’, selon lequel ‘‘chaque Nord-Coréen appartient à l’une de ces trois catégories: fidèle, incertain, hostile’’. Il existe un système de surveillance entre voisins, élément du suivi des déplacements et du contrôle général de la population… La répression s’articule autour du principe de la culpabilité par association, lequel permet de retenir dans les camps de prisonniers politiques les descendants jusqu’à trois générations de ceux qui sont soupçonnés de mauvais comportements. Quelque 200.000 personnes seraient détenues dans ces camps, estime l’ONU».

 

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